Bouteflika de A à Z

Bouteflika de A à Z

Chafaâ Bouaïche, Libre Algérie, 10-23 Avril 2000

A comme Aïssat. Ancien colonel de des services de renseignements, Rachid Aïssat a été un candidat malheureux lors des élections législatives de 1991 dans la circonscription de Tazmalt – il a obtenu 156 voix – et candidat non retenu sur la liste du RCD en 1997. Aujourd’hui, il est chargé d’une mission très spéciale qui consiste, apparemment, à installer des relais de soutien à Bouteflika en Kabylie.

A comme amnistie. Bouteflika a décidé d’amnistier tous les membres d’une organisation (l’AIS) officiellement proclamée terroriste ainsi que d’autres membres de groupes armés qu’on n’a jamais vus à la télévision. Une opération qu’avait refusée avant lui le président Zeroual. Bouteflika a quand même accepté de cautionner cette opération décidée par les décideurs. Pour certains analystes, Bouteflika est parrainé par le pouvoir réel rien que pour réaliser cette amnistie-amnistiante puis…

B comme bradage. Avec la nomination de Benbitour à la tête du gouvernement, Bouteflika confirme sa tendance vers l’ultralibéralisme. Il continuera l’ouvre catastrophique d’Ouyahia qui consiste à tout privatiser sans véritable contrôle institutionnel qui préserve les intérêts de la collectivité nationale. Ces privatisations ne sont en fait que le stade final du bradage de ce qui reste de l’économie nationale !

C comme Constitution. Comme tous les présidents qui sont passés avant lui, Bouteflika veut, lui aussi, concocter une constitution sur mesure. En réalité, il n’aura le costume que le «diwan des généraux», ce pouvoir «supraconstitutionnel» (droit d’auteur El Hadi Chalabi), voudra bien lui tailler. Tout le reste ne sert qu’à occuper la galerie des autochtones et à noircir du papier journal.

D comme discorde. Voulant rétablir la paix en «négociant» avec les militaires du FIS, le président de la République n’a en réalité fait que compliquer la problématique nationale. La concorde civile promise s’est transformée en discorde.

E comme émirs. Sa passion pour les émirs est telle qu’il confond ceux du Hedjaz avec ceux de Zbarbar, Aïn Defla, Mascara, El Bayadh… D’ailleurs, n’a-t-il pas invité les premiers à braconner sur les terres des seconds pour bouffer de l’outarde, dont le foie, dit-on, a de grandes vertus aphrodisiaques moins nocives que celles que pourraient provoquer le Viagra.

F comme France. Pour essayer de faire vrai, Bouteflika montre la France du doigt en laissant souvent entendre qu’elle est coresponsable de la crise en Algérie. Reste que les bouteflikiens, dont l’omnipotent Larbi Belkheir, ont entamé la promotion de sa candidature aux présidentielles anticipées en passant par Paris durant l’automne 1998.

G comme garantie. Le choix fait sur Bouteflika, par un clan des décideurs, n’est pas gratuit ! Il est là comme garant des accords ANP-AIS d’octobre 1997 et aussi garant de la continuité du régime. Mais personne parmi le personnel actif du sérail n’est capable de garantir que le Tribunal pénal international (TPI) ne viendra pas, un jour, mettre son nez dans le bourbier national.

G comme gaspillage. Il accuse publiquement Cherif Rahmani de gaspillage des biens publics lors des festivités de Mezghena (Alger), il prend donc la décision de faire dissoudre le gouvernorat du Grand-Alger (GGA) par le Conseil constitutionnel pour qu’il ne soit plus ministre-gouverneur. Mais celui qui est accusé de gaspillage de l’argent de l’Etat est encore membre du gouvernement !

H comme harcèlement. Dans tous ses discours, Bouteflika n’a pas cessé de harceler les partis politiques, les hommes de la presse, les familles victimes du terrorisme, les familles de disparus…

I comme injustice. Pour tous les autochtones d’Algérie, il n’y a pas pire injustice et pire insulte que la nomination d’Ouyahia comme ministre de la Justice. Lorsqu’il était chef du gouvernement, il y a eu fraude électorale à répétition, il y a eu des centaines de cadres mis en prison dans des conditions très controversées…Le voici aujourd’hui ministre de la Justice et ministre d’Etat. Bouteflika a appris la citation «Au lieu de fortifier la justice, on justifie la force».

J comme janviéristes. Bouteflika a l’art de dire la chose et son contraire ! Il a qualifié l’arrêt du processus démocratique de janvier 1992 d’acte de violence. Donc, il condamne les janviéristes, taïfa à laquelle appartiennent des personnes comme Nezzar, Ghozali et consorts. Mais après le «remaniement» au sein des régions militaires et de l’état-major de l’ANP, on constate le renforcement des janviéristes avec le retour du général Bey. Cette fois-ci, on ignore quel processus ils se préparent à arrêter.

K comme Kabylie. Bouteflika garde un mauvais souvenir de cette région qui a toujours résisté à la dictature. Pendant sa campagne présidentielle, il a été accueilli avec des jets de pierres, c’est pour cela qu’il tente de lui faire du charme en dépêchant… Rachid Aïssat ! ! Ne parlons pas du poète Aït Menguellat qui s’est embarqué dans cette caravane. Dieu et les autochtones reconnaîtront les leurs.

L comme légiférer. Il entend bien se donner les moyens de légiférer sans en référer…

M comme mégalomanie. Lors de toutes ses interventions et de tous ses discours, Bouteflika tente de montrer aux Algériens qu’il est le seul détenteur du pouvoir et des forces armées. Qu’il a lu les grands auteurs, qu’il maîtrise la France, pardon ! le français, la langue d’El Moutanabi et qu’il sait écrire de longues lettres, aux morts et aux vivants. Aussi, il ne tolère pas, surtout dans le domaine des relations extérieures, qu’on lui fasse de l’ombre… Boutef, mégalo et égocentrique ?

N comme Nezzar. L’homme qui a qualifié un jour Boutef de «canasson» et de «pin’s sur le burnous de Boumediene» puis d’être d’«homme de la situation» serait-il toujours en odeur de sainteté auprès du candidat devenu chef de l’Etat ?

O comme Oujda. La ville a donné de hauts cadres et dirigeants à notre voisin de l’Ouest. Bouteflika est bien dans la tradition de cette ville, dont il est natif, surtout depuis qu’il s’est ressourcé à Djeddah chez ses potes les émirs.

P comme patriotisme 2000. Les mots n’ont plus de sens dans un pays gouverné par la déraison et la fuite en avant. C’est pour cette raison que Bouteflika dit que le peuple algérien a été aux côtés de la France durant la révolution et que Madani Mezrag, émir national de l’AIS, est un patriote, puisque il n’a tué que des militaires, des policiers… Ya li el ‘adjab !

Q comme Québec. Bouteflika qui est un grand admirateur de De Gaulle va-t-il réitérer l’historique revendication des Québécois ?

R comme « Riyeh »! (assis !). Interjection préférée de Bouteflika qu’il n’a pas hésité à balancer à une mère de disparu lors de son dernier meeting électoral à la salle Harcha (Alger). A prévoir que ça ne tardera pas à lui être retourné par les puissants du moment.

S comme Seïf El Hadjadj. Expression récurrente chez Bouteflika pour menacer les groupes armés au-delà du 13 janvier 2000. Mais Sif El Hadjadj est-il devenu chaârat Mouaâwiya ?

T comme «teyabat el hammam». C’est durant la campagne présidentielle que Bouteflika a qualifié les journalistes de teyabat el hammam (les masseuses des bains). Evidemment, ça a foncièrement déplu à la «corporation». Mais avec le temps, et comme la vie est avec «el waqef» (littéralement : celui qui est debout), certains journaux confortent Boutef dans ses propos triviaux.

U comme ubuesque. Certaines sorties de Bouteflika auraient rendu jaloux le monarque du même nom.

V comme visites. Rubrique bien remplie dans le bilan de Bouteflika. Ziara maqboula.

X comme xénophobie. Pour essayer de gagner à sa cause les lobbies juifs, le président de la République a invité lui-même le chanteur juif d’origine algérienne, Enrico Macias, à venir se produire en Algérie. Ça a foiré. C’est lorsque Bouteflika occupait le poste de ministre des Affaires étrangères, dans les années 70, que le chanteur Macias a été interdit d’antenne. No comment !

Y comme Yazid. L’ex-homme fort des services algériens sera-t-il celui du système Bouteflika ?

Z comme zéro. C’est la note que d’aucuns donnent au bilan Bouteflika après une année à la tête de l’Etat. Mais si pour certains la note a été négative, pour d’autres le chiffre a été multiplicateur pour leurs bonnes affaires. Et comme chez nous, tout est fait pour que les mots n’aient plus de sens….