«Les élections se tiendront à temps et avec des garanties»

Le chef du gouvernement déclare à l’APS

«Les élections se tiendront à temps et avec des garanties»

Par Nordine Benkhodja, Le Jeune Indépendant, 7 février 2002

Dans un entretien accordé à l’agence Algérie Presse Service (APS), le chef du gouvernement, M. Ali Benflis, a réaffirmé, encore une fois, que «les prochaines élections législatives se dérouleront dans les délais fixés par la loi». Sans que la date du prochain scrutin soit officiellement déclarée, le rendez-vous électoral devrait avoir lieu la dernière semaine de mai.

Le chef du gouvernement a assuré que «le gouvernement œuvrera à réunir toutes les conditions pour leur bon déroulement dans un climat qui […] permettra de traiter les grandes questions déterminantes pour le présent et le futur de notre pays». A travers ces affirmations, M. Benflis semble clore définitivement les débats sur le respect ou non du calendrier électoral.

Le report n’aura pas lieu. Sur l’échiquier politique national, nombre de formations ne voient pas les choses sous cet angle. Si le prochain scrutin arrive à point pour un FLN revigoré et un RND en quête de partenaire, d’autres formations estiment que la situation actuelle du pays ne permet pas de telles assurances.

Le RND, grand vainqueur des dernières législatives et conscient du retour en force de son rival de toujours, cherche des compromis, des alliances et des issues pour garder son poids de parti majoritaire à l’hémicycle. M. Ouyahia, secrétaire général du RND, brandit, à l’occasion, la «menace intégriste». Pour lui, il est urgent de parer au front des islamistes qui, selon le RND, annoncent leur retour par des listes indépendantes où figureraient des ex-militants du FIS dissous. Le RND vise, par conséquent, un système de quotas qui serait pour lui la seule issue. Les partis dits de la mouvance islamique savent pertinemment qu’ils seront des cartes à jouer pour d’autres formations.

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) autant qu’Ennahda appellent également au respect des dates électorales. Pour eux, il n’est plus possible de continuer à vaguer dans un climat politique «illégitime». Ces partis exigent, par ailleurs, des élections propres et intègres en ayant la certitude de remporter le prochain scrutin.

Le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), principaux demandeurs de report, sont pris dans l’engrenage des événements de Kabylie, où ils sont particulièrement représentatifs. Politiquement gênés par l’avènement d’un mouvement représentatif, les aârchs, ces formations ont demandé le report afin de mieux gérer la masse populaire, apparemment acquise au mouvement non partisan. Reste qu’aujourd’hui la polémique s’articule essentiellement sur l’intégrité du prochain scrutin. La razzia du RND lors des législatives de 1997 a été largement contestée par les formations politiques, dont le FLN. Le spectre d’une nouvelle fraude taraude toujours les esprits…

Restent les garanties du chef du gouvernement. N. B.

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Terrorisme : Benflis réaffirme l’option sécuritaire

La concorde nationale enterrée ?

Par Aït-Chaâlal Mouloud, Le jeune Indépendant, 7 février 2002

Le chef du gouvernement, Ali Benflis, fait de la poursuite de l’option sécuritaire la riposte la plus à même d’éradiquer le terrorisme et de rétablir la paix civile, même si celle-ci devait impliquer davantage de sacrifices. Dans l’entretien accordé à l’APS, le chef du gouvernement affirme que l’Etat est déterminé à combattre par tous les moyens ce qui reste des groupes armés terroristes jusqu’à leur éradication au moment où le pays connaît, ces derniers jours, une recrudescence alarmante des actes terroristes qui a fait, depuis une semaine, une cinquantaine de morts. Le leader du FLN ne semble point inquiet par ce regain de violence qui traduit, selon lui, beaucoup plus le désarroi des groupes armés. La situation actuelle contraste, estime-t-il, avec celle vécue par le pays durant les années 1990, laissant entendre que la politique de la concorde civile, retenue il y a deux ans, en est pour quelque chose. Dès lors, la recrudescence du terrorisme justifie, pour Benflis, la poursuite de la lutte contre les groupes armés. Une lutte qui demande encore du temps, une mobilisation locale et un soutien externe.

«La seconde condition qui a longtemps fait défaut [à l’Algérie] commence à être retenue», affirme M. Benflis, allusion à la mobilisation de la communauté internationale dans la lutte antiterroriste depuis les attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis et dans laquelle l’Algérie s’est également engagée. Toutefois, la lutte antiterroriste, pour Benflis, ne saurait être menée sans que soient, en parallèle, extirpés tous les facteurs endogènes ayant constitué le terreau du terrorisme. Le marasme économique, le malaise social et l’absence de mesures crédibles favorisant une véritable ouverture du champ politique constituent, pour beaucoup, autant d’ingrédients nourriciers de la violence armée. Le secrétaire général du FLN admet, toutefois, que seule l’éradication du terrorisme ouvrirait la voie à un développement économique et social et conduirait vers une évolution des mœurs démocratiques. Un principe d’ores et déjà défendu par le président Bouteflika et que Benflis n’hésite pas à endosser au moment où pointent à l’horizon les échéances électorales pour lesquelles son parti commence à battre campagne. Toutefois, dans les remèdes qu’il préconise pour le retour de la paix civile, le chef du gouvernement n’évoque point la concorde nationale, le vœu pieux de Bouteflika, qu’il considérait comme étant un raccourci vital pour la stabilité du pays. La situation internationale consécutive aux événements du 11 septembre et la recrudescence des actes terroristes ces derniers jours ont, selon toute vraisemblance, amené Benflis à revoir ses notes et à épouser l’air du temps pour ne pas s’attirer la colère de ceux qui prônent l’éradication pure et simple du terrorisme. A.-C. M.