Un rapport confidentiel l’aurait établi : Le bilan des années de braise

Un rapport confidentiel l’aurait établi

Le bilan des années de braise

La Nouvelle République, 27 novembre 2002

Ce rapport livre également des chiffres concernant les dégâts matériels, l’armement, les populations touchées ou affectées par le terrorisme directement ou indirectement, ainsi que les pertes enregistrées par les groupes terroristes et le nombre de criminels qui se sont rendus à la veille et au lendemain de la promulgation de la loi portant concorde civile.
Ainsi, selon les chiffres de ce rapport publiés par ce journal, il est fait état de 30 101 morts et de 24 096 blessés parmi les populations civiles, résultat d’actions terroristes qui se sont appuyées sur les attentats quotidiens dont la moyenne aurait atteint 14 actions par jour, dont une bonne partie se faisait par le moyen d’explosifs. Ainsi, le nombre d’attentats à la bombe atteindrait 6 006 opérations, preuve que les groupes terroristes avaient accédé à une maîtrise du mode de fabrication des bombes de même qu’ils disposaient d’une base logistique pour ce faire. A souligner également que les attentats à la bombe permettaient une nuisance à distance et évitent aux terroristes de subir des pertes humaines dans leurs rangs. Aussi, les voitures piégées, les bombes dans les butanes à gaz et autres instruments de mort ont-ils été un recours privilégié chez les criminels. L’article en question fait état de la mention par le rapport du vol de quantités très importantes de nitrate d’aluminium principalement subtilisées aux agriculteurs. Cette substance, de par sa composition, serait une matière dont se servent les terroristes pour fabriquer leurs engins meurtriers.
Quant au massacres collectifs perpétrés contre les populations rurales, ils ont fait 4 143 victimes sur un ensemble d’assauts et d’incursions de l’ordre de 300 contre les villages et bourgades isolés.
La barbarie terroriste n’a pas épargné non plus l’honneur des populations meurtries et endeuillées, puisqu’elle a perpétré, parmi des femmes dont l’âge varie entre 18 et 28 ans, 1 653 viols en plus de 350 cas de viol sur mineures, sans oublier le rapt de pas moins de 2 646 filles. Il et précisé que ces chiffres doivent être relativisés du fait que les familles rurales, par pudeur et fierté, préfèrent éviter de dénoncer ce genre de méfaits.
Autres pertes humaines, celles qu’ont déplorées les forces de sécurité qui ont payé, du fait qu’ils ont constitué une cible de choix pour le terrorisme, un lourd tribut durant cette dernière décennie. Pas moins e 8 684 éléments ont trouvé la mort alors que 12 430 autres ont atteint de blessures. C’est l’ANP qui a enregistré le plus de pertes dans ses rangs avec 4 395 éléments assassinés, dont des officiers de différents grades, suivie de la Sûreté nationale qui a perdu pas moins de 2 247 agents. La garde communale n’est pas en reste, elle qui a dû sacrifier, pour faire face au terrorisme, 1 048 personnes. Relativement moins important, mais tout aussi tragique, l’assassinat par les terroristes de 994 éléments dans les rangs de la Gendarmerie nationale.
En plus des pertes humaines que les hordes barbares occasionnaient dans les rangs des services de sécurité par le biais d’embuscades contre des sections ou des attentats individuels, les terroristes ont pu s’emparer de quantités importantes d’armes de guerre pour en munir leurs groupes de criminels. Ainsi, il est fait état d’un butin en armement de près de 1 681 pièces, dont la majorité est constituée de pistolets mitrailleurs et automatiques, en plus de la découverte, plus tard, de 3 377 autres armes dont l’origine est inconnue, composées essentiellement de kalachnikovs, de lance-mortiers, et certainement parvenues de l’extérieur du pays à travers des réseaux de trafic d’armes du Niger vers la Mauritanie, puis à Ménéa en Algérie, pour enfin à l’arsenal terroriste dans le mont Boukhil dans la wilaya de Djelfa, d’où les armes sont distribuées dans la pays aux katibats de la mort.

Le rapport ferait état également de la stratégie offensive des hordes terroristes pour ternir l’image de l’Algérie et isoler l’Etat algérien, et ce, en poussant les Etats occidentaux notamment à geler leurs relations économiques avec notre pays. Pour ce faire, les terroristes ont ciblé des ressortissants étrangers ; c’est ainsi que 39 étrangers de différentes nationalités ont trouvé la mort sous les balles des criminels, alors que trois autres ont été blessés. Le rapport analyse avec minutie l’évolution des méthodes criminelles des terroristes, notant l’apparition, depuis 1994, d’un nouvea mode de nuisance : le faux barrage lequel mode continue à être utilisé jusqu’à nos jours sur les axes routiers les plus fréquentés et qui ont pour objectifs d’intercepter d’éventuels éléments des forces de sécurité, de déposséder les citoyens de leurs biens et se réapprovisionner en vivres et en argent.
La majorité des faux barrages ont été dressés sur les routes nationales 1, 4, 5, 14, 18, 29, 43, 95 et 98, ont le nombre avoisine les 2 200 faux barrages.
Quant aux pertes des terroristes et autres chiffres concernant leurs effectifs, le rapport évoque les cas de liquidation des criminels, de récupération des armes et de reddition sous le parapluie de la loi sur la rahma et la concorde consécutive. Les forces de sécurité ont ainsi pu éliminer, durant cette période, près de 13 000 éléments terroristes, récupéré près de 17 000 armes à feu et arrêté 23 866 personnes pour leur implication dans des affaires de terrorisme. La concorde civile, quant à elle, a permis la reddition de 4 200 terroristes, dont 2 400 éléments ont bénéficié de la grâce présidentielle, alors qu’avant cela, sous la loi de la rahma, 10 111 terroristes ont déposé les armes et se sont rendus aux autorités.

Autres données du rapport sur la période pré-citée
Dégâts occasionnés par les actes terroristes contre les structures de base :

– Incendie de 6 867 unités économiques, soit deux milliards de dollars de dégâts, la perte de 70 000 emplois et 350 000 personnes sans revenus, ceci sans compter 500 milliards de dinars de pertes induites, de ce fait, au Trésor public, ni le rançonnement des populations par la terreur. Un racket que le rapport estime à environ 1.022.383.549 DA.

– Destruction de 810 établissements scolaires, 3 centres universitaires, 8 instituts et 26 centres de formation professionnelle.

– Vols de cheptels qui a atteint son apogée en 1998 : 44 533 têtes d’ovins et 1 783 têtes de bovins.

– Vols de voitures en vue de déplacements, d’attentats à la bombe ou de revente en pièces détachées : 15 364 véhicules.

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Quecache la bataille des chiffres ?

Par M. C., La Nouvelle République, 27 novembre 2002

Une décennie après le début des événements tragiques qui ont bouleversé le pays, la polémique autour de l’évaluation des dégâts humains et matériels occasionnés par le terrorisme a déjà commencé. Entre ceux qui exagèrent les chiffres et ceux qui veulent les minimiser, nous trouvons la manipulation de certains médias étrangers qui ne ratent aucune occasion pour déformer la réalité. Pour approcher cette problématique des chiffres, nous avons pris en considération l’année 1994, jugée la plus meurtrière et la plus destructrice de ces dix années d’une guerre qui ne dit pas son nom. Ainsi, et selon un bilan inédit communiqué récemment par les services du chef du gouvernement, l’année 1994 a connu le plus lourd bilan de pertes en vies humaines avec l’assassinat de 6 388 personnes et 2 289 blessés. Par catégories ciblées, nous trouvons les agents de l’Etat avec 135 victimes. Parmi ces derniers figure un wali, 11 chefs de daïra, 7 hauts fonctionnaires, 76 président de délégation communales en plus de 40 autres membres de ces mêmes délégations. Après les agents de l’Etat viennent les moudjahidine avec 122 victimes, les enseignants avec 101 personnes assassinées, les imams avec 52 victimes et les étudiants avec 41 personnes, ainsi qu’un pilote et un chanteur. Comme on pourrait le constater, aucune catégorie professionnelle n’a été épargnée par la vague des assassinats. Il est tout de même utile de préciser que les pertes subies par les services de police, de la Gendarmerie nationale et de l’armée n’ont pas été comptabilisées dans cette évaluation. Il en est de même pour les pertes subies par les groupes terroristes. L’année 1994 s’est distinguée par le nombre très élevé de hold-ups qui ont avoisiné les deux cent mille cas, tandis que treize mille extorsions de biens à main armée ont été perpétrées. Ces chiffres démontrent les besoins importants en moyens financiers et logistiques induits par l’activisme des groupes terroristes. Durant cette même année, les dégâts matériel ont été évalués à deux milliards de dollars.

Un mont équivalant au coût de la construction de 170 mille logements sociaux. Le secteur le plus touché par les destructions a été celui de l’éducation qui a comptabilisé la perte de 915 classes du primaire, 999 blocs administratifs, 7 instituts de recherche, 9 centres de formations et 3 centres universitaires. L’administration publique de son côté a perdu 224 mairies et sièges de daïras. Tandis que le secteur économique a vu la destruction de dizaines d’entreprises publiques. Par ailleurs, le secteur du transport a connu en 1994 un véritable désastre avec la destruction de 1 218 camions, 577 véhicules de tourisme, 511 engins de travaux publics, 288 bus, 7 locomotives et 204 wagons. Le secteur de l’énergie et des télécommunications n’a pas non plus été épargné par les actes de sabotage.

L’utilisation des explosifs
Les bombes et autres véhicules piégés ont été largement utilisés par les groupes terroristes entre 1996 et 2000. Le nombre le plus important de bombes ayant explosé a été répertorié en 1997. Cette année-là, pas moins de 1 400 engins ont explosé tandis que 1 600 autres bombes ont été désamorcées. La même année, 26 véhicules piégés ont explosé alors que 19 autres ont été désamorcés. Ces explosions qui ont eu lieu dans des lieux publics, ont tué 1 031 personnes et blessé 4 000 autres. Les capacités de nuisance des terroristes spécialisés dans les explosifs ont sérieusement diminué à partir de 2001. Cette année-là seulement, 373 engins ont explosé, tandis que seulement quatre voitures piégées ont été désamorcées. Le nombre de victimes à lui aussi sensiblement régressé avec 104 décès. Durant les neuf premiers mois de 2002, près de 320 engins ont explosé tandis que 636 autres ont été désamorcés. Aucune voiture piégée n’a explosé depuis 1998.

Au total, et entre 1996 et 2002, pas moins de 13 848 bombes ont été neutralisées, tandis que 5 575 ont explosé. Pour les véhicules piégés, il a été procédé à la neutralisation de 144 voitures-bombes, tandis que 95ont malheureusement explosé. L’ensemble de ces engins explosifs a fait 3 335 morts et 12 414 blessés durant la période citée plus haut.
A travers ces chiffres macabres, nous arrivons à prendre conscience de l’ampleur du drame qui a frappé ce pays ces dix dernières années. Et il est indécent que certains utilisent le nombre des victimes et le niveau des dégâts matériels pour des calculs politiciens.