Les Algériens voteront le 30 mai

Avec ou sans Benflis et Ouyahia au gouvernement

Les Algériens voteront le 30 mai

K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 27 février 2002

Les élections législatives auront lieu le jeudi 30 mai, a annoncé hier le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, en Conseil des ministres. L’annonce intervient après le dialogue qu’il a initié, mercredi dernier, avec les partis politiques et le groupe des indépendants représentés à l’Assemblée populaire nationale.

L’occasion sera aussi pour répondre aux réserves et critiques qui font la vague médiatique du moment quant aux garanties pour un scrutin sans risque de fraude ni logique de quotas. Ainsi, et selon le communiqué du Conseil des ministres, le chef de l’Etat a réaffirmé sa «détermination à faire respecter la sincérité du scrutin et à garantir le libre choix des électeurs». Invitant aussi le gouvernement à mettre en place les «mécanismes légaux et constitutionnels» de contrôle des opérations de vote.

L’occasion sera aussi pour revenir sur la nécessité de la mise en place d’un «dispositif de surveillance politique» de la régularité des élections. Ce dispositif est appelé à «compléter et consolider» le dispositif règlementaire prévu dans le cadre des mécanismes légaux et constitutionnels avec la création d’une commission gouvernementale appropriée. «Cette structure a vocation à assurer la coordination de toutes les actions nécessaires à la préparation et à la bonne tenue du scrutin».

Reste qu’en parallèle et à la fin du suspense sur la date exacte du scrutin, une question reste posée: faut-il désigner un nouveau chef de gouvernement et opérer un remaniement ministériel pour donner du crédit à des élections qui ne suscitent pas l’enthousiasme au sein de la population et qui sont déjà frappées de suspicion par certains courants politiques ?

Même si elle n’est pas encore évoquée officiellement, la question hante les gens du pouvoir, soucieux, au moment où la contestation en Kabylie pourrait bien se transformer en boycott du scrutin, de donner des gages aux observateurs extérieurs. Le précédent d’Ouyahia, un chef de gouvernement et chef de parti gérant un scrutin, celui des élections locales de 97, a laissé une fâcheuse et tenace image de fraude. Une fraude confirmée par le rapport d’une commission d’enquête parlementaire dont le contenu, sans appel pour le RND, est connu, même s’il n’a pas été officialisé. En tout cas, ce précédent milite pour que des mesures conservatoires soient prises afin d’éviter – ou du moins d’en atténuer la possibilité – une réédition du même scénario. Cela le devient d’autant plus que des informations distillées dans la presse ont laissé entendre un «retour en grâce» du FLN auprès des décideurs. Conclusion tirée automatiquement par certains milieux de l’opposition: cette année, la fraude va bénéficier au FLN.

La question est en tout cas pressante et alimente depuis des semaines des rumeurs sur un départ des deux chefs de parti au gouvernement, à savoir Ali Benflis (FLN) et Ahmed Ouyahia (RND). Trois noms sont avancés pour prendre la tête du gouvernement durant le processus électoral: Abdelaziz Khellaf, ancien ministre du Commerce sous Chadli et secrétaire général de la présidence jusqu’à la mort de Boudiaf. Il pourrait quitter pour quelques mois l’Arabie Saoudite où il exerce dans une institution financière internationale pour accomplir cette mission ponctuelle. Deux autres noms sont cités: M. Chérif Rahmani et Abdelmadjid Tebboune.

Même s’ils n’en font pas cas-le FLN refusant même l’éventualité du départ de Benflis – , il se pose une véritable question de moralité politique de voir les deux chefs de parti du «pouvoir» continuer à occuper leurs fonctions dans une compétition censée être concurrentielle. Les précédentes expériences électorales sont encore dans les esprits et confortent l’énorme méfiance à l’égard d’un jeu électoral considéré comme truqué et sans enjeux réels. Les prochaines législatives ne sont pas exemptes du soupçon d’un jeu biaisé, où le régime organiserait une fausse alternance entre le FLN et le RND. Le jeu consisterait à ramener le RND à la seconde place, tandis que le FLN se redonnerait une première place et une nouvelle «virginité» politique.

Le départ des deux chefs de parti en charge des plus hauts postes de l’exécutif deviendrait une sorte d’impératif pour le pouvoir afin de sauver une élection qui ne suscite pas et c’est un doux euphémisme l’enthousiasme débordant des Algériens. Rien n’empêche en théorie qu’ils quittent le gouvernement pour y revenir après le scrutin. Ce serait, du point de vue du pouvoir pour qui cette élection sera une épreuve, un moindre mal.

Car, du point de vue de l’opinion publique, la «neutralité» des noms qui seraient pressentis pour gérer les élections n’est pas vraiment évidente. On peut même légitimement se demander s’ils sont de nature à secouer la morosité électorale ambiante. La question est restée entière après le Conseil des ministres d’hier, dont l’annonce avait alimenté beaucoup de rumeurs.