Partis politiques et associations réagissent aux propos du pape

Partis politiques et associations réagissent

Vives condamnations

Nadia Mellal, Liberté, 17 septembre 2006

Pour les partis de l’alliance présidentielle, le pape n’est pas à son premier dérapage.

Plusieurs partis politiques et associations ont condamné, hier, les propos attentatoires à l’islam tenus par le pape Benoît XVIl, lors d’une conférence en Bavière en Allemagne. Le Front de libération nationale (FLN) a exprimé hier sa “vive condamnation” dans un communiqué rendu public en qualifiant les déclarations de “déplorables” et portant atteinte à l’islam, tout en appelant le Vatican à présenter des “excuses officielles” aux musulmans. Pour la formation de Abdelaziz Belkhadem, le chef du gouvernement, les propos du pape procèdent d’“une grossière ignorance de l’islam, de ses nobles valeurs et de son rôle positif dans l’édification de la civilisation musulmane”.

Le FLN considère les déclarations du pape comme dévoilant “un exécrable fanatisme contre les musulmans qui est de nature à attiser la haine et la rancœur entre les adeptes des religions monothéistes”.
Les déclarations du chef de l’église chrétienne “renferment des contrevérités, une falsification de l’Histoire et de la véritable teneur de la religion musulmane, une religion de paix et de tolérance”, estime dans le même communiqué le FLN tout en indiquant que “le pape aurait pu se prémunir et se laisser entraîner derrière les courants et les opinions extrémistes qui visent à attiser le conflit entre les civilisations et les religions”.

Cela d’autant que les déclarations du pape Benoît XVI “ont heurté la sensibilité du monde musulman qui risque de provoquer un clivage entre les religions”. Le RND par la voix de son sénateur et membre de la direction Chihab Seddik n’en pense par moins. “Nous nous sentons heurtés comme l’ensemble du peuple algérien par les dérapages verbales du pape qui vont à contresens de l’ensemble des religions monothéistes et que nous condamnons avec la plus grande fermeté”, a indiqué Chihab, joint au téléphone.

De l’avis du responsable du parti d’Ahmed Ouyahia, “le pape n’est pas à son premier dérapage!” “Nous avons eu vent d’informations selon lesquelles c’est un pape, qui se met sur le terrain de la confrontation des religions contrairement à son prédécesseur qui encourageait le dialogue des civilisations”.

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) de Abou Djerra Soltani, qui condamne de son côté les propos du pape Benoît XVI, appelle ce dernier à l’instar du FLN à “présenter des excuses à la nation islamique”.

“Les déclarations du pape, qui prétendent que le culte musulman s’oppose à la raison et que l’islam ne s’est propagé que par la force de l’épée, procèdent d’une grossière ignorance des préceptes de l’islam et de la personnalité du Prophète et véhiculent des contrevérités que le pape aurait pu éviter”.

Des associations à l’instar de El-Irchad Oual Islah et de l’Association des oulémas musulmans algériens ont également joint leur voix aux formations politiques pour regretter la démarche du pape. “Nous avons été choqués par les propos du pape Benoît XVI qui laisse entendre l’existence de relation entre l’islam, la violence et l’absence de recours à la raison”, a indiqué l’association qui relève que les déclarations du souverain pontife “vont à l’encontre de la ligne tracée par son prédécesseur qui a toujours appelé au rapprochement et au dialogue entre les religions et les civilisations”.
Aussi et pour El-Irchad Oual Islah, les propos du souverain pontife “dénotent de l’impasse dans laquelle se trouve la plus grande institution religieuse du monde occidental”, notant que de tels propos “lui font perdre d’intenses efforts consentis par les oulémas et intellectuels musulmans pour un rapprochement entre les religions”.

Le Haut-Conseil islamique (HCI), de son côté, a estimé que “le discours de Benoît XVI ne favorise pas le dialogue, il nourrit au contraire le climat d’islamophobie qui s’est amplifié en occident, surtout depuis le 11 septembre 2001. Si le pape souhaite un vrai dialogue avec l’islam, il importe qu’il prenne d’abord connaissance de l’islam, en faisant appel aux spécialistes islamologues catholiques qui ont le mieux compris notre religion”. “nous sommes en droit de demander au pape de reconsidérer sa position dans un sens conforme à la déclaration du concile Vatican II, de manière à permettre une compréhension mutuelle entre nos deux religions universelles”, note encore le HCI.

N. M.