Le rendez-vous de tous les espoirs, de tous les risques

Le rendez-vous de tous les espoirs, de tous les risques

 

Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, Dimanche 20 janvier 2002

Les échéances électorales à venir ne constituent pas uniquement un rendez-vous inscrit dans le calendrier officiel et qui seront tenues dans les délais légaux. Le respect de ce calendrier dépend de plusieurs paramètres de nature politique. En premier lieu, le scepticisme traditionnel de l’opposition vis-à-vis de la volonté des pouvoirs publics et de l’administration de tenir des élections «propres et honnêtes». A ce propos, des partis se sont déjà exprimés, redoutant encore une fois le détournement des voix citoyennes. Au-delà de la problématique fondamentale de la représentativité, le spectre de la fraude électorale travestit la réalité du champ politique et rend impossible sa lisibilité. Pis encore, le non-respect de la volonté des électeurs explique le détournement des citoyens de la chose politique et leur non-respect des institutions produit de la fraude. Le simulacre électoral favorise l’émergence des opportunistes et des médiocres au détriment des compétences et des qualités morales. En somme, ce sont «les cerveaux» des scénarios de fraudes électorales qui sont les responsables de la déliquescence de l’Etat et de ses institutions et de toutes les conséquences dramatiques et tragiques de cette situation. En deuxième lieu, le contexte économique et social n’est pas de nature à encourager les électeurs à se ruer vers les urnes. D’autant plus que les Algériens ont compris depuis longtemps que leurs voix n’ont aucune importance, ne peuvent rien changer à ce qui a été décidé dans des officines impénétrables et qu’elles ne valent que comme faire-valoir d’une démocratie de façade pour donner bonne conscience aux discoureurs sur la bonne santé de «la démocratie algérienne». Pis encore, le mépris des voix et de la volonté des citoyens pousse ces derniers à faire entendre leurs voix et exprimer leur volonté, la vraie, celle qu’on ne peut ni détourner, ni cacher ni travestir, à travers l’émeute, la violence, la protesta… Parfois, des citoyens désespérés de l’Etat, de ses structures et de ses hommes, se jettent dans les bras du terrorisme, juste pour se venger du notable local qui les a méprisés, qui les a écrasés, qui a réduit leur dignité à moins que rien. Ceux qui font le compte des voix détournées au profit de faux élus sont responsables des dégâts causés par les rentiers et ce qu’ils ont produit comme syndrome de l’émeute et de la casse. Enfin, il y a le dossier lourd de la Kabylie et du mouvement des citoyens qui attend d’être solutionné. Si les choses restent en l’état d’ici le rendez-vous électoral, toute une partie située au cœur de l’Algérie ne prendrait pas part à une échéance nationale. Ce qui signifierait que l’Algérie serait atrophiée au moins au niveau institutionnel de ces régions aussi importantes que toute autre région du pays. Ni le pouvoir ni la Kabylie, ni le reste de l’Algérie n’accepteraient d’envisager un tel scénario catastrophe. Donc, le règlement définitif de la question identitaire et linguistique doit intervenir avant tout rendez-vous électoral. Y a-t-il des contacts sérieux entre les véritables représentants du mouvement citoyen et les autorités pour initier une solution à la mesure des attentes citoyennes et de la dimension historique de la reconnaissance de l’Algérianité telle qu’elle est vécue et telle qu’elle s’exprime tous les jours. Ceux qui empêchent ce saut qualitatif vers une réconciliation de l’Algérie avec elle-même et avec sa matrice identitaire seront responsables du déchirement qu’ils programment.

A. G.