Six Algériens parmi les martyrs de Mina

Suite à une bousculade sur les lieux saints de l’islam

Six Algériens parmi les martyrs de Mina

par Nabila K., Le Jeune Indépendant, 14 janvier 2006

La bousculade survenue jeudi, au moment où les pèlerins lançaient les pierres contre les trois stèles érigées sur le pont des Jamarat, à Mina, a causé le décès de six Algériens dont deux femmes. Selon le chargé de la communication du ministère des Affaires Religieuses, M. Tamine, le bilan est toutefois provisoire, tant que les autorités saoudiennes qui chapeautent l’opération de sauvetage n’ont pas clos le dossier.

Le jour de l’incident, le ministère des Affaires étrangères avait diffusé un communiqué pour rassurer les Algériens, leur précisant que tous nos pèlerins sont sains et saufs. Le même communiqué avait fait état de cinq blessés, tout en précisant que les services diplomatiques et consulaires sur place poursuivent auprès des autorités saoudiennes les contacts nécessaires pour établir «la véracité des premières informations».

Le ministère des Affaires religieuses avait rappelé que la majorité des Algériens se trouvaient, durant la bousculade, à la Mecque, pour «l’accomplissement du rite du hadj». Par ailleurs, M. Tamine a imputé cet incident, qui a fait également des centaines de morts et de blessés, à la mauvaise organisation de l’opération par les autorités saoudiennes.

Plus explicite, le chargé de la communication du ministère des Affaires religieuses a expliqué que le lieu où les pèlerins sont appelés à lapider Satan ressemble à un stade alors que les autorités saoudiennes devaient construire deux couloirs pour permettre à tout le monde d’accomplir son devoir rituel sans risque d’accident.

«Aucune disposition n’a été prise par les Saoudiens avant le début de la période du pèlerinage. J’espère que cet incident sera pris en considération pour l’année prochaine, afin d’éviter l’enregistrement d’autres décès, comme ce fut le cas les années précédentes et cette année», a conclu M. Tamine.

Du côté de l’hôpital général de Mina, des sources médicales ont indiqué que le bilan des décès devrait s’alourdir «car la plupart des victimes se trouvent dans un état critique», ajoutant que la plupart d’entre elles sont originaires de l’Asie du Sud-Est.

L’on relève également un lourd bilan pour la communauté égyptienne, estimé provisoirement à une centaine de morts. Plusieurs versions de la cause de ce drame ont été données, dont celle faisant état du «trébuchement des pèlerins sur des bagages abandonnés par leurs propriétaires».

Allant plus loin, les autorités saoudiennes ont carrément imputé la bousculade aux pèlerins qui «ne se sont pas conformés aux règles ainsi qu’à un problème de bagages, au moment où des dizaines de milliers de fidèles se pressaient pour lapider les trois stèles symbolisant Satan».

Par ailleurs, selon un témoin cité par la chaîne Al-Jazira, «des imams avaient émis une fatwa recommandant d’accomplir la lapidation dans l’après-midi. La plupart des pèlerins ont suivi cette recommandation sans tenir compte d’autres fatwas facilitant le rituel, ce qui a provoqué la concentration de dizaines de milliers de pèlerins autour des stèles».

Une autre version a été donnée par un témoin cité par la même chaîne de télévision, qui précise que la bousculade a eu lieu lorsque des policiers ont frayé un chemin à une haute personnalité au milieu de la foule. L’incident de Mina n’est pas le premier du genre, puisque quelques jours auparavant, le pèlerinage avait déjà été endeuillé par l’effondrement d’un immeuble utilisé comme hôtel, qui avait fait 76 morts.

D’autres drames ont déjà été enregistrés autour de ces stèles, notamment en 1994, 1998 et 2004, qui ont causé respectivement le décès de 270, 118 et 251 pèlerins. Le plus meurtrier a été celui de 1990 où 1 426 morts, pour la plupart des asiatiques, ont été enregistrés suite à une bousculade dans un tunnel à Mina, due vraisemblablement à une panne du système de ventilation.

N. K.