Les cabarets, nouveaux centres du pouvoir

Les cabarets, nouveaux centres du pouvoir

Par Chawki Amari, El Watan, 11 août 2002

Les temps changent, aurait dit Bob Dylan dans une déclaration à un quotidien algérois. Il fut une époque où les islamistes, surpolitisés, jetaient les jeunes à l’assaut des bars, salles de concert, discothèques et cabarets. Aujourd’hui, dix ans de guerre, de mutations sociologiques et de dérapages divers ont fait que ces jeunes n’ont plus besoin de «chauffeurs de guellal» pour aller brûler les cabarets et faire des feux de joie avec leurs client(e)s. Pour autant, ce qui se passe ces derniers temps autour de ces lieux d’épanchement n’est pas forcément un retour en force du rigorisme. Aujourd’hui, on s’attaque aux cabarets, cible n°1 du mécontentement. Pourquoi ? Il y a encore quelque temps, quand une émeute éclatait, on brûlait d’abord l’APC ou tout autre centre du pouvoir officiel. Maintenant que l’innocence a été enterrée vivante et que chacun a appris que le pouvoir n’est plus dans les mairies, les wilayas ou autres institutions de l’Etat mais dans ces milieux parallèles, interlopes et officieux où l’argent qui y coule représente des sommes considérables, les émeutiers attaquent ces derniers en premier. Qu’y a-t-il dans un cabaret ? Les hommes les plus riches, affairistes non déclarés, représentants de l’Etat véreux ou puissants méprisants, bref, tous ceux que la société considère comme responsables de sa déchéance. Certains avaient cru localiser le centre du pouvoir au MDN, d’autres dans les zaouïas, d’autres encore — les plus naïfs — à la Présidence. Par glissements progressifs, le centre du pouvoir s’est lentement déplacé pour atterrir, affalé, sur une table de cabaret. On y traite les grosses affaires, on y achète les filles du pays et on y vend les hommes les plus faibles. Des élections locales en octobre ? Oui, mais peut-être faudrait-il élire les patrons de cabarets au suffrage universel et voter pour des listes de prostituées.