La génération ANP attend la relève

La génération ANP attend la relève

Mustapha Bey, Algeria Interface

Paris, 26 juillet 2002 – Barrée par les officiers issus de l’armée française et de l’Armée de libération nationale (ALN), aux commandes de l’ANP depuis l’indépendance, la génération des cadres formés en Algérie, en Occident et en ex-URSS, attend depuis une décennie une relève, à l’ordre du jour, mais qui tarde à venir.

Paris, 26 juillet 2002 – Jugée «moins politique» que son aînée, qui fait et défait les chefs d’État depuis 40 ans, cette génération de «techniciens», désormais forte d’une «légitimité» forgée par une décennie de lutte anti-terroriste, est aujourd’hui aux avant-postes. Elle est surtout au cœur du processus de modernisation de l’ANP, matérialisé depuis 1990 par un effort sans précédent de remise à niveau technologique et opérationnel.

L’intégration progressive dans la chaîne de commandement de cette génération a coïncidé avec la nomination, en juillet 1993, du général-major Liamine Zeroual au ministère de la Défense. Remplaçant alors à ce poste le général-major Khaled Nezzar, porte-drapeau des officiers formés par l’armée française, Zeroual, lui-même originaire de l’ALN et formé en Jordanie, avait favorisé la promotion au grade supérieur d’une charrette entière de jeunes colonels, tels qu’Abdelaziz Medjahed, Ahcene Tafer, Mohamed Baaziz (chef du département Emploi et préparation à l’état-major), Kamel Abderrahmene (ex-patron de la DCSA, la Sécurité militaire), Mohamed Benslimane, Ahmed Senhadji (ancien directeur du Génie militaire et ex-attaché de Défense à Paris), Abdelmadjid Saheb, Ali Benali (ex-attaché de Défense au Caire), Brahim Dadci (ancien chef d’état-major des Forces navales), Ahmed Boustila ou encore Braham Belguerdouh (ancien chef de la 6 ème région militaire) et Nouï Mhidi (ex-chef des gardes-côtes et des fusiliers marins).

Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, des officiers qui n’ont pas connu la guerre d’Algérie accèdent au grade de général et à des fonctions supérieures de commandement, à la tête d’unités opérationnelles, de départements administratifs, à l’état-major ou dans les régions militaires. Aujourd’hui, Kamel Abderrahmane, Abdelamadjid Saheb, Ahcene Tafer, Ali Benali, d’une part, et Mohamed Benslimane, Brahim Dadci, Abdelaziz Medjahed, Ahmed Boustila et Ahmed Senhadji, d’autre part, tous devenus généraux-majors, deuxième grade le plus élevé dans la hiérarchie militaire algérienne, dirigent respectivement les 2 ème, 4 ème, 3 ème et 6 ème régions militaires, les forces aériennes, navales, la santé militaire, la gendarmerie et l’administration du ministère de la Défense.

Les contraintes stratégiques internes (terrorisme, professionnalisation) et externes (coopération avec l’OTAN, pacte militaire avec la Russie, processus de Barcelone, respect de l’orthodoxie budgétaire imposée par le FMI) ainsi que l’obsolescence de certains système de défense acquis auprès de l’ex-URSS, ont donc obligé l’ANP à moderniser ses équipements et à rajeunir son commandement.

Atteinte par le phénomène d’âge et d’usure, la génération des officiers issus de la guerre d’indépendance (1954-1962), qui détient encore les premières positions (état-major, services de sécurité, régions), retarde l’échéance de son départ à la retraite. Concernée au premier chef par les responsabilités inhérentes à la gestion de la crise politique depuis 1992, elle s’évertue à préparer elle-même les conditions de son retrait en s’assurant notamment que son effacement au profit de la génération ANP se fera sans préjudices personnels.

Guerre de leadership
C’est ce qui expliquerait que le général de corps d’armée Mohamed Lammari et les généraux-majors Mohamed-Lamine Mediene, Mohamed Touati, Benabbes Ghezaïel, Brahim-Fodil Chérif, Saïd Bey, Gaïd Salah, largement sexagénaires, détiennent encore l’essentiel du pouvoir et entendent peser de tout leur poids politique sur des questions déterminantes: leur propre relève, la modernisation de l’armée et les choix politiques décisifs (élections présidentielles…).

Ces enjeux décisifs, s’ils concernent tous ces officiers, quelle que soit leur origine, ne leur donnent toutefois pas une conscience de groupe et une communauté de destin. Opposés les uns aux autres par une guerre d’influence discrète et permanente, ils sont divisés par ailleurs sur la question des responsabilités inhérentes aux choix politiques que furent, en 1992, l’interruption du processus électoral et l’option du tout-sécuritaire en guise de gestion de la menace terroriste islamiste. En se démarquant récemment du «collège des décideurs», ceux-là mêmes qui furent à l’origine directe de ces choix, le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Mohamed Lammari, donne tout son sens à cette guerre de leadership.

Si la génération ANP, concernée par l’interruption du processus électoral en 1992, engagée de plain-pied dans la guerre contre le terrorisme, techniquement mieux formée et moins impliquée dans les affaires que son aînée, a pu bouleverser les équilibres régissant le rapport de force au sommet de la hiérarchie de l’ANP, poussant en première ligne des officiers comme Kamel Abderrahmene, actuel chef de la 2 ème région militaire et héritier présomptif du patron du DRS, Mohamed-Lamine Mediene, ou Abdelaziz Medjahed, directeur de la Santé militaire et successeur potentiel du commandant des Forces terrestres, d’autres officiers, moins connus, attendent de passer aux premières loges.

Il en est ainsi notamment des généraux Abdou Abdelhamid, directeur de l’Académie militaire de Cherchell, Mohamed Chibani, chef d’état-major des Forces terrestres, El Attafi, chef du service d’espionnage, Aderrahim Zouaghi, directeur de la Sécurité de l’armée (DCSA, Sécurité militaire), Chemseddine Bendimered, chef du département Organisation et logistique à l’état-major, Mohand Tahar Yala, chef de l’état-major des Forces navales, Abdallah Belhadj, directeur de l’École polytechnique militaire de Bordj El Bahri, Alioua Larbi, directeur de la Recherche militaire, Mohamed Reda Bourenane, directeur central au ministère de la Défense, Mohamed Zenakhri, directeur central au même ministère, Chérif Abderrezak, commandant-adjoint de la 4 ème région militaire; et des colonels Hacène Djebbouri, commandant de la 1 ère Division blindée, Abdelkader Laïb, directeur central des Infrastructures militaires, Mohamed Benaziza, chef d’état-major de la gendarmerie, Mohamed Bourghem, chef d’état-major de la 2 ème région militaire et Rachid Alili, directeur des Affaires économiques au DRS.