Le général Lamari en Turquie

LE GENERAL LAMARI EN TURQUIE

Coalition, armement et OTAN au programme

Mounir B., Le Quotidien d’Oran, 27 septembre 2001

Le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, se trouve depuis ce mercredi en Turquie dans le cadre d’une visite officielle, à l’invitation de son homologue, le ministre turc de la Défense, Sabahattin Cakmakoglu. Une visite prévue de longue date, mais qui prend une signification particulière à la lumière des évènements américains.

Le chef d’état-major de l’ANP a répondu favorablement à une invitation du ministère turc de la Défense pour un séjour qui s’inscrit, selon le communiqué du MDN : « dans le cadre du renforcement des relations de coopération militaires bilatérales » et permettra aux militaires algériens et turcs « d’examiner des questions d’intérêts communs », ajoute le communiqué. Le général Lamari profitera de ce séjour pour visiter la Foire internationale annuelle sur l’armement, qui s’ouvre ce jeudi, à Ankara, et qui regroupe la majorité des pays producteurs d’armes notamment ceux de l’OTAN et des grandes compagnies de l’armement.

Selon des sources diplomatiques turques à Alger: « Les relations algéro-turques, qui sont excellentes au niveau politique et économique, sont appelées à se renforcer au niveau militaire. On peut dire que c’est le véritable début des relations bilatérales dans ce domaine » en évoquant le déplacement du général Lamari en Turquie. Car, mis à part les contacts entretenus dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen, qui se tient sous l’égide de l’alliance atlantique, la coopération militaire entre les deux armées demeure le parent pauvre de ce partenariat. Les relations qui existent comportent des accords de coopération technique, surtout sur le plan de la formation des cadres militaires et l’entraînement, mais toujours dans le cadre de l’accord-cadre qu’a signé Istanbul avec une trentaine de pays intégrés ou hors OTAN. Mais peu de choses sont venues renforcer cette coopération bilatérale qui, selon les sources diplomatiques turques, est fondamentale « avec un des pays les plus importants de la Méditerranée occidentale et qui sont unis par des liens historiques ancestraux ».

Mais cette visite officielle du patron de l’armée algérienne prend une acuité nouvelle avec l’évolution de la situation internationale, après l’attentat du 11 septembre dernier aux Etats-Unis. Il sera probablement question de la coalition antiterroriste internationale que Washington est en train de mettre sur pied pour s’attaquer aux réseaux islamistes extrémistes dans le monde, surtout qu’Istanbul est considéré, actuellement, comme le pivot de la stratégie de riposte atlantique et américaine contre Oussama Ben Laden et les Taliban. Le gouvernement turc a immédiatement adhéré au plan proposé par les Américains en autorisant le décollage des avions américains de la base de l’OTAN en Turquie. Washington a même envisagé de transférer sa base opérationnelle d’Arabie Saoudite vers la Turquie. Pour Alger, l’accord de principe d’une participation à cette coalition internationale est acquis même si son apport diffère de celui d’Istanbul.

Les discussions entre le ministre turc de la Défense, Sabahattin Cakmakoglu et le chef d’état-major de l’ANP ne pourront pas occulter ce sujet. D’ailleurs, le ministre turc, qui offrira une réception en l’honneur de son homologue algérien, rejoindra Ankara arrivant directement de Bruxelles où les ministres de la Défense de l’OTAN sont en session permanente.

Les analystes en matière de géostratégie se sont toujours intéressés au développement des relations militaires entre l’armée turque et algérienne tant elles possèdent des similitudes sur le plan constitutionnel et politique. Si l’armée algérienne a joué un rôle déterminant dans l’arrêt du processus électoral, qui devait aboutir à une prise de pouvoir islamiste du FIS en Algérie en 1992, l’armée turque a opéré de la même manière en 1997, en s’inspirant largement de l’exemple algérien, pour contrer la menace politique et électorale de l’ancien parti islamiste Refah de Hekmettin Erbakan. Si la constitution algérienne stipule que l’ANP est la garante de la souveraineté et de l’unité nationale, de la sauvegarde de la république et de l’intégrité du territoire, la constitution turque de 1961 souligne pratiquement la même chose puisqu’elle est le défenseur du principe de la république, de la démocratie et de la laïcité. Enfin, une autre analogie veut que l’armée turque et algérienne soient structurées pratiquement sur le même modèle, héritage d’un passé commun (ottoman).

Ces points de convergence seront certainement des facteurs qui vont faciliter une coopération active dans le domaine militaire. Ce rapprochement, qui intéresse aussi bien Istanbul qu’Alger, est surveillé de près par Washington qui veut s’appuyer sur ces deux Etats, la Turquie dans la partie orientale de la Méditerranée, et l’Algérie dans sa partie occidentale (Maghreb), pour stabiliser le bassin méditerranéen particulièrement dans cette période de crise.