Décès de Mohamed Mechati : Aucun hommage officiel

Décès de Mohamed Mechati : Aucun hommage officiel

El Watan, 7 juillet 2014

Ancien membre du groupe des «22» qui ont déclenché la guerre de Libération – aux côtés des Mustapha Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad – Mohamed Mechati, qui s’est éteint avant-hier à l’âge de 93 ans dans un hôpital à Genève, n’a eu droit à aucun hommage officiel.

Ce grand militant, farouche défenseur de la cause nationale méritait pourtant bien les honneurs, même s’il a toujours, selon ceux qui l’ont connu, détesté le faste et les triomphes. En pareille occasion, la présidence de la République n’aurait jamais omis de se manifester pour rédiger un texte de condoléances adressé à la famille du défunt, un hommage lu en priorité à la télévision. Mohamed Mechati fait visiblement exception. En se recueillant sur les tombes des martyrs, avant-hier à El Alia, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, aurait pu concéder quelques mots à la mémoire d’un moudjahid qui a consacré sa vie à la cause nationale. Mohamed Mechati ne semble pas dans cette grâce que les tenants du pouvoir accordent selon les humeurs et les allégeances. Mohamed Mechati n’était pas de ceux qui courbent l’échine ni avide de privilèges pour prêter allégeance.

C’était un véritable révolté qui n’a jamais mâché ses mots pour dire ses quatre vérités sur la gestion du pays. N’ayant jamais manqué de suivre l’actualité nationale, le défunt s’est toujours positionné contre un pouvoir liberticide et régressif.
En juin 2013, fidèle à sa ligne de conduite, ce membre des «22» historiques avait demandé à l’armée d’intervenir pour destituer Abdelaziz Bouteflika, malade. «Vous qui avez choisi et imposé cet homme (Bouteflika) et qui l’avez déclaré élu puis réélu, faussement et sans scrupule.

Ce Président (le vôtre), que les Algériens n’avaient pas librement choisi, a usé et abusé de son pouvoir exorbitant pour mettre à son service exclusif les institutions de l’Etat ainsi vouées à fonctionner en sens unique, dans son seul intérêt et celui des siens. Aujourd’hui que ce Président est malade, l’Etat tout entier en est affecté», écrivait-il dans une lettre publiée par plusieurs titres de la presse nationale. Mohamed Mechati, qui qualifiait le pouvoir de Bouteflika de «despotique» adressait un appel aux membres de l’ANP en disant : «Votre courage et votre patriotisme, dont nous ne doutons pas, doivent vous faire agir vite ; il y va de la survie de notre pays. Les Algériens vous en seront reconnaissants.»

Ce fut le dernier baroud d’honneur d’un homme libre, un révolté contre le despotisme qui, selon nos dernières informations, a refusé, c’était sa dernière volonté, d’être enterré dans le carré des Martyrs au cimetière El Alia.
Mohamed Mechati mérite tous les honneurs. Ce n’est pas un hommage officiel qui le fera entrer dans l’histoire, il y est depuis longtemps.

Inhumation demain

Selon sa volonté – et il le confirma à son épouse Liliane sur son lit d’hôpital à Genève – Mohamed Mechati a émis le vœu d’être inhumé au mausolée de Sidi Abderrahmane, le saint patron d’Alger. La dépouille mortelle arrivera aujourd’hui à 16h à Alger, où une veillée funèbre sera organisée au Musée du moudjahid. L’enterrement aura lieu demain, après la prière du d’hor, à Sidi Abderrahmane Ethaâliby. Pourquoi ce choix ?

Bien que le défunt n’aime pas les rites protocolaires et les obsèques en grande pompe, son choix est simple : il voulait reposer près de Ahmed Bey, dernier bey de Constantine, né en 1786, qui symbolise la résistance à l’occupant français de 1837 à 1848. Ahmed Bey s’était éteint le 30 août 1851 dans sa 65e année. Selon son désir, il fut inhumé à Alger, au mausolée de Sidi Abderrahmane.

Lors de la prise de Constantine par les Français en 1837, Ahmed Bey parvint à s’échapper et organiser la résistance durant plus de dix ans, Personnage important, Ahmed Bey occupe une place particulière dans l’imaginaire des Constantinois et ses exploits sont même chantés par les maîtres du malouf. Le clin d’œil de Si Mohamed Mechati n’est donc pas fortuit en choisissant pour l’éternité de reposer aux côtés d’un autre résistant. (H. T.)

Said Rabia