François Gèze assigne en diffamation le journaliste M. Sifaoui et l’hebdomadaire Marianne

Paris, le 20 février 2001

Communiqué de presse

François Gèze, directeur général des Éditions La Découverte, assigne en diffamation le journaliste Mohamed Sifaoui et l’hebdomadaire Marianne

Dans un communiqué de presse diffusé le 9 février 2001, largement repris dans les jours suivants par la presse algérienne (et par certains titres de la presse française), le journaliste Mohamed Sifaoui m’a gravement mis en cause, à propos de l’ouvrage de M. Habib Souaïdia, La sale guerre, que j’ai publié le 8 février.

M. Sifaoui affirme qu’il m’a soumis  » un projet de livre politico-historique ayant pour fil conducteur le témoignage de M. Habib Souaïdia  » et que c’est sur cette base que j’aurais signé, le 6 juillet 2001, un contrat d’édition relatif à l’ouvrage La sale guerre avec lui-même et M. Souaïdia.

Ce contrat a bien été signé, mais sur une autre base : il était clairement convenu entre moi-même, M. Souaïdia et M. Sifaoui, qu’il concernait, exclusivement et précisément, l’édition du témoignage personnel de M. Souaïdia, qui serait recueilli et mis en forme par M. Sifaoui. L’ouvrage serait rédigé à la première personne et publié sous la seule signature de M. Souaïdia, avec, comme c’est l’usage en l’espèce, la mention  » avec la collaboration de Mohammed Sifaoui « . Ce dernier était parfaitement d’accord avec ce dispositif.

Or, quand j’ai communiqué, début octobre, la version provisoire et incomplète de l’ouvrage que M. Sifaoui avait élaboré à partir des notes manuscrites et des enregistrements de M. Souaïdia, celui-ci m’a aussitôt fait savoir :

– que ce texte lui attribuait de nombreux passages concernant des exactions des forces de sécurité algériennes ou des analyses de la mouvance islamiste et de la situation politique en Algérie, issus de la seule imagination de M. Sifaoui, et qu’il ne pouvait assumer ;

– que le manuscrit comportait de nombreuses erreurs factuelles (de noms, de dates, de faits, etc.) et différences par rapport à son récit oral ou aux notes qu’il avait remises à M. Sifaoui ;

– que la lettre de ses propos, à laquelle il tenait, avait été très souvent déformée (par des formulations qui ne reflétaient en aucune façon sa façon de penser et sa personnalité) ;

– plus grave encore, que de nombreux faits et informations qu’il avait communiqués, par écrit ou par oral, à M. Sifaoui, étaient absents du manuscrit, ou traités de façon excessivement lapidaire ;

– qu’en substance, il ne se reconnaissait aucunement dans la version établie par M. Sifaoui, qu’il ne pouvait assumer en l’état ;

– qu’il avait demandé à plusieurs reprises, depuis l’été, à M. Sifaoui de lui communiquer les étapes intermédiaires du manuscrit afin qu’ils puissent tous les deux en discuter avec moi, ce que M. Sifaoui avait plusieurs fois refusé.

Après une vaine tentative de conciliation, M. Souaïdia m’a indiqué de façon expresse qu’il n’était plus question pour lui, dans cette situation, de poursuivre sa collaboration avec M. Sifaoui. Et il m’a demandé de mettre en œuvre les dispositions contractuelles permettant d’arriver à une version du manuscrit reflétant exactement ses propos et ses intentions, et de collaborer avec lui à la mise au point du texte de son témoignage, ce que j’ai fait dans les semaines suivantes. C’est ce texte, œuvre de M. Souaïdia et extrêmement éloigné de la version initiale établie par M. Sifaoui, qui a été publié.

M. Sifaoui affirme que cet ouvrage constituerait une  » contrefaçon  » de son œuvre puisqu’il comporterait  » 70 % de son manuscrit, ses commentaires et ses analyses « . Cela est totalement inexact, puisque, à la demande expresse de M. Souaïdia, tous les passages rajoutés par M. Sifaoui ont été supprimés, et que l’essentiel du contenu de l’ouvrage effectivement publié ne figurait pas dans la version initiale et provisoire établie par ce dernier.

M. Sifaoui indique par ailleurs que les passages  » relatant les exactions commises par les islamistes et ceux revenant sur la genèse de la création des groupes terroristes issus, en grande partie, de la dislocation du FIS  »  » ont été consciemment supprimés par l’éditeur  » dans le but d' » imputer tout le drame algérien aux militaires « . Outre qu’elles est mensongère (tout au long de son ouvrage, M. Souaïdia fait état de son hostilité affichée au terrorisme islamiste), cette allégation porte gravement atteinte à mon honneur et à ma considération en ce qu’elle m’impute un parti pris inconciliable avec mes devoirs d’éditeur.

Après avoir tenté d’obtenir, pour les motifs précédemment invoqués, l’interdiction de l’ouvrage devant le juge des référés (demande rejetée par ce dernier le 6 février 2001), M. Sifaoui annonce dans son communiqué  » poursuivre la procédure devant le juge du fond « , ce qu’il n’a pas fait à ce jour.

En revanche, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Marianne le 19 février 2001 sous le titre  » Le coauteur de La Sale Guerre : « Pourquoi m’a-t-on manipulé ? » « , M.Sifaoui a réitéré ses accusations, en déclarant notamment :

 » J’ai remis une version initiale et, à partir de là, on a systématiquement grossi le trait.

– Sur quoi ?

– En ce qui concerne l’accusation globale contre l’armée. C’est un conflit de fond avec l’éditeur. Tout a éclaté lorsqu’il a décidé unilatéralement d’apporter des modifications surprenantes à la chronologie du drame algérien. « 
[…]
 » Souaïdia n’était pas du tout sur cette ligne avant que l’éditeur n’intervienne sur le manuscrit. Il s’inscrivait même vigoureusement en faux contre ces allégations. « 
[…]
 » On a tordu mon texte en occultant certains passages, en en rajoutant d’autres. « 
[…]
 » Je refuse qu’on considère l’armée algérienne comme une sorte de Wehrmacht et que cet amalgame se retrouve sous ma signature. « 
[…]
 » Il est dommage qu’on ait construit un tas de mensonges sur un socle de vérités. Je ne peux pas les cautionner. J’estimais que l’opinion avait le droit de connaître la vérité complexe de l’Algérie, y compris les exactions commise par l’armée. On l’a tronquée. A quelles fins ? « 

Outre qu’il s’attribue abusivement la paternité de l’ouvrage et qu’il falsifie complètement les propos et le point de vue personnel de M. Souaïdia, M. Sifaoui m’a ainsi mis à nouveau gravement en cause dans cet entretien.

C’est pourquoi, estimant que les allégations à mon encontre de M. Sifaoui dans son communiqué de presse et dans son entretien à Marianne, ainsi que celles qu’il a prononcées lors d’une réunion publique à Paris le jeudi 18 janvier 2001, sont gravement diffamatoires, j’ai demandé à mon avocat, Me Jean-Claude Zylberstein, de porter plainte contre M. Sifaoui et contre l’hebdomadaire Marianne devant le Tribunal de Paris.

François Gèze
Directeur général des Éditions La Découverte

 

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