Le terrain politique en jachère et nécessité d’un débat contradictoire

Le terrain politique en jachère et nécessité d’un débat contradictoire

Par Kamel Amghar, La Tribune, 24 octobre 2002

«Le moyen le plus sûr de discréditer une idée nouvelle et de lui nuire, c’est de la défendre en la poussant à l’absurde.» Cette mise en garde d’un observateur averti de la scène politique en Kabylie à la veille des élections municipales du 10 octobre dernier se révèle aujourd’hui d’une justesse percutante. En poussant le boycott au-delà de sa portée politique réelle pour en faire une «légitimation» à l’intimidation et à la terreur sur la population, les arouch en sont sortis amoindris après le scrutin en perdant beaucoup de leur force de mobilisation et de leur aura populaire, malgré le satisfecit de façade des partisans du rejet destiné plutôt aux médias et à l’opinion internationale.Pour preuve, le profil bas de nombreux délégués au lendemain du scrutin, le peu d’écho enregistré suite à l’appel à la marche du 5 octobre dernier et l’échec cuisant et sans appel des sit-in devant les mairies décidés à l’issue du dernier conclave de l’interwilayas sont autant d’indices qui témoignent du recul des arouch et ce, sans évoquer la participation aux élections nettement supérieure au rendez-vous du 30 mai lors des législatives.La non-consultation de la population dans la prise de décision, l’exclusion précédente des acteurs du mouvement associatif et des syndicats des structures du mouvement, l’absence de perspectives claires et viables et le refus du débat contradictoire sont, à coup sûr, à l’origine de cette perte de crédit et de représentativité qui a créé, par conséquent, un vide que les partis politiques traditionnellement bien implantés dans la région n’arrivent pas à combler, du moins pour le moment.Le RCD, principal allié des arouch dans leur option d’«obstruction» de la voie aux urnes, semble subir les mêmes retombées, accentuant l’érosion et la désaffection qu’il a subies depuis son entrée dans l’Exécutif de Bouteflika avant de le quitter en catastrophe. En faisant siennes les méthodes et les options des arouch, le Rassemblement pour la culture et la démocratie partage automatiquement les mêmes revers et les mêmes tares de cette démarque et rencontre les mêmes difficultés pour se replacer sur l’échiquier politique. Les actions et la stratégie des partisans du rejet «pur et dur» ont, en définitive, servi beaucoup plus les thèses «minoritaires» du MAK que traduisent les aspirations citoyennes de la population, qu’on sollicite excessivement pour défiler et pas du tout pour réfléchir.En revanche, la participation du FFS à la consultation électorale a aussi terni le blason du plus vieux parti de l’opposition, mais sans compromettre définitivement ses chances.Bien au-delà de l’empêchement par la violence des élections, le FFS est loin de représenter la majorité en Kabylie comme en témoigne son score sur la côte est béjaouie où le scrutin s’était déroulé dans les meilleures conditions avec une moyenne de 35% de taux de participation. En réussissant cependant à briser la fatalité du consensus «arouchi», le parti d’Aït Ahmed a fait un choix politique et électoral à même de faire de lui une formation nationale après «épuration» de ses rangs de toutes les pesanteurs régionalistes.Malgré son allégeance «assumée» au régime de Bouteflika et les difficultés qui l’attendent dans la gestion des affaires locales, le choix du FFS pourra s’avérer une victoire par anticipation, qui dépendra certainement de la suite qu’il donnera à sa démarche dans le futur.A l’heure actuelle, la population désabusée demeure distante et l’ouverture d’un débat contradictoire s’impose comme une priorité pour l’amorce d’une solution sérieuse à la crise. Le champ politique laissé présentement en jachère n’arrange personne mais bien au contraire corse davantage la situation en mettant en péril les intérêts vitaux de l’ensemble de la région. Décidément, la messe n’est pas définitivement dite en Kabylie.

K. A.