Reaction à la critique de Fatiha Talahite sur B. Sansal

Reaction à la critique de Fatiha Talahite sur B. SANSAL

Kamel DAOUD, 05 10 2000
On ne peut pas laisser passer le texte critique de Fatiha Talahite sur la personnalité de Boualem Sansal sans réagir, d’autant que ce texte paraît dans un site consacré aux droits de l’homme en Algérie.
B. Sansal est un grand écrivain algérien …. francophone ; dans la lignée de Kateb Yacine et de Rachid Mimouni. Qu’il parle de « là où ça fait mal » explique que certains Algériens réagissent …mal. Mais c’est comme ça : on a beau se voiler la face, la realité finit par nous rattraper. Que l’Algérie soit un grand pays francophone malgré le matraquage depuis l’indépendance, que les Algériens aient subi les dégats incommensurables d’un système éducatif pour le moins réducteur, les résultats sont là. Le constat de Sansal apparaît lucide : c’est attristant mais c’est comme ça. Rien ne paraît excessif dans sa description de sa société. Il peut donner l’impression d’une entreprise de détestation du « peuple » algérien mais le temps est peut être venu de penser que le « peuple » algérien est aussi glorieux que tous les « peuples » du monde, ni plus ni moins, et que mettre à nu sa réalité peut être considéré comme une oeuvre de salubrité ; exorciser les
discours xénophobes et les comportements racistes d’un nationalisme exacerbé n’empêche pas d’assumer son « algérianité » dans toute sa complexité, ce que Boualem Sansal semble exprimer avec sérénité.

Manifestement les opinions économiques personnelles de SANSAL sont de type libéral et heurtent les idées de ceux qui ont été nourris à l’économie administrée. Cela n’autorise pas à porter un jugement de valeur sur sa personne et sur ses nombreux voyages à l’étranger ( !). SANSAL est avant tout un romancier ou du moins il est connu comme tel et devrait être critiqué comme tel.

Je connais peu d’amis algériens francophones, la plupart d’ailleurs exclusivement francophones, qui ont lu jusqu’au bout « le Serment des barbares » ou son dernier roman qui vient de paraître. La plupart se sont arrêté à mi-chemin, justement parce que « ça fait mal », portant alors un jugement négatif sur un auteur qui, étant lui même algérien, ne peut pas être accusé de raciste. Peut on lui reprocher de défendre sa chapelle dans ses nombreuses interviews, c’est à dire la francophonie ?

L’avenir nous dira quelle est la portée des romans de Boualem Sansal. Il eut été pourtant plus utile de le juger sur son oeuvre, ses qualités littéraires, peut être son universalité, que de jeter l’opprobre sur un homme dont le comportement est somme toute celui de la plupart des élites qui vivent en Algérie, perdues dans des problémes de survie intellectuelle et morale sans fin.

 

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