La Kabylie, les émeutes et les législatives

La Kabylie, les émeutes et les législatives

Par Hamidou B., Jeune Indépendant, 24 mars 2002

Sur fond de violence politique, de recrudescence du terrorisme et des émeutes de plus en plus inquiétantes en Kabylie, le pouvoir maintient le cap sur l’organisation des législatives du 30 mai prochain. Le président Bouteflika, pour répondre à ceux qui souhaiteraient reporter le scrutin, confirmera à la télévision libanaise LBC la tenue à la date arrêtée des élections législatives en précisant que celles-ci auront lieu avec ou sans la Kabylie. Cette approche du pouvoir est partagée par le patron du RND d’Ahmed Ouyahia. Cette même approche est également relayée par le chef du gouvernement, Ali Benflis, et le premier responsable du département de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni. Ce dernier, qui a sillonné le territoire national ces dernières semaines, pour superviser de visu les préparatifs du prochain scrutin, est apparu visiblement satisfait du travail effectué par l’administration pour le jour J. Autrement dit, l’option du maintien des législatives est confirmée. Cette obstination du pouvoir à maintenir cette «ligne droite» «coïncide» avec une nette reprise des attentats à la bombe. La dernière en date est celle qui a fait trois blessés graves, hier, à Blida. Il y a quelques jours, une bombe artisanale, près de la Grande-Poste (Alger) a fait également des blessés graves. Yazid Zerhouni parlera à chaud en précisant que cet acte est perpétré pour qu’il n’y ait pas d’élections. Ces actes terroristes sont-ils commandités dans le seul but de faire capoter le prochain scrutin ? Qui sont ses commanditaires ? Et quels sont les tenants et les aboutissants du report des législatives ? Le décès par balles du jeune Bettar à Chemini (daïra de Sidi Aïch) est venu raviver encore davantage un climat déjà électrique dans toute la région de la Kabylie. La gendarmerie, accusée d’être derrière cet acte, a réfuté ces accusations. Le colonel Saber, commandant du groupement de la gendarmerie nationale, a affirmé qu’«aucun gendarme n’était en possession d’armes à feu, en précisant que les éléments de la brigade de Chemini, après avoir été mis en difficulté par les manifestants, ont quitté leur cantonnement armés seulement et uniquement de moyens de maintien de l’ordre». Les policiers n’ont pas tiré également lors de cette manifestation. Alors la question se pose : qui a tiré sur le jeune Bettar et pour quel objectif ? Samedi dernier, le porte-parole des aârchs «dialoguistes», M. Arab a accusé les éléments du MAK d’être derrière les troubles qui ont repris en Kabylie après le discours du président Bouteflika. L’orateur s’est interrogé sur les objectifs recherchés par les auteurs des émeutes en Kabylie au moment où le chef de l’Etat, selon lui, a répondu positivement à la plate-forme d’El-Kseur. Dans ce contexte, il y a lieu de souligner que des éléments de la Sûreté nationale ont reçu ce week-end leur mutation vers les wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa. Ce qui confirme l’information du remplacement des gendarmes dans les endroits où il y a eu mort d’homme par des corps spécialisés de la Sûreté nationale. Dans cette effervescence d’attentas et d’émeutes en Kabylie, vient s’ajouter cet incendie, hier, de l’APC de Saïda et plusieurs édifices publics. La grogne des manifestants serair liée à la liste affichée par l’Assemblée populaire communale portant sur les bénéficiaires des logements sociaux.

Face à cette remontée en puissance du mécontentement populaire et la reprise des émeutes dans les différentes régions de la Kabylie, le pouvoir va-t-il prendre des décisions pratiques avant la date anniversaire de l’assassinat de Massinissa, le 19 avril, pour apaiser la tension et assurer le retour à la normale avant le début de la campagne électorale ? H. B.