Métropole, élites, chantiers et responsabilité de tous : Oran sort de «l’Oran-attitude» ?

DOSSIER – Métropole, élites, chantiers et responsabilité de tous : Oran sort de «l’Oran-attitude» ?

par Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, 19 juillet 2014

Comment aller au-delà du slogan creux de «seconde capitale du pays», de la vocation de ville-cible des exodes ruraux et de la fonction de niche pour extensions urbaines massives ? Oran métropole méditerranéenne est un vieux rêve, dans la région.

Oran est capitale de quoi ? De la région ? Des «affaires» ? De l’Ouest «politique» dans la cartographie mentale des méfiances nationales ? Ou des projets standardisés des politiques de développement, un peu trop mécaniques : logements, réseaux, équipements et bilans. Pour y répondre, «Oran, Demain métropole méditerranéenne» a été le sujet d’une rencontre, inédite dans les mœurs administratives algériennes, avant-hier. Y participeront, de concert, les élus de la ville, (APW et APC), le nouveau wali, les hommes d’affaires de la région, des universitaires et autres, sous le patronage du «Quotidien d’Oran». Habituée à être sollicitée comme «partenaire» de légitimation de manœuvres de consensus politique, la «société civile», ce vieux concept des années 90, est aujourd’hui interpellés pour fonctionner comme réservoir d’idées et de propositions pour le «Oran de demain». Dans la grande salle de l’hôtel ‘Liberty’ (on sort des espaces des hémicycles de la wilaya et sa culture close), on retrouvera réunis, quelques trois cents personnes, de différents horizons, «venues pour un premier contact», selon les organisateurs : opérateurs, ministres, ex-ministres, journalistes et universitaires ou personnalités de la société civile. «C’est la première fois que cela se passe ainsi», murmure-t-on, dans les couloirs de l’hôtel, tout neuf et qui n’en est pas à sa première initiative. La formule habituelle a, toujours, été un cloisonnement stricte entre élites citadines et élites administratives éduquées à la politique de réalisation et des bilans chiffrés», loin des écoutes. Le ministre de la Jeunesse Abdelkader Khomri qui fera le déplacement en compagnie de celui de la Communication, Hamid Grine, trouvera une belle formule : «signe d’une élite et d’une classe moyenne, en reconstruction, en nombre et en force de proposition». Possible ? Il semble qu’une nouvelle promotion de gestionnaires soit, désormais, sensible aux élites locales, non pas comme des niches de demandeurs de rentes et de soutien informel, mais aussi comme partenaires, pour aller, au-delà des simples clauses de «réalisations et de consommation de budget». Le nouveau wali d’Oran offrait l’image d’un homme qui cassait le tabou du cloisonnement traditionnel, entre sa fonction et le «privé», que l’on ne sollicitait que discrètement pour de rares consultations : la rencontre sur Oran a été organisée dans un espace «privé» et sous le patronage d’un journal indépendant, signe d’époque qui change, peut-être.

Une occasion d’abord pour le wali de parler de la ville et de ses chiffres et chantiers : marqueurs de mémoires en restauration (le palais du Bey et la mosquée du Pacha avec les Turcs), la cathédrale de Santa Cruz, avec des restaurateurs étrangers qui ont déjà travaillé sur notre Dame d’Afrique… Architecture avec le chantier des 4.200 familles à reloger pour résoudre l’équation du vieux bâti, du relogement et de la restauration du patrimoine architectural de la ville (plus de 600 immeubles à restaurer). «C’est un processus qui était lent pour cause de complexité des opérations de relogement, de litiges entre propriétaires, de fonds de commerce…etc.», dira le wali. On notera aussi le chantier de l’extension du réseau de tramway qui va passer à 53 km, reliant les pôles de l’aéroport (lui-même en chantier, pour une vocation international réelle), Belgaïd et Bouâmama. A ajouter, sur la liste des chantiers, l’extension du tunnel du port avec une pénétrante qui va aller sous l’hôtel du «Méridien» pour rejoindre le 5ème périphérique, le projet du jardin citadin du Technoparc de Belgaid…est.

Statistiques sur les «grands chantiers» mais aussi constat de blocages. Le wali fera observer, à juste titre, qu’Oran fonctionne, encore, depuis deux décennies, avec un schéma administratif et urbain dépassé : 12 secteurs urbains seulement. Et des directions d’administration, encore centralisées comme l’OPGI ou d’autres. L’Oran du futur ? «Il se trouve au sud-ouest» dira le wali. «On a compris que l’extension vers Oued Tlelat était une erreur car c’est une zone irriguée». Ajoutant «qu’il y a urgence à reprendre la ville, au-delà de son partage tacite : une frange mieux urbanisée et équipée et un versant sud-ouest abandonné et offert aux extensions des bidonvilles». Et au-delà de la vision statistiques et chantiers, le wali osera l’aveu d’une impuissance, à donner une vocation réelle à la ville, sans ressources humaines, proposition et exploitations.

QU’ES-CE QU’UNE METROPOLE ?

Au-delà de la vision de l’administrateur, Mohammed Bahloul, professeur et directeur de l’IDRH posera la bonne question : une métropole se définit, au-delà des chantiers, comme une vocation de puissance et une entreprise de «métropolisation» selon son concept. «Une politique volontariste qui s’allie les forces libérales et pas seulement élites administratives».

La métropole est un territoire «intelligent» et pas seulement une vocation géographique. «Elle nécessite quatre alliés : l’argent, la connaissance, la terre et la ressource humaine» et avec un facteur d’alliance : la sociabilité spontanée de confiance» comme le dira Pr Mohammed Bahloul. L’analyse est pertinente, dans une ville marquée par les politiques de méfiance de mise entre administrateurs, élites «privés», citoyens et administrateurs. «Trois facteurs sont primordiaux pour construire une métropole : un régulateur, des entrepreneurs et des experts», conclura-t-il avec pertinence.

Pour un autre universitaire, la ville ne peut pas fonctionner comme une métropole sans «le supplément d’âme» selon son concept. «Penser à l’accueil de la ville, sa pénibilité, son côté agréable. «Il faut se poser la question : est-ce que la ville est accueillante ? Il faut faire sens avec le citoyen qui doit reprendre la ville. Restaurer le plaisir à jouir et à exploiter l’espace public». Une belle formule à laquelle réagira la salle quand l’universitaire, enseignant en France et expert lancera l’idée de «restauration du lien entre l’Oranais et la mer» : la ville étant une ville sans accès et sans jouissance de son immense côte.

La vision «Bilan et réalisation», en mode en Algérie depuis l’indépendance, sera, aussi, remise en question par plusieurs intervenants, opérateurs économiques, de la ville : nécessité de penser à la gestion des espaces urbains et de logement «à la source et dès les études», dira M. Brahim Hasnaoui, principal promoteur à l’Ouest et patron de plusieurs pôles dont celui annoncé en microbiologie. Zones industrielles «mal gérées, dépendantes de communes, elles-mêmes, sans moyens» et qu’il s’agit de redéfinir et de repenser, une vocation touristique, en berne, comme en parlera Karim Cherif l’un des patrons du groupe Cherif à l’Ouest.

«La wilaya d’Oran est la première en classement de restaurants classés, d’hôtels et de centres de vacances, mais n’a pas d’école de formation, de vocation touristique soutenue», dira-il.

UNE METROPOLE, LE POURRA-T-ON ?

«Une première rencontre sans populisme» conclura, vers la fin, un assistant, en off. La concertation est sortie un du folklore et semble accepter l’idée d’associer les pouvoirs publics et les élites locales, dans un rapport autre que celui de la méfiance, de la distribution de la rente et des accusations. Oran reste une ville riche, en flou de vocation, sans «volonté de puissance» et discrètement marquée par une culture de déni de soi : auto-régionalisme victimaire, passivité des lobbys, manques d’initiatives, méfiances politiques, en souvenir des premières années de l’indépendance et démissions des élites intéressées par des vocations personnelles et incapables de fonder et de soutenir celles de la collectivité et de la région…etc. L’Oran d’hier est connu de tous. Celui de «demain» est ouvert, désormais.


 

Le patrimoine, maillon essentiel de la «métropolisation»

par Ziad Salah

Dans son intervention, la plus longue et la plus suivie, le wali a évoqué, sans verser dans les détails, l’épineux dossier du Patrimoine culturel de la ville d’Oran, qui est à l’état d’abandon. Il a officialisé une rectification de taille. Désormais, la restauration des monuments historiques relève de la compétence de la direction de la Culture. Autrement dit, ceci revient à reconnaître que la réhabilitation et la restauration des sites historiques de la ville d’Oran, la ville la plus fortifiée de tout le pourtour de la Méditerranée, n’est pas une simple question technique. Elle sollicite le savoir de l’architecte, de l’historien et de l’archéologue.

L’autre annonce ou rappel, retenu des propos du wali, est celle de l’intérêt des Turcs pour la restauration du Palais du Bey et de la mosquée du Pacha, par une agence turque spécialisée, dans le patrimoine. Il a laissé entendre que ce sont les Turcs qui vont assurer le financement de ces deux opérations. Cette décision a été prise, lors de la visite d’Ardogan, le Premier ministre, en Algérie lors de son déplacement à Oran, en compagnie de Abdelmalek Sellal, pour inaugurer le Complexe sidérurgique de «Tosyali» à Bethioua. On ne saura pas quand ces chantiers démarreront.

D’autre part, le wali, à cause du temps qui lui a été imparti, n’a pas épuisé toute la question. Que deviendra la fameuse carcasse de Châteauneuf, érigée depuis des décades ? Dans ce cadre, rappelons une récente déclaration de Abdelwaheb Zekagh, directeur général de l’Office national de Gestion et de l’Exploitation des Biens culturels classés, la ville d’Oran a été mise devant un choix cornélien : soit sauvegarder son patrimoine, soit opter pour la récupération d’une carcasse. Ce spécialiste de la restauration a estimé que l’édifice, jamais achevé, doit se départir de sa moitié, au minimum, pour ne plus représenter de danger pour le site historique. Autrement, il constitue une menace permanente pour le témoin de l’histoire de la ville d’Oran. Par ailleurs, il a presque qualifié l’idée de transférer le siège de la mairie d’Oran, à l’hôtel Châteauneuf, de mise à mort certaine d’un pan historique de la ville.

Autre annonce, le choix porté sur l’entreprise qui s’est chargée de la restauration de l’Eglise Notre Dame d’Alger pour lui confier la restauration de l’église de Santa Cruz qui domine Oran. Apparemment cette entreprise a un grand savoir-faire dans ce domaine, puisqu’elle a, à son actif, la restauration d’une autre église marseillaise, selon les propos du wali. Toutes ces opérations seront, incessamment, lancées, laissera-t-il entendre. Toujours sur ce sujet, le wali évoquera le cas des Arènes. Un autre dossier épineux. Cet édifice, unique en Algérie, risque de s’écrouler un jour ou l’autre, selon plus d’un spécialiste du patrimoine de la ville d’Oran. La responsabilité incombe à une entreprise, totalement étrangère au domaine des ouvrages historiques qui a touché à un système des poutres, selon nos informations. L’intérêt pour cet édifice est déjà pris un peu tard. Le wali n’a pas dit davantage le concernant, mais il l’a cité comme figurant sur son agenda des priorités. Dans le même sens, il évoquera le cas du MAMO (Musée d’Art moderne d’Oran). Il s’agit du somptueux édifice de l’ex « Prix Unique» se trouvant, aux tout débuts de la rue Larbi Ben M’hidi. Le projet de le transformer en musée d’Art moderne, date de quelques années. Mais le différend opposant l’ex ministre de la Culture Khalida Toumi à l’ex wali d’Oran Abdelmalek Boudiaf l’a bloqué. Autrement, ce projet dispose de son enveloppe financière qui doit nécessiter une rallonge, eu égard à la dévaluation du dinar et au renchérissement des matériaux de construction.

Cependant ces projets d’ampleur, il faut bien le mentionner, réclament des compétences de pointe. Ceux qui ont suivi les propos du wali, avec grand intérêt, se sont interrogés sur les compétences dans l’Administration locale qui seront en mesure d’assurer, correctement, le suivi des travaux de restauration. D’ailleurs, le wali, lui-même, a reconnu la difficulté de faire démarrer certains projets à cause du déficit, dans ce qu’on peut appeler, les ressources humaines. Enfin, le wali a affirmé que la mosquée ‘Ibn Badis’, dont la réalisation accuse un retard d’au moins une décennie, sera livrée, avant la fin de l’année 2015. Parce qu’elle doit abriter une partie des activités de « Constantine capitale de la Culture arabo-musulmane» qui doit s’étaler sur une année, en l’an 2015. Dans son intervention, le wali a affirmé qu’un parc de 600 immeubles du centre-ville, est concerné par la réhabilitation. Ce parc recèle une richesse architecturale inégalable et sa restauration doit s’inscrire dans une perspective de sauvegarde d’un patrimoine national et universel.


« Régénérer la ville, au profit de ses habitants et de ses utilisateurs»

par Houari Barti

Hisser la ville au rang de Métropole méditerranéenne. Un projet fort ambitieux défendu, depuis quelques années déjà, par les pouvoirs publics. Un projet qui pourrait être « une occasion pour régénérer la ville d’Oran, au profit de ses habitants et de ses utilisateurs», a estimé Kouider Metaïer, président de ‘Bel Horizon’, dans une intervention, à l’occasion de la rencontre organisée, ce jeudi, à l’hôtel ‘Liberté’ par l’APW d’Oran et ‘Le Quotidien d’Oran’.

Un thème dont les participants se devaient d’apporter des clés de lectures et des pistes de réflexions. Car il est, surtout, question de réconcilier Oran avec son identité, son histoire. Comme l’a si bien souligné Metaïer, «L’Algérie a construit plus de logements en 50 ans que la France coloniale en un siècle et quart». Malgré ce bilan très positif, « nous sentons un malaise devant les incohérences urbaines et les ratages architecturaux», a-t-il affirmé. Pourtant, a-t-il ajouté, Oran dispose d’un atout majeur. Tous les styles d’architecture y sont présents: mosquées de types ottoman, andalou maghrébin, architecture mauresque et néo mauresque ainsi que toutes tendances européennes: Louis Philipe, Néo classique, Second empire, Haussmannien, Art nouveau, Art déco et Moderne. De mémoire d’Oranais, a-t-il, par ailleurs, souligné, « jamais les conditions n’étaient aussi bien réunies, que maintenant, avec une disponibilité financière, disponibilité des acteurs économiques et de la société civile et un volontarisme aussi franc de la part des décideurs (écoute, proximité, présence sur le terrain, etc.)» Il faut donc tirer profit de ce contexte favorable et «dépasser les outils d’urbanisme obsolètes pour aller vers d’autres outils, plus modernes qui ont fait leur preuve, dans des villes comme Barcelone, Bordeaux ou Marseille», a-t-il préconisé. Pour le président de ‘Bel Horizon’, « il faut cesser la politique du bulldozer qui a fait beaucoup de dégâts à Oran. La dernière en date fut celle ayant permis de raser, inutilement le marché des Halles. Une bâtisse de type Art déco de l’architecte Wolf, alors qu’elle aurait, très bien, pu être récupérée pour d’autres utilisations.» Il est à noter, enfin, que l’association ‘Bel Horizon’, par le biais de son conseil scientifique, a beaucoup travaillé sur les questions et problématiques liées à la réhabilitation de la ville, de ses espaces contrariés et même ceux considérés comme, à jamais, perdus. Certaines propositions peuvent paraître comme extrêmes, comme l’idée de raser l’hôtel du Châteauneuf, ou de reconstruire la Scaléra et les bains de la Reine, mais pour les défenseurs de ces idées, elles ont le mérite de poser les problèmes de fond et de pousser la réflexion, au-delà des carcans administratifs. Parmi ces propositions, il y a lieu de citer, le classement du Vieil Oran au Patrimoine mondial, la création au sein du Fort Santa Cruz, d’un musée du Vieil Oran, le réaménagement de la Place du 1er Novembre, entre autres.


 

Future métropole en quête de stratégie

par Houari Saaïdia

Prié d’être bref par un président d’APW rompu aux exercices d’animateur de débat et de régulateur du temps d’intervention, le chef de l’exécutif local, M. Zâalane Abdelghani n’a pu passer en revue tous les chapitres inhérents au processus de la métropolisation de la ville dont il tient les rênes depuis novembre 2013.

Aux 25 minutes de temps qui lui ont été accordées, le wali s’en est certes accommodé, mais non sans « sacrifier » des volets importants de son allocution-synthèse préparée « at home ». Au détenteur de l’autorité de l’Etat à l’échelon de la capitale de l’Ouest, il faut reconnaître l’approche réaliste du concept de la métropolisation, en tant que nouveau paradigme permettant d’appréhender les dynamiques spatiales et territoriales liées à la ville et à son développement et ainsi clarifier les enjeux de l’aménagement du territoire. Avec son style direct et terre-à-terre qu’on lui connaît, son analyse empirique faisant fi des conceptions académiques, M. Zâalane a brossé un tableau, on ne peut plus clair et concis, sur la ville d’Oran en tant que métropole (en devenir), potentiellement parlant du moins. « Ce thème intéresse la cité, il n’y a nul doute », remarque-t-il au préambule de son intervention, en espérant que cette rencontre, initiée conjointement par l’APW et « Le Quotidien d’Oran », se perpétue. Après une énumération rapide des potentialités d’Oran et qui ont valeur de paramètres scientifiques faisant d’elle une ville «métropolisable », le wali met le doigt sur les points faibles, les « tares », de cette même ville. Et c’est sur le patrimoine culturel et historique non mis en valeur, voire délaissé tout bonnement, que recèle Oran, que le wali s’est attardé le plus, avec une pointe d’amertume dans la voix. Ce n’est pas pour faire l’état des lieux, encore moins pour se lamenter sur les vestiges de la cité que le premier responsable public de la wilaya étale, devant le large et multidisciplinaire parterre, mais pour faire une annonce de taille. A savoir que « le dossier patrimoine d’Oran est, cette fois-ci, pris en charge en haut lieu ». Pour le wali, « jusque-là, l’Etat allouait des enveloppes financières pour la restauration et la mise en valeur des sites historiques et des biens culturels mais sans jamais prendre en charge les opérations par lui-même. Celles-ci étaient confiées à la Direction de l’Urbanisme et de la Construction, qui les exécutaient au compte de la Culture, avec tout le lot de dysfonctionnements et de failles que cela comporte. Résultat à Oran, du moins : presque aucun site n’a été restauré, bien que de l’argent, peu ou prou, eût été bel et bien dégagé par le gouvernement.

PATRIMOINE ET VIEUX BATI : TALON D’ACHILLE D’ORAN

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les choses ont changé. C’est la Culture elle-même qui prend en charge les opérations de restauration ciblant des biens patrimoniaux de son secteur, sites classés ou pas », explique le wali. Ainsi, fait savoir le même responsable, le Palais du Bey (Mohamed Ben Othmane El Kebir), situé dans l’enceinté du « Château Neuf », dans le quartier historique de Sidi El Houari, et la Mosquée du Pacha (Hassan), dans la même cité ottomane, font désormais l’objet d’un projet de restauration confié aux Turcs, et ce en vertu d’un accord conclu entre l’Algérie et la Turquie à l’occasion de la dernière visite à Oran du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. « Mieux encore, au moment où je vous parle, il y a une équipe de l’Agence turque de coopération et de coordination qui se trouve à Oran dans le cadre de ces deux projets. Le fort de Santa Cruz et la Chapelle de la Vierge, eux aussi, sont pris en charge. Il y a une décision en ce sens, sur la base de laquelle c’est la même entreprise spécialisée ayant restauré la basilique de Notre-Dame-d’Afrique, à Alger, et l’église de Saint Augustin dominant les ruines de l’antique cité d’Hippone, à Annaba », annonce-t-il dans le même registre. Un autre point de vulnérabilité d’Oran évoqué par le wali : le vieux bâti. Il en donne un chiffre : 4.200 familles recensées. Le processus d’éradication de ces habitats précaires a été déjà lancé avant le mois de Ramadhan. Il va se poursuivre suivant un calendrier déjà élaboré. Le wali semble confiant quant à l’aboutissement de ce programme, un vrai défi. Mais le plus important, c’est d’empêcher la récurrence du phénomène du squat.

« Cela n’est possible, insiste le wali, que si on détruit à ras terre immédiatement les maisons évacuées et que si on s’en approprie les assiettes. Ce dispositif accompagne désormais toutes les opérations de relogement qu’on effectue. Mais, à vrai dire, démolir, c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est un casse-tête. Vous avez parfois des propriétés privées, dont certains propriétaires sont décédés et une cinquantaine d’héritiers derrière. Dans certains cas, un bien OPGI avec des commerces au rez-de-chaussée et il existe des cas plus complexes », reconnaît le wali. Il a, dans le même contexte, levé le voile sur un nouveau programme de réhabilitation de 600 immeubles au centre-ville d’Oran et à Arzew.

«METROPOLISATION / ASSEMBLEES LOCALES», LA DURE EQUATION

Pour M. Zâalane, la modernisation de la ville, ce n’est pas un slogan, une vue d’esprit, un fantasme, mais plutôt des actes de développement avec certes une ambition commune de toute une ville qui voit grand et loin, avec à la clé une double dynamique dans le phénomène de métropolisation, c’est à la fois une concentration d’hommes, d’activités et de valeurs sur un pôle urbain et une redistribution de ces attributs par le même pôle qui restructure ainsi son territoire d’influence. De ce point de vue, tous les projets structurants, dont une bonne part sont déjà inscrits et même lancés – et c’est ça l’atout dont peut se prévaloir Oran, dans la mesure où le plus difficile, c’est le lancement des chantiers, souligne le wali – en cours d’exécution ou qui seront mis en route prochainement sont considérés des actes de modernisation, de métropolisation. Et d’en citer, dans la foulée, la nouvelle ville projetée au périphérique 04 (du côté de Misserghine), l’extension du tramway, le nouvel aéroport, l’extension du terminal à containers du port, la pénétrante autoroutière du port, le 5e périphérique (Rocade Sud), le Technoparc, le jardin citadin, la grande Mosquée de Ibn Badis, le projet MAO, la télégestion de l’AEP, la nouvelle carte sanitaire… « Or, c’est une affaire d’hommes. Et là, je dois dire que personnellement je ne suis pas satisfait de certaines APC, qui, au lieu de faire avancer, bloquent le train du développement en se livrant à leurs guerres intestines », regrette le wali, qui possède toutefois bien de tours dans son sac pour faire marcher le train mal gré bon gré la volonté des élus « frères – ennemis ». Dans un autre chapitre, mais toujours en relation avec la métropolisation, laquelle entraîne forcément une redéfinition des espaces au sein de la ville et où les fonctions grandes consommatrices d’espace (habitat social, loisirs, commerce, industrie…) sont rejetées dans les périphéries alors que les centres-villes sont réservés à l’habitat favorisé et aux activités à forte valeur ajoutée, l’orateur dévoile un projet de restructuration de l’OPGI, suggérant la multiplication des structures territoriales de cet office, à l’instar d’Alger, mais également à l’image de l’administration fiscale locale, où pour le chef-lieu de la wilaya, il existe deux directions Oran-est et Oran-ouest.

RESTRUCTURATION DE L’OPGI ET MULTIPLICATION DES SECTEURS URBAINS

Dans le même ordre d’idées, il a fait savoir qu’il existe un plan pour augmenter le nombre des secteurs urbains de la commune d’Oran à 19 aux lieu et place de 12. Cette polarisation autour de la grande ville d’Oran, c’est en partie la conséquence de la concentration des emplois, qui sont surtout tertiaires, et qui entraînent des flux de migration pendulaire. Le territoire « métropolisé » est donc parsemé de voies rapides, de rocades, d’autoroutes, d’échangeurs. La métropolisation implique donc le renforcement de la grande cité, essentiellement celles situées en tête d’un réseau urbain, ou la ville-capitale.

Aussi pour de plusieurs intervenants au débat, le rôle de l’État revient à aider la métropole d’Oran à laquelle on aspire tous à s’inscrire dans l’espace des flux grâce à leur attractivité. En d’autres termes, il revient à la métropole de se doter d’une stratégie et à l’État de l’aider à mener cette stratégie dans les meilleures conditions au travers d’investissements publics permettant de renforcer ses infrastructures sociales (scolarité, enseignement, recherche) et technique (axes routiers, aéroports, réseaux divers). Pour ce qui concerne le territoire métropolitain abritant la capitale de l’Ouest, en particulier, il est certain que les enjeux ne sont plus exactement les mêmes dans la mesure où l’État souhaite se donner les moyens pour que cette métropole l’emporte, aux plans économique et touristique, sur les autres territoires métropolitains du territoire national.


Oran, métropole touristique

par K. Assia

Oran est en passe de devenir le premier pôle touristique par excellence en Algérie. Largement devant Alger avec 155 établissements hôteliers représentant 15.000 lits et une cinquantaine de projets en cours de réalisation, soit 6.000 lits supplémentaires, la capitale de l’ouest du pays se hisse désormais comme première ville en termes d’offres touristiques, d’agences de voyages et de tourisme et de restaurants classés. Cette réalité que le président de la Fédération nationale des hôteliers FNH, Karim Chérif, a mise en exergue, jeudi, lors de la rencontre ayant pour thème «Oran, demain métropole méditerranéenne», organisée à l’hôtel Liberté conjointement par Le Quotidien d’Oran et l’APW, dévoile un défi de taille que responsables et professionnels du secteur doivent relever pour que le rêve se concrétise. Oran est également la mieux pourvue en campings, en centres de vacances et c’est la ville qui a le plus de zones d’extensions touristiques (plus de 18.000 hectares), a déclaré le président de la FNH. Autant d’atouts qui peuvent relancer le tourisme, générer de l’emploi et construire, par conséquent, un pôle de dynamisme touristique porteur de modernité. Ce pôle de développement touristique ne peut se construire que sur une large concertation ouverte à tous les acteurs de la société civile, les universitaires, les urbanistes, les pouvoirs publics, y compris le recours à l’expérience étrangère, a recommandé Karim Chérif. Mais le nombre d’infrastructures touristiques, l’augmentation du nombre de lits et les emplois générés par le secteur sont-ils suffisants pour amorcer l’amélioration du secteur et créer une synergie capable de faire du secteur du tourisme le meilleur pourvoyeur de richesses après le pétrole ?

En effet, l’attractivité d’une destination ne se construit pas uniquement sur le volume et la dimension des infrastructures d’accueil, mais un travail de sensibilisation et de pédagogie auprès de toutes les institutions et de tous les pans de la société algérienne sont nécessaires pour être au diapason du progrès. Pour ce professionnel du secteur, certaines réflexions et suggestions sont à exploiter. Il propose, tout d’abord, de développer les projets de jumelage avec les pays limitrophes. Des projets qui doivent sortir du cadre des formalités et se centrer le plus sur la promotion et le développement de programmes festifs avec des semaines ou quinzaines dédiées à l’art, la culture et les fêtes. Ces réflexions concernent également, selon l’intervenant, entre autres, l’aménagement de la zone est de Canastel-Kristel afin d’éviter les erreurs commises au niveau de la côte ouest. Cet aménagement doit se faire sur la base d’un plan d’occupation des sols lequel définira la nature des activités. Ce site sera réservé uniquement à l’hôtellerie, la thalassothérapie, aux circuits et promenades, de quoi transformer cette zone d’Oran en un véritable pôle d’attraction touristique. Il est clair que si la ville d’Oran veut être une grande métropole méditerranéenne, il faudra, dès maintenant, mettre en place une stratégie d’aménagement et de développement dont l’un des piliers serait le développement du tourisme. Ce schéma directeur doit prendre en considération plusieurs paramètres dont l’histoire de cette ville millénaire, ses potentialités naturelles, ses richesses et tous ses atouts. Le président de la FNH explique, par conséquent, que quatre axes définissent le programme de développement dans le futur schéma directeur d’aménagement de la ville d’Oran. Il s’agit tout d’abord de rendre cette ville très attractive en la dotant d’infrastructures d’accueil et d’hébergement qui répondent aux standards internationaux. Il est également question de créer des pôles d’excellence en matière de formation dans les métiers du tourisme. Il porte également sur la création d’un observatoire sur la modernisation des métiers du tourisme et de l’hôtellerie et la création d’une culture de tourisme chez les habitants de la ville.