Des cadres du ministère de la Santé à propos de la peste

Des cadres du ministère de la Santé à propos de la peste

Alger n’est pas à l’abri

Onze personnes ont été atteintes depuis le début de l’épidémie, au mois de juin à l’ouest du pays, alors que 53 autres sont actuellement sous surveillance médicale.

Par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 12 juillet 2003

Alger, à l’instar des autres wilayas du pays, n’est pas à l’abri de la peste, au vu de la détérioration flagrante des conditions d’hygiène. Le directeur de la prévention au ministère de la Santé, M. Kellou, qui a fait cette révélation lors d’une conférence de presse, jeudi à Alger, a vraisemblablement voulu tirer la sonnette d’alarme en pointant du doigt un problème culminant dans lequel sont largement impliquées l’imprévoyance et la responsabilité humaines.

Cette rencontre avec la presse, animée conjointement avec un expert de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dépêché immédiatement après l’apparition de la maladie, a été consacrée spécialement à faire le point sur cette épidémie.

Les citoyens ne comprennent pas la résurgence de cette maladie après tant d’années de disparition. En guise de réponse, M. Kellou a rappelé que, «dans la plupart des wilayas du pays, surtout à Alger, l’hygiène du milieu fait défaut, et cela présente un terrain propice à la propagation des maladies». «Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait une réapparition des maladies dites moyenâgeuses», dira-t-il.

Il invitera aussi bien les citoyens que les autorités concernées à redoubler d’efforts pour empêcher la diffusion de la maladie. Il a déploré l’état de l’environnement caractérisé par la présence de décharges publiques à ciel ouvert dans chaque coin de rue et la détérioration des réseaux d’assainissement. Onze cas de peste bubonique, ayant fait un mort ont été enregistrés depuis la déclaration de cette maladie à Kahaïlia, dans la wilaya d’Oran, le 4 juin dernier, alors que 53 personnes, suspectées d’avoir contracté cette maladie, sont sous surveillance médicale. Si ces personnes proviennent pour la plupart d’Oran (43 cas), les wilayas limitrophes semblent loin d’être à l’abri. En effet, 3 cas sont signalés à Tlemcen, 2 à Mascara, 3 à Aïn Temouchent et 1 à Saïda. «Devant toute suspicion, on préfère hospitaliser», affirme M. Kellou comme pour parer à une éventuelle confusion entre un cas confirmé et suspecté.

Il a aussi tenu à démentir les rumeurs qui ont circulé ces derniers jours faisant état de l’apparition d’un cas de peste pulmonaire, une forme plus grave de la peste. Cette maladie, rappelons-le, est transmise à l’homme par la piqûre de puces infectées par des rats qui constituent des réservoirs de bactéries.

La lutte antivectorielle maintenue

Revenant sur les différentes étapes suivies au lendemain de la confirmation de l’existence de cette maladie, le directeur de la prévention explique que son département a adopté une procédure en quatre étapes. Il s’agit de l’isolement et du traitement des malades, de la surveillance des éventuelles contaminations, de la recherche du vecteur et des réservoirs de la maladie. D’ailleurs, ces deux dernières tâches relèvent principalement de la mission confiée à l’expert de l’OMS, M. Duschemin, présent en Algérie depuis une semaine. Lors de son intervention, cet expert a affirmé qu’il était quasiment impossible de connaître assitôt le vecteur de cette maladie ainsi que son réservoir. Cette étude, qui permet de savoir quel est le type de rongeur responsable de l’épidémie et s’il s’agit d’un type de puce importée, autochtone ou en dormance, peut durer plusieurs mois, voire une année. «Ce genre d’épidémies est comme un iceberg ; on ne peut pas savoir ce qu’il cache», dira-t-il tout en affirmant que les médecins algériens ont très bien réagi face à cette maladie en prenant les mesures adéquates. M. Duschemin insistera, quant à lui, sur la nécessité de maintenir le système de veille ainsi que la lutte antivectorielle.

«Impossible de prévenir l’apparition de nouveaux cas»

Pour ce qui est de l’éventualité de l’apparition de nouveaux cas buboniques, M. Kellou reconnaît l’incapacité à avoir ce genre d’information. «On ne peut pas éviter qu’il y ait un nouveau cas, mais juste éviter sa propagation après son apparition», affirme M. Kellou pour qui l’apparition de cas sporadiques n’est pas du tout à exclure. Une déclaration qui, sans doute, n’est pas faite pour apaiser les craintes des citoyens et face à laquelle le cadre du département de M. Aberkane s’en remet à la volonté de Dieu. «On ne peut pas faire autrement», révèle-t-il. Toutefois, il rassure que tous les moyens mis en place seront maintenus pour éviter le déclenchement d’une épidémie à des proportions qui risquent d’être dramatiques. Plusieurs épidémies pour le moins inquiétantes ont resurgi et se sont propagées ces derniers jours dans plusieurs régions du pays. A ce propos, M. Kellou dira que toutes les dispositions ont été mises en place pour instaurer un système de prévention efficace. Mais celui-ci risque, ajoute-t-il, d’être insuffisant si les citoyens ne respectent pas les règles élémentaires d’hygiène. S. H.