Bouteflika veut éliminer les généraux

Bouteflika veut éliminer les généraux

Le Matin, 4 janvier 2003

Les généraux sont dans le collimateur du Président Bouteflika qui aurait, selon le Canard enchaîné, sollicité l’appui et le soutien du Président français Jacques Chirac pour sa réélection en 2004. Une réélection qui lui permettrait, aurait affirmé Abdelaziz Bouteflika à son homologue français, d’« écarter du pouvoir l’Armée et ses généraux qui, de tout temps, ont choisi et contrôlé les patrons du pays ». Le journal français tient cette information des confidences du Président Chirac lui-même. C’est lors du dernier sommet de la Francophonie, tenu à Beyrouth, auquel a participé pour la première fois l’Algérie, que les deux hommes se sont entretenus et ont échangé des propos autour de la présidentielle de 2004 à laquelle Abdelaziz Bouteflika compte, aurait-il avoué à son homologue français, se représenter. Mais si l’on croit notre confrère Claude Angeli, l’auteur de l’article du Canard enchaîné, la discussion ne s’est pas limitée à l’expression d’une ambition. Citant des indiscrétions dans l’entourage de Jacques Chirac, le journaliste rapporte des propos du Président Bouteflika qui semblent corroborer toutes les informations déjà rapportées par Le Matin quant à l’implication du chef de l’Etat dans la campagne visant à l’étranger l’Armée algérienne. Les dernières « révélations » publiées par le journal Libération accusant les services secrets algériens de l’assassinat des moines de Tibhirine s’inscrivent, vraisemblablement, dans la continuité de cette cabale dont les instigateurs agissent, à en croire le général Khaled Nezzar, à partir d’Alger. Après son retour de Paris, où il a assisté durant la première semaine du mois de juillet dernier à un procès l’opposant à Habib Souaïdia, auteur du livre La Sale Guerre, l’ancien ministre de la Défense a clairement désigné, dans une déclaration faite à la presse, la partie algérienne impliquée dans « ce complot ». Selon lui, la campagne anti-Armée a été encouragée par ceux-là mêmes qui avaient « considéré l’arrêt du processus électoral comme première violence et élevé le chef de GSPC au statut de Monsieur Hattab ». Mais, selon certains médias étrangers, Abdelaziz Bouteflika n’aurait pu accéder aux milieux politiques, proches de l’Internationale socialiste et partisans de Sant’Egidio, sans l’apport de Hocine Aït Ahmed et du Front des forces socialistes (FFS). Les mêmes sources n’excluent pas d’ailleurs l’implication de cette partie algérienne dans la campagne qui vise en France le groupe Khalifa. Les attaques contre ce groupe, qui vient de se séparer des services de Abdelghani Bouteflika, le frère du Président, sont dirigées, en fait, contre les généraux qui sont accusés de blanchiment d’argent. L’information donnée par le Canard enchaîné vient confirmer, cependant, cette volonté de Abdelaziz Bouteflika de neutraliser, en prévision de la présidentielle de 2004, l’Armée qui avait avoué ne pas posséder de « candidat ». Une neutralité qui lui permettrait de briguer un second mandat, dont le contenu anti-Armée est déjà annoncé, si l’on se réfère à l’article du Canard enchaîné. Mais ce dernier est-il capable de jouer un tour à ceux qui l’ont ramené à la Présidence ? Le journaliste du Canard enchaîné se pose d’ailleurs la question : « Bouteflika est-il un rêveur ou un ingrat ? »
Y. R.