La Culture mise en demeure

La Culture mise en demeure

Par Wassila Zarafi, Libre Algérie, 19 avril 2016

La culture officielle est logée dans des maisons qui lui sont réservées. Des maisons de la culture qui fonctionnent…comme le reste.

La dernière réception d’une infrastructure culturelle type maison de la culture a été celle d’El Khroub dans la wilaya de Constantine inaugurée samedi 16 avril. Encore une. Une de plus. Pour quels objectifs ? Pour quel public ? Des questions qui restent face à elles-mêmes, même si l’on devine des débuts d’explications à travers les « orientations » d’Abdelmalek Sellal données à El Khroub : Il a ainsi invité les responsables des infrastructures culturelles à s’ouvrir sur le public et à ouvrir les portes de ces structures aux associations versées dans les domaines artistique et culturel. Cette « requête » qui est forcément saugrenue sous d’autres cieux ne l’est, malheureusement pas, en Algérie.

Si une maison de la culture a besoin d’une « instruction » du premier ministre pour s’ouvrir sur le public et les associations culturelles, c’est qu’il y a forcément problème. Notre pays compte presque une maison de la culture par wilaya. Réalisées sur le budget de l’état, chacune est managée par un conseil d’orientation.

Des structures sans âme

En réalité elles se cherchent toujours. D’abord pour des raisons, disons de centralisation. C’est toujours la tutelle, comprenez par là le ministère qui décide de presque tout : nominations, plans d’actions, budgets, jusqu’aux manifestations occasionnelles. Et comme dans beaucoup de domaines, la « fonctionnarisation » est synonyme d’hibernation. Les maisons de la culture fermées aux initiatives des associations et sans réel plan d’action sont vite devenues des lieux vides. Sans âme. Le mode de fonctionnement calqué sur celui des administrations, a très rapidement transformé les maisons de la culture en coquilles vides.

Elles sont généralement ouvertes du dimanche au jeudi entre 09heures et 16 heures30.C’est à dire pendant que la population active est active. Et quand cette même population entend avoir accès à ses lieux de culture ; le veilleur de nuit qui commence sa journée à 17 heures, répond à toute sollicitation d’une association ou d’un artiste qui a un projet culturel par une et même réponse : « c’est fermé revenez demain à neuf heures pour voir le directeur ».

Des associations culturelles SDF

Selon certaines statistiques, les associations culturelles seraient légèrement supérieures à 10 000 à être agrées sur les 48 wilayas. Le nombre est tout simplement insignifiant .La moyenne nationale est d’une association pour 4000 habitants .Elles englobent différents aspects comme la protection du patrimoine, l’art ou la littérature avec une nette dominance des associations culturelles multidisciplinaires. Elles ont cependant un même point commun : l’absence de locaux ou activer. C’est à dire se réunir pour préparer un plan d’action, répéter un morceau de musique ou une pièce de théâtre. Et lorsque l’on sait qu’entre le nombre d’associations agrées et le nombre d’associations réellement présentes sur le terrain il y a un écart flagrant, on ne peut que mesurer le rôle passif des maisons de la culture dans le développement des arts et du patrimoine sous ses formes diverses.

Budgets colossaux, résultats dérisoires

Ces dernières années, des sommes colossales ont été attribuées au secteur de la culture. La plus grande partie a été réservée aux manifestations sans lendemains (voir encadré).Pendant ce temps la plupart des maisons de la culture étaient presque sans ressources pour réaliser un minimum d’activités. Comment alors s’étonner que des associations qui reçoivent moins de 0,3 % du budget de fonctionnement du ministère de la culture puissent continuer d’exister ?

Des activités de qualité ?

A la clôture de la manifestation Constantine, capitale de la culture arabe Abdelmalek Sellal a affirmé que la promotion de la culture passe par “des activités régulières, permanentes et de qualité”, et mis en exergue l’importance de la maintenance des structures et des équipements culturels. Le Premier ministre, a rajouté que ces infrastructures doivent jouer “pleinement” leur rôle dans la promotion de la culture.

Après les 148 millions de dollars dépensés lors de la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe », le citoyen de Bachdjarah, de Bab Ezzouar ou de Réghaia n’a pas vu son environnement culturel s’améliorer. Idem pour le reste. Juste à titre d’exemple : les musées Algériens ont reçus en 2001 ; 156 789 visiteurs. Après les fabuleux budgets dépensés, ce nombre a chuté à 94 205 visiteurs !

Encadré A

2007 : Alger, capitale de la culture arabe : 148 millions de dollars

2009 Festival panafricain d’Alger : 360 millions de dollars

2010 : Tlemcen, capitale de la culture islamique : 452 millions de dollars

2015 : Constantine, capitale de la culture arabe. Budget non encore finalisé.

Encadré B

1 livre pour 2 algériens

Pays le plus vaste d’Afrique l’Algérie dispose d’un Schéma Directeur Sectoriel des biens, des services et des grands équipements culturels prévu par le décret exécutif n°05-433 du 14 novembre 2005, qui s’inscrit lui-même dans le cadre du schéma national du territoire (SNAT) pour l’horizon 2025, initié par la loi n°01-20 du 12 décembre 2001.Il vise à améliorer la situation actuelle qui se présente comme suit :

Nombre d’APC : 1541

Nombre de bibliothèques communales : 181

Nombre de salles de lecture : 320

Personnel des 394 structures communales : 536

APC pourvues de plus d’un espace de lecture : 67

Fonds documentaire des 394 structures communales : 2110513, soit 01 livre pour 2 personnes alors que les normes UNESCO sont de 02 livres par habitant pour les pays en voie de développement et de 04 livres par habitant pour les pays développés.

Nombre de wilayas : 48

32 maisons de la culture implantées au niveau des chefs-lieux.

02 faits méritent d’être signalés : -Alger avec ses 57 communes et ses 13 wilaya déléguées n’a toujours pas de maison de la culture.

– il n’a jamais été possible d’obtenir l’inscription de l’extension de la maison de la culture de Tizi Ouzou qui est la plus ancienne.

– 29 des 48 wilayas disposent de moins de 10 espaces de lecture. -Superficie moyenne d’un espace de lecture : moins de 50m2

-La quasi-totalité de ces espaces ne répondent pas aux des normes techniques, scientifiques et de sécurité ;

-Seules 20 structures sur 503 sont équipées pour recevoir des personnes en situation de handicap.

En projet :

1552 Bibliothèques et salles de lecture sont programmées dont:

– 38 Bibliothèques communales en milieu urbain supérieur.

– 182 Bibliothèques communales en milieu urbain.

– 382 Bibliothèques communales en milieu semi urbain.

– 612 Bibliothèques communales en milieu rural.

Besoin en formation (bibliothécaire et bibliothécaire adjoint) 8462.

Source : Schéma Directeur Sectoriel des biens, des services et des grands équipements culturels (Ministère de la culture)