Réfugiés syriens en Algérie : enfin un camp à Sidi Fredj

Réfugiés syriens en Algérie : enfin un camp à Sidi Fredj

El Watan, 1er août 2012

Le gouvernement algérien vient de décider d’apporter de l’aide aux milliers de familles qui ont fui la Syrie en choisissant l’Algérie comme terre d’accueil.

A près un long silence, le gouvernement algérien a décidé de réagir face au drame que vivent les réfugiés syriens en Algérie.
Sans parler de camp de réfugiés, les autorités ont mobilisé le centre de Netcom à Sidi Fredj, où déjà plusieurs familles syriennes qui étaient au square Port-Saïd, à Alger, ont été déplacées. Les premières familles de réfugiés syriens ont été installées hier au centre de Netcom à Sidi Fredj, à l’ouest de la capitale.
Le Croissant-Rouge algérien, les Scouts musulmans algériens, les directions de la solidarité, la Protection civile ainsi que le mouvement associatif ont été réquisitionnés par le ministère de l’Intérieur pour prendre part à l’opération de «solidarité» avec les réfugiés.

Des semaines après, le gouvernement algérien vient de décider d’apporter de l’aide aux milliers de familles qui ont fui la Syrie en choisissant l’Algérie comme terre d’accueil, mais sans pour autant aller jusqu’à ouvrir des camps proprement dits pour réfugiés.
Les actions actuellement entreprises entrent toutes dans un cadre humanitaire. C’est ce qui ressort des communiqués officiels diffusés hier. Pour le ministère des Affaires étrangères, «la question des ressortissants syriens qui séjournent actuellement en Algérie est prise en charge par les autorités algériennes et a fait l’objet de plusieurs réunions interministérielles de coordination». De ce fait, a-t-il ajouté, «partant de notre devoir de solidarité à l’égard de ces ressortissants syriens, un dispositif spécifique et des mesures pratiques de soutien et d’assistance seront mis en œuvre incessamment à travers l’implication d’un certain nombre d’intervenants publics ou auxiliaires, notamment les services du ministère de la Solidarité nationale et de la Famille et le Croissant-Rouge algérien, dont les comités de wilaya sont déjà à pied d’œuvre».

Intervention du cra

Abondant dans le même sens, le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué la tenue d’une réunion entre ses services et ceux de la Solidarité nationale pour «examiner et valider des recommandations du groupe interministériel créé à leur initiative pour apporter les solutions humanitaires adaptées à la situation des réfugiés syriens se trouvant dans notre pays», ajoutant que le Croissant-Rouge algérien, la Protection civile, les Scouts musulmans algériens et éventuellement la société civile ont été mobilisés pour apporter aide et assistance aux réfugiés afin qu’ils soient hébergés et nourris.
Sur le terrain, les premières familles qui avaient utilisé le square Port-Saïd comme refuge ont été installées au centre de Netcom, à Sidi Fredj.

Contacté, le commandant des Scouts musulmans algériens, Noureddine Benbrahem, a affirmé qu’une partie des capacités de son organisation a été réquisitionnée pour être mise à la disposition des réfugiés : «Le plus urgent, pour l’instant, c’est la restauration et l’hébergement pendant la période du Ramadhan. Uniquement à Alger, nous avons 570 volontaires pour servir 3700 repas chauds à l’heure du f’tour. Nous comptons mettre une partie de ce dispositif à la disposition des réfugiés.» Selon M. Benbrahem, «l’opération de solidarité était déjà effective avant même la décision du gouvernement, mais il lui manquait une organisation plus maîtrisée que seul l’Etat peut apporter. Le recensement de cette population est très difficile dans la mesure où beaucoup ont fini par louer des appartements et une grande partie se trouve à l’intérieur du pays. Nous sommes en train de les recenser».

Et de souligner la difficulté à regrouper les réfugiés, «mais avec le centre de Netcom, il ne restera que l’organisation du camp durant ce mois sacré. Une tâche que les scouts et le CRA sont à même de mener», a-t-il noté. M. Benbrahem a précisé que les moyens de l’organisation qu’il dirige – 68 restaurants avec 10 745 repas chauds et 1634 volontaires répartis sur 17 wilayas – sont suffisants pour répondre à la demande. La seconde étape, a-t-il relevé, consiste à inscrire tous les enfants dans les écoles dès la rentrée scolaire, en attendant que la situation s’apaise dans leur pays.

Respect et dignité

Les mêmes propos sont tenus par le secrétaire général du Croissant-Rouge algérien, Lahcène Bouchakour.
Dans une déclaration à l’APS, il a affirmé qu’en plus de l’aide matérielle, l’organisation s’est lancée dans une opération de sensibilisation des citoyens pour assurer aux réfugiés le respect de la dignité humaine, précisant : «Nous nous sommes même déplacés dans les hôtels de la capitale pour inviter ceux qui y sont déjà à venir dans ce centre d’accueil. Un groupe de sept personnes, représentant les réfugiés syriens, a visité le centre d’accueil.» Visiblement, le gouvernement a fini par réagir, même timidement, à la détresse des réfugiés.

Une détresse que maître Farouk Ksentini, président de la Commission consultative de prévention et de défense des droits de l’homme, a sévèrement dénoncée : «Nous avons saisi le président de la République dans un courrier adressé à son cabinet et ce, à l’issue d’une rencontre avec le représentant des réfugiés. Ce dernier m’avait clairement expliqué que la plus grande préoccupation de tous les réfugiés est liée à l’expiration du délai de leur séjour en Algérie, qui est de 3 mois, étant donné qu’ils sont venus en tant que touristes.»

Salima Tlemçani