L’incroyable aveuglement de la presse égyptienne

Malgré les images, elle dénonce une «comédie» algérienne

L’incroyable aveuglement de la presse égyptienne

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 14 novembre 2009

Avant le match et déjà des bosses, des bobos et des points de suture pour l’équipe nationale. La presse égyptienne a choisi de ne pas voir les images, elle accuse les Algériens de jouer la «comédie». Cela va du très sobre Al-Ahram…

à un incroyable morceau de mauvaise foi vu sur une chaine égyptienne nommée Al-Hayat.

Les joueurs algériens ont cassé le bus et se sont in fligés des blessures pour nuire à l’Egypte. La preuve, le chauffeur du bus, Kheyri Hassan Moursi, nouvel héros d’Egypte, le jure au «nom de Dieu»… La presse égyptienne, unanime, a donc trouvé l’explication : l’équipe algérienne a ourdi un mauvais complot pour nuire à l’Egypte. Il y a bien des images que chacun peut voir YouTube, le bruit de la pluie de caillasses tombant sur le bus, le trou fait dans une vitre et les appels des joueurs à tirer les rideaux… Et, last but not least, des joueurs algériens en sang entrant à l’hôtel.

La presse égyptienne, toute unie derrière le chauffeur Kheyri Moursi, le héros qui a éventé le complot des Algériens, vous interdit de croire à ce que vous avez vu. Dans les discours de la presse et des TV – où la mauvaise foi se mélange un nationalisme de mauvais aloi -, le journal Al-Ahram fait presque figure de modéré, en parlant du sujet, au milieu d’un article relatant la présence du président Hosni Moubarak à une séance d’entrainement de l’équipe égyptienne de football. «Le bus qui transportait les joueurs de l’équipe algérienne de l’aéroport à l’hôtel a connu un incident étrange lorsque certains joueurs ont contribué à casser les vitres du bus pour prétendre qu’ils ont essuyé des jets de pierre».

Un «étrange incident»

Al-Ahram, l’officiel qui résume la position officielle consistant à nier, nier, jusqu’à l’absurde. A lire la presse égyptienne, il n’y avait même pas de joueurs algériens blessés… Certains laissent entendre qu’ils se seraient blessés volontairement. Ridicule, bien sûr… Tant pis pour cette presse égyptienne si la Fifa a confirmé que «trois joueurs» ont été blessés dans l’attaque du bus. Le représentant de la Fifa estimant même qu’on ne peut «pas parler de blessés superficiels. Avec les points de suture, il faut voir si ces joueurs peuvent jouer de la tête. Le médecin de l’équipe nationale doit encore se prononcer». Tout cela n’est que «comédie» affirme les journalistes égyptiens, une «crise montée de toutes pièces», affirme le journal égyptien Al-Chourouq. Le chauffeur ayant dit son mot, le journal cite une «source sécuritaire de haut niveau» qui la confirme : les vitres ont été brisées de l’intérieur et non de l’extérieur… La même source donne le fin fond de l’affaire : les joueurs algériens ont essayé de créer un problème pour s’en servir en cas de défaite. Enfin, Al-Masri Al-Yom, sans déroger à la thèse du complot ourdi ou de la comédie ourdie par les Algériens ne nie pas que des «gamins» aient jeté des pierres sur le bus. Une petite ombre d’aveu, vite noyée dans la ligne. Selon lui, les Algériens «ont profité de l’occasion, certains prétendant être terrifiés et blessés, et ont détruit les vitres de l’autobus et les sièges dans une ambiance d’extrême agitation».

Palme d’orde la mauvaise foi

Les Algériens qui «prétendent» être blessés… cela doit faire rager les joueurs qui se seraient volontairement blessés pour se faire des points de sutures. Pourtant, même dans leur outrageuse insistance à ne pas voir les images et les faits, ces écrits de presse relèvent presque de l’angélisme face à des commentaires haineux entendus sur les télés égyptiennes. Sur la chaine d’Abou Dhabi et face à des animateurs sceptiques à l’idée que les Algériens se soient amusés à s’infliger des blessures pour faire la «comédie», un journaliste égyptien qui se prétend une «colombe» a débité les morceaux choisis habituels : les Algériens n’aiment pas l’Egypte et cherchent à lui causer du tort… La palme dans ce genre revient à une commentatrice de télévision égyptienne (Al-Hayat). Elle a tenu le crachoir pendant de longues minutes pour insulter les Algériens et leur conseiller de revoir leur «mauvaise comédie» et de recourir à Lakhdar Hamina qui a «eu la palme d’or à Cannes pour élaborer un «meilleur film». Une interminable et insupportable logorrhée… débitée presque sur le ton d’un prêche. La palme d’or de la mauvaise foi, incontestablement. Heureusement – il faut s’en convaincre – que ces âneries ne représentent pas l’Egypte.


Le film : d’une agression caractérisée

par Mahrez Ilias

Le match Egypte-Algérie, prévu aujourd’hui à 18h30 algériennes (19h30 locales), a frôlé jeudi l’incident diplomatique, après l’agression caractérisée de supporters égyptiens chauffés à blanc contre l’équipe nationale. Le bus qui ramenait de l’aéroport à leur hôtel les joueurs de l’équipe algérienne a été la cible de violents jets de pierres, occasionnant des blessures à Lemmouchia, Saïfi, Halliche et le coach des gardiens.

Voici le film de cette agression préméditée, qui a visiblement terrorisé les joueurs algériens, sur le moment.

17h30 locales, au Caire: l’équipe algérienne arrive. Beaucoup de monde attend les capés de Saâdane. Ils sortent rapidement de l’aérogare et montent dans leur bus. Celui-ci démarre rapidement et prend la direction de l’hôtel, distant de 400-500 mètres de l’aéroport.

17h45 environ: le bus de l’équipe nationale est pris à partie par des individus qui se mettent à le bombarder de pierres. Des vitres du bus volent en éclats. Des joueurs algériens sont touchés. Stupéfaction dans le bus, terreur des joueurs, qui craignent pour leur vie. Les policiers interviennent et ramènent le bus à l’hôtel, en très mauvais état. Les joueurs sortent du bus très remontés contre cet incident, et s’en prennent aux services de sécurité. Ils montent rapidement dans leurs chambres, après un moment d’affolement dans le hall de l’hôtel.

18h00: des délégués à la sécurité du match sont appelés par le président de la FAF Raouraoua pour les informer de ce grave incident. Ils étaient à l’aéroport, à l’arrivée de l’EN, et se dirigent vers l’hôtel des Algériens pour le constat d’usage.

18h50: réaction virulente au Caire du ministre des Affaires étrangères, M. Medelci. Il condamne fermement cette agression contre l’équipe nationale algérienne de football peu après son arrivée au Caire, et demande à son homologue de prendre les «mesures nécessaires» pour assurer la sécurité des joueurs et du staff.

19h30: le ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Hachemi Djiar, également présent au Caire, exprime ses «profonds regrets» suite à l’agression contre l’équipe nationale de football peu après son arrivée dans la capitale égyptienne.

19h57: réaction violente, à la mesure de l’incident, des autorités algériennes. «Suite au grave incident, dont a été victime l’équipe nationale algérienne de football peu après son arrivée jeudi à l’aéroport du Caire, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, M. Madjid Bouguerra, a reçu aussitôt au siège du ministère, l’ambassadeur de la République arabe d’Egypte à Alger, auquel il a fait part de la consternation des autorités algériennes devant cet incident qui a causé des blessures graves à certains joueurs de l’équipe nationale», souligne un communiqué du ministère des Affaires étrangères

22h08: M. Hachemi Djiar rassure sur l’état de santé des joueurs algériens blessés.

Entre-temps, la sélection nationale, remise de ses émotions, et de ce traquenard, effectue son traditionnel décrassage. A l’hôtel, juste après leur arrivée après l’incident, ils crient, en levant le bras: «One, two, three, viva l’Algérie».

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les délégués de la FIFA pour la sécurité du match sortent de l’hôtel de la sélection nationale après plus de deux heures de conciliabules avec la Fédération algérienne et celle égyptienne. Ils envoient dans la nuit leur rapport à la FIFA.

Membre de la délégation de la Fédération internationale (FIFA) présente au Caire, Walter Gagg raconte avoir vu «des bris de verre et des taches de sang» sur le plancher du bus de l’équipe d’Algérie. Il poursuit dans une déclaration à une agence de presse française: «Nous étions à l’aéroport, et nous l’avons quitté quand l’équipe d’Algérie est montée dans son bus. L’hôtel se trouve à 400-500 mètres à vol d’oiseau. Nous n’avons pas pu voir ce qui s’est passé derrière nous. Le président de la Fédération algérienne nous a appelés pour nous dire qu’il se passait quelque chose et qu’il y avait des joueurs blessés. A l’hôtel, nous avons constaté que le bus devant l’hôtel était dans un très mauvais état, avec toutes les vitres cassées et sur le plancher des bris de verre et des taches de sang. Nous sommes montés au 4e étage pour voir la délégation algérienne, et avons constaté que trois joueurs avaient été blessés: Khaled Lemmouchia au cuir chevelu, Rafik Halliche au-dessus de l’oeil, à l’arcade sourcilière, et Rafik Saïfi au bras. L’entraîneur des gardiens a été commotionné. Ils ont été soignés par le médecin de l’équipe nationale. On ne peut pas parler de blessés superficiels. Avec les points du suture, il faut voir si ces joueurs peuvent jouer de la tête. Le médecin doit encore se prononcer».

Selon M. Gagg, le rapport adressé à la FIFA sur ces incidents a été envoyé à deux heures du matin.