Bouteflika répond à Souaïdia

Plusieurs mois après la sortie de La Sale Guerre

Bouteflika répond à Souaïdia

Saïd Rabia , Liberte 4 avril 2001

Les discours conjoncturels ne peuvent contrebalancer une campagne médiatique qui perdure.

« Les campagnes nourries par certains médias ne sont autres que croassements de corbeaux, croassements de grenouilles et parasitage de traître. » C’est ainsi que le président de la République a répondu à ceux qui, depuis quelque temps, tentent d’alimenter le doute, à partir de certaines capitales étrangères, sur la situation sécuritaire et des droits de l’homme en Algérie. En affirmant depuis Berlin, où il est arrivé avant-hier, qu’ »un livre sans consistance, d’un style pauvre n’atteindra pas notre moral », Abdelaziz Bouteflika se dit connaître « parfaitement les milieux (qui sont) derrière de telles pratiques », avant d’évoquer : « Certaines voix qui encouragent le gribouillis d’écrivains jusque-là méconnus de tous, qui étaient dans les prisons pour des erreurs commises au sein de l’institution militaire et écrivent n’importe quoi. » Le chef de l’État fait allusion à Souaïdia, dont le pamphlet La Sale Guerre a donné l’aubaine à certains cercles de s’attaquer à l’Armée populaire nationale. Des attaques auxquelles répondra Bouteflika dans son discours devant la communauté algérienne en Allemagne. Il dira que l’institution militaire « malgré ses lacunes et ses carences, à l’instar des autres institutions de l’État, a su préserver durant la décennie noire et sanglante certaines valeurs dont l’unité territoriale, l’unité du peuple algérien et ses institutions et le régime républicain, qui est l’une des constantes nationales ». Si le président de la République a repris son bâton de pèlerin pour défendre l’honneur des institutions algériennes, un discours suffira-t-il, à lui seul, pour contrebalancer une campagne médiatique qui, elle, dure depuis des mois et ne semble pas prendre fin ? En deux semaines seulement, les partisans du « qui tue qui ? » ont animé, dans la capitale française, deux conférences-débat. Les « vedettes » ne sont autres que les deux apprentis auteurs de La Sale Guerre, Souaïdia, et de Qui a tué à Bentalha ?, Nasroullah Yous, encadrés, évidemment, par des milieux qui ne sont pas étrangers à l’opinion algérienne et que Abdelaziz Bouteflika se dit « connaître parfaitement ». Le silence des officiels des semaines durant sur les attaques, dont l’ANP fut la cible, a donné libre cours aux diverses supputations qui, au fil des jours, se sont transformées en véritables accusations contre l’institution militaire, et cela sans que personne prenne sa défense.

D’autant plus que les médias lourds nationaux sont devenus depuis quelques années une véritable forteresse inaccessible à tous ceux qui peuvent, à force d’arguments, changer le cours des débats et fixer l’opinion publique, nationale et internationale sur les réels tenants et aboutissants de la situation sécuritaire en Algérie.

Pourtant, cette opinion a connu un revirement extraordinaire, il y a de cela deux années, lorsqu’une contre-campagne médiatique a été menée par plusieurs personnalités algériennes et étrangères, en Algérie et à l’extérieur, à savoir Bernard Henry Lévy et l’ancien « porteur de valises » pendant la Guerre de libération nationale, Francis Jeanson. Mais depuis, c’est un véritable retour à la case départ qui s’est effectué. Et remonter la pente ne pourrait se faire par le biais de discours conjoncturels.

 

Bouteflika fustige Souaïdia

Le Matin, 4 avril 2001

Lors de la deuxième journée de sa visite à Berlin, Abdelaziz Bouteflika a déclaré que le livre de Habib Souaïdia « n’atteindra pas notre moral ». La veille, le Président fédéral allemand, Johannes Rau, avait soutenu que l’emploi des moyens militaires pour lutter contre le terrorisme doit être accompagné de « la plus stricte discipline des forces armées ».

Alger et Berlin ont annoncé qu’ils comptent coordonner leurs efforts pour lutter contre le terrorisme. C’est ce qu’a annoncé hier le chancelier allemand Gerhard Schröeder lors d’un point de presse tenu conjointement avec le Président Abdelaziz Bouteflika. « Nous nous sommes mis d’accord sur une collaboration plus étroite des deux pays dans la lutte contre le terrorisme dans le cadre, bien sûr, des conventions internationales et du droit allemand », a déclaré Schröeder qui a précisé que le gouvernement allemand approuvait complètement les déclarations du Président fédéral allemand, Johannes Rau. Ce dernier a affirmé, lundi, lors du dîner offert en l’honneur du Président Bouteflika que « le détournement de la religion à des fins politiques, pour la prise du pouvoir, ne peut être combattu uniquement par des moyens militaires. On peut également y répondre en regagnant la confiance des hommes, par l’Etat de droit et les droits de l’Homme. Lorsqu’en dernier recours l’emploi de moyens militaires devient inévitable, il doit alors être accompagné de la plus stricte discipline des forces armées et soumis au droit et à la loi ». Tout en appelant les forces de sécurité à engager une lutte antiterroriste « propre », le Président fédéral n’a pas manqué de fustiger les groupes islamistes armés et leurs commanditaires politiques. Johannes Rau a affirmé que la position allemande est basée sur trois principes : « Le rejet du « meurtre » comme « instrument du débat politique », « quiconque veut forcer autrui par la terreur et le meurtre à adopter sa religion pèche contre Dieu et contre la religion », « une minorité qui cherche à imposer sa volonté à la majorité par la terreur et le meurtre agit contre le droit humain ». Les gouvernements européens, notamment en France et récemment en Allemagne, sont acculés par les ONG leur demandant de ne plus « soutenir » le gouvernement algérien accusé de « violation des droits de l’Homme ». La veille de la visite de Abdelaziz Bouteflika en Allemagne, l’organisation Pro Asyl avait appelé le chancelier Gerhard Schroëder à exiger du Président Bouteflika des explications au sujet de l’« implication de l’Armée » dans certains massacres. Abdelaziz Bouteflika, qui n’a jusque-là pas répondu aux attaques contre l’institution militaire, a fustigé les médias étrangers qui sont à l’origine de cette campagne et a répondu par là même aux propos du Président fédéral allemand. « L’institution militaire, malgré ses lacunes et carences à l’instar de toutes les autres institutions de l’Etat, a su préserver durant la décennie noire et sanglante certaines valeurs dont l’unité territoriale, l’unité du peuple algérien, les institutions nationales et le régime républicain », a soutenu le Président Bouteflika dans un discours prononcé devant la communauté algérienne établie en Allemagne. « Les campagnes nourries par certains médias, a poursuivi le Président Bouteflika, ne sont autres que croassements de corbeaux, croassements de grenouilles et parasitage de traîtres. Certaines voix encouragent le gribouillis d’écrivains (allusion à Habib Souaïdia, auteur de La Sale Guerre, ndlr) jusque-là méconnus de tous, qui étaient dans les prisons pour des erreurs commises au sein de l’institution militaire et qui écrivent n’importe quoi. Un livre sans consistance, d’un style pauvre, n’atteindra pas notre moral. » Sur le chapitre économique, le chancelier Schröeder a déclaré que l’Allemagne « accueille favorablement les réformes entreprises en Algérie ». « L’Algérie, a poursuivi le chancelier, est un éminent partenaire pour l’Allemagne et pour l’Europe. »
Amar H.

retour

algeria-watch en francais