LIl n’y a toujours pas de ministre de la Défense

Il n’y a toujours pas de ministre de la Défense

Par Fayçal Métaoui, El Watan, 19 juin 2002

Le tabou n’est toujours pas cassé. En 2002, le gouvernement algérien continue de fonctionner sans ministre de la Défense nationale. Comme il y a vingt ans ! La liste du cabinet Benflis, rendue publique lundi 17 juin, marquée par une pléthore de ministres, omet de mentionner le ministère de la Défense.

Bouteflika, qui, depuis son arrivée à El Mouradia en avril 1999 est présenté comme l’homme qui « neutralisera » les tabous, semble s’adapter à une situation héritée du parti unique : le président de la République, chef des forces armées, cumule le poste de ministre la Défense. La timide et brève ouverture démocratique, d’après la Constitution de février 1989, a permis la création de ce poste, lequel a été attribué à Khaled Nezzar, général à la retraite. Après la parenthèse du Haut Comité d’Etat (HCE), installé contre les règles constitutionnelles en 1992, après le départ forcé de Chadli Bendjedid, Liamine Zeroual, autre général à la retraite, a été nommé ministre de la Défense. Un tremplin qui lui a servi à devenir, en 1994, président de l’Etat, puis président de la République après les élections de 1995. Depuis, le poste de ministre de la Défense n’a plus été attribué, ni à un militaire, ni à un civil, ni même un « militaire-civil ». Le discours officiel est pourtant prolixe sur la « professionnalisation » de l’armée. Lors d’une allocution prononcée devant les officiers de l’armée, le 3 juillet 2000, le président Bouteflika avait dit ceci : « L’Armée nationale populaire, étant un instrument de soutien dans l’affirmation de notre souveraineté nationale, chargée de défendre l’intégrité territoriale du pays et de veiller à la sécurité du pays à l’extérieur, se doit, avec le retour graduel de la paix civile, de se préparer à reprendre en main les missions que lui assignent les lois de la République. » Il avait soutenu aussi que l’ANP doit évoluer et se hisser à un niveau plus élevé de professionnalisme « afin de s’adapter aux nouvelles conditions régissant ses missions ». Ali Benflis, chef du gouvernement et secrétaire général du FLN, avait, lors de la campagne pour les législatives du 30 mai dernier, défendu l’idée de la professionnalisation de l’armée. Objectif imposé notamment par la conjoncture internationale. Mais, il y a comme une hantise, quelque part, à propos de l’inévitable abandon de l’option, complètement dépassée, de « l’armée populaire ». Et, il y a – il faut le dire – une sorte de psychose chez ceux qui décident parmi les chefs militaires de doter le gouvernement d’un ministre de la Défense. Ministre qui prendra en charge autant les aspects administratifs et politiques que stratégiques. Demander à ces chefs militaires de confier le poste à un civil équivaut à braver un interdit, sinon à franchir des lignes rouges. On fait comme si la chose était normale et admise par tous. Et le président Bouteflika ne fait rien pour « bousculer » l’ordre des choses. Il est aujourd’hui clair que l’Algérie ne fera pas comme la Colombie où une femme diplomate, Marta Lucia Ramirez, 48 ans, vient d’être nommée ministre de la Défense. Un poste sensible dans un pays ravagé par 38 ans de guérilla. En Algérie, où le verrouillage s’étend à tous les champs de l’expression, un débat sur cette question se limitera aux salons habituels. On continuera de « faire semblant » de changer. De réformer. Et de parler.