TV algérienne: émission « Vérités » du 14 avril 2001

Hier soir a la TV Algérienne

Éclairages sur les massacres de civils et La Sale Guerre

Ramdane R., Horizons , 16 avril 2001

Autour de deux plateaux réalisés simultanément à Alger et à Paris,
les deux chaînes nationales (l’ENTV et Canal Algérie) viennent de
réaliser une émission-débat sur les vrais commanditaires des livres
Qui a tué à Bentalha ? de Yous Nassrellah et La Sale Guerre de Habib
Souaïdia et le reportage de Canal+ sur l’assassinat de Matoub Lounès.

En remettant sur le tapis la question de « qui tue qui ? », l’équipe de
l’émission Vérités (qui sera désormais mensuelle) voulait lever le
voile sur ceux qui tirent profit de cette confusion en voulant
innocenter les groupes armés et discréditer les institutions de
l’Etat qui avaient sauvé le pays de la barbarie intégriste.

Dès les premières images du reportage réalisé à Bentalha, les
rescapés de ce massacre étaient scandalisés par la lâcheté de Yous
(qu’ils appelaient Nasro) qui vivait parmis eux et qui avait fait
fuir sa famille deux jours seulement avant le massacre. Pour Mohamed
Belaïdi, qui a perdu l’ensemble des membres de sa famille au cours de
cette « nuit d’enfer », il n’y a aucun doute sur l’identité des
assassins. « J’ai vu de mes propres yeux Nacéra, la sour du terroriste
Djeha, détrousser le corps de ma femme des bijoux qu’elle portait.
Les assaillants avaient épargné toutes les maisons de parents de
terroristes. En courant dans tous les sens, Nasro m’a ouvert la porte
de sa maison pour me réfugier. Les terroristes ne se sont même pas
approchés de sa demeure. C’est à partir de ce moment là que j’ai
commencé à douter de lui », a-t-il déclaré devant les caméras. Cet
émouvant reportage-témoignage a été clôturé par des images sur le
traumatisme causé par ces massacres auprès des rescapés, en général,
et des enfants, en particulier. Au centre de soins psychologiques de
la FOREM à Bentalha, les enfants gardent encore les séquelles de ces
assassinats. « Tous leurs dessins expriment cette horreur en dessinant
des barbus et des personnes allongées sur terre », a reconnu un des
jeunes psychologues de ce centre.

Sur le plateau d’Alger, l’universitaire Mohamed Bensalah estime
que « l’Algérie est l’objet d’une cabale médiatique qui ne date pas
d’hier », avec des manipulations coordonnées entre la presse écrite et
la télévision. Intervenant à partir du plateau parisien Jean-François
Kahn, directeur de l’hebdomadaire Mariane, a constaté que le
reportage sur le massacre de Bentalha a mis à nu les thèses du livre
de Yous : « C’est un document fort et émouvant. Il n’y a aucun doute
sur l’identité des assassins. » A son tour, l’éditeur Simon Blumenthal
considère que le livre de Yous entre dans la logique d’une
orchestration en collaboration avec tous les supports
médiatiques. « Dans son livre, Yous reconnaît qu’il était sympathisant
d’un parti politique depuis 1991 qui a épousé les thèses des
intégristes et de l’Internationale socialiste bien avant le début des
massacres. Ce livre fait partie d’une longue stratégie qui s’est
basée sur une certaine stratégie islamiste. C’est un faux procès
contre les institutions républicaines », s’est-il exclamé.

La diffusion d’un témoignage du journaliste Mohamed Sifaoui sur les
circonstances de sa rencontre avec Habib Souaïdia et les conditions
d’écriture du livre La Sale Guerre a permis d’éclairer les
téléspectateurs sur la ligne éditoriale des éditions La Découverte
dirigées par François Gèze qui a toujours « vomi » les institutions de
l’Algérie indépendante.

Déjà le 21 février 1987, il signait une pétition contre
l’interdiction par les autorités françaises de la publication de
l’opposition algérienne en exil El Badil.

Sur des images de fond de Sifaoui à travers le parc « Buttes Chaumont »
qui se trouve à une centaine de mètres de l’hôtel où Souaïdia a été
pris en charge par des « associations françaises » dès son arrivée à
Paris, Fateh Ayadi a introduit une petite caméra pour filmer une
réunion animée par les partisans de la thèse « qui tue qui ? ». Le
témoignage de l’écrivain Yasmina Khadra a, à son tour, détruit
l’écrit de Souaïdia. « C’est absurde que des civils soient tués par
des militaires. Cela échappe à la logique. C’est l’horreur absolue.
C’est lors du massacre des jeunes scouts de Sidi Ali à Mostaganem que
j’ai eu mon premier contact avec la barbarie intégriste », a-t-il
avoué.

Parlant de sa rencontre (qui remonte au 14 avril 2000) avec Habib
Souaïdia, Sifaoui s’est étonné du changement du contenu initial de La
Sale Guerre : « Lors de notre rencontre, Souaïdia me parlait de deux
ou trois exactions. Dans toutes les guerres du monde, ce genre de
dépassements existe, mais cela reste insignifiant par rapport au
degré de la barbarie. Partout, il y a des vengeances qui demeurent
des cas isolés. Mais, à mon grand étonnement, le contenu de ce livre
a été complètement changé par François Gèze », a-t-il annoncé tout en
lisant un e-mail de ce dernier où il l’informait du changement des
premières parties de ce livre : « Concernant les trois lignes sur
l’assassinat du maire de Lakhdaria, je viens d’en faire une bonne
page », a écrit le patron de La Découverte dans un message qu’il lui a
adressé.

Dans un autre reportage sur l’assassinat de Matoub Lounès, l’équipe
dirigée par le réalisateur Ali Fateh Ayadi a réussi à détruire les
thèses des reporters de Canal+. Dès le début, le témoignage du
chauffeur qui a transporté l’épouse et les deux belles-sours blessées
de Matoub vers l’hôpital a détruit le faux témoignage sur le
déploiement des forces de sécurité le jour de l’assassinat. « A mon
arrivée sur les lieux du massacre, je n’ai trouvé qu’une Peugeot 505
immatriculée à Bouira avec à son bord un couple. Les trois portes de
la Mercedes de Matoub étaient ouvertes. Son corps gisait dans une
marre de sang. Ses belles-sours criaient à l’arrière. Il n’y avait
aucune présence de gendarmes sur les lieux. Même sur le chemin de
l’hôpital je n’ai rencontré personne », a déclaré le chauffeur du
fourgon de transport de voyageurs qui assurait ce jour-là normalement
sa navette entre Beni Douala et Tizi-Ouzou. Pour le représentant du
RCD en France Hend Saâdi (qui a signé la préface du livre Le Rebelle
de Matoub Lounès), l’identité des assassins du chanteur kabyle est
connue de tous : « Dans un tract, le groupe de Hattab a revendiqué cet
assassina. Ce sont les véritables ennemis de Matoub qui sont
actuellement en train d’exploiter sa mort. Avec ce reportage, Matoub
vient d’être assassiné une seconde fois par un commando de
journalistes ».

Pour avoir été sollicité à traduire une partie des « rushs » (les
cassettes du tournage brut du documentaire), Mohamed Sifaoui s’est
étonné de la manipulation faite sur certaine images et sur l’absence
d’autres témoignages comme celui d’un terroriste qui reconnaît sa
participation à l’assassinat ou celui d’un autre terroriste vivant à
Londres qui a confirmé l’assassinat de Matoub par les groupes armés
islamistes.

En somme, malgré la durée de l’émission (deux heures et trente
minutes) Vérités a permis de mettre les points sur les « i » et de
rétablir la vérité sur les motivations des commanditaires de cette
campagne de déstabilisation.

Ce genre d’émission gagnerait à occuper régulièrement la grille de la
chaîne nationale pour détruire les thèses des détracteurs d’un pays
dont le processus de redressement initié depuis 1999 dérange.

 

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