Associations : Elles sont nombreuses à profiter des subventions de l’État

Elles sont nombreuses à profiter des subventions de l’État

Associations : le constat amer de Guidoum

Par : Nabila Saïdoun, Liberté, 5 décembre 2005

80% des montants réservés au financement des activités associatives sont consommés pour leur fonctionnement et dans des actions conjoncturelles.

“Inertie totale” résumerait bien la situation actuelle du mouvement associatif de plus en plus absent du terrain et cela, quinze années après la promulgation de la loi 90-31 qui a favorisé l’essor des associations. Elles sont aujourd’hui très nombreuses à être à la charge de l’État qui débourse chaque année 60 milliards de centimes auxquels s’ajoute l’apport de différents fonds. Le ministre de la jeunesse et des sports a parlé d’environ
60 000 associations qui activent en majorité dans les mêmes créneaux. “80% du tissu associatif s’est spécialisé dans le domaine culturel”, déplorera Yahia Guidoum en se basant sur une étude initiée par son département sur les associations et de préciser en outre que “80% des montants réservés au financement des activités associatives sont consommés pour leur fonctionnement et dans des actions conjoncturelles, sans impact réel sur les populations, notamment juvéniles”.
Guidoum n’ira pas par quatre chemins pour dire clairement que le mouvement associatif n’arrive pas à s’intégrer dans le tissu social et qu’il répond peu aux exigences de la société en général et de la jeunesse en particulier. Pour étayer ses propos, il reprendra l’observation de la société civile qui permet de relever certains dysfonctionnements à l’origine de ne pas permettre au mouvement associatif de s’épanouir dans le sens de son renforcement et de son affirmation en tant que partenaire.
“Parmi ces dysfonctionnements, la facilité de la création d’associations, due aux conditions très souples contenues dans les dispositions de la loi 90-31 d’une part, et la non-distinction entre les associations à caractère national et celles locales d’autre part, en plus de la gestion directe par l’administration de certaines activités qui sont en principe du domaine d’action du mouvement associatif, réduisant ainsi son champ d’intervention. Auxquels s’ajoute l’octroi de subventions sans se référer à des critères objectifs, ce qui a engendré l’apparition d’associations dont le seul but était de bénéficier de subventions sans fournir le moindre effort pour s’autofinancer ou chercher d’autres sources de financement ainsi que l’absence de suivi de contrôle rigoureux pour ce qui est de l’utilisation des subventions allouées”, explique le ministre reconnaissant le fait que le mouvement associatif au lieu d’agir en tant qu’acteur complétant l’action de l’État, est devenu une lourde charge pour l’État.
Au tableau déjà si noir, Guidoum n’omettra pas d’inscrire l’absence de transparence, de coordination intersectorielle et l’absence de vision managériale des associations qui ne comptent que sur les subventions de l’État. Raison pour laquelle le ministre prône désormais la refondation de ses relations avec le mouvement associatif sur la base d’un nouveau cadre organisationnel fondé sur le principe d’un partenariat efficient. Dans ce contexte, le ministre a plaidé pour la promotion des projets tendant à développer l’action citoyenne, la culture et le dialogue et la pratique démocratique et renforcer davantage les actions de proximité, soulignant qu’il est nécessaire de regrouper les associations autour de projets communs à travers la création de réseaux d’associations.
Il abordera, par ailleurs, la pertinence de voir les associations s’assurer une contribution elles-mêmes et de l’instauration d’une compétition en matière de prestation et une orientation des actions vers des projets d’intérêt général ayant un impact sur la société. Toujours en guise de solutions pour remédier à cette situation déplorable, le ministre a appelé à exiger une transparence en matière de financement et une gestion cohérente ainsi qu’une coordination intersectorielle et une diversification des sources de financement.
Noureddine Moussa, ministre du Tourisme, également présent à cette rencontre nationale, a saisi l’occasion pour reconnaître aux associations activant dans le domaine du tourisme, le mérite de fournir un effort considérable. Elles sont 150 selon le ministre, qui a assuré que son département aspire à les aider à devenir plus professionnelles notamment par le biais de la formation. Il annoncera, dans la foulée, qu’une étude est lancée pour connaître les désirs des jeunes en matière du tourisme et tenir compte ainsi de leurs attentes.

Nabila Saïdoun

 


Selon une étude menée par le CRASC

“Certaines dispositions de la loi sur les associations sont à revoir”

Par : Rédaction de Liberte

Lors de la rencontre organisée, hier, par le ministère de la Jeunesse et des Sports sur le “Mouvement associatif, état des lieux et perspectives”, un chercheur du Centre national de recherche anthropologie et sociologie culturelle (Crasc) d’Oran a parlé de la “nécessité de revoir certaines dispositions de la loi 90-31 relative aux associations”. Il s’agit là d’un aperçu des résultats d’une étude menée par ce centre, qui sera publiée en janvier prochain, sur 132 associations et qui a permis de faire le point sur le dispositif réglementaire et législatif qui encadre les associations en Algérie.
“Certains dysfonctionnements sont liés à des pratiques administratives et aux conditions très souples contenues dans les dispositions de la loi”, a déclaré à l’assistance M. Salhi, chercheur du Crasc qui a été associé à cette étude, étayant ses propos en citant la non-remise pour certains cas du récépissé de dépôt du dossier de création d’association de subventions dont l’octroi, a-t-il précisé, “se fait sans référence à des critères objectifs” alors qu’en matière de fiscalité, la loi interdit aux associations de recevoir des fonds des ONG étrangères.
Sur le plan sociologique, l’étude a révélé que 73% des activants dans les mouvements associatifs ont un niveau universitaire avec une participation plus importante des femmes. La tranche d’âge la plus mobilisée reste celle de 30 à 50 ans.
Les femmes activent dans le mouvement associatif dès leur jeune âge, mais cette mobilisation est interrompue avec la changement de statut qui intervient après le mariage et la maternité. Après l’âge de 50 ans, cependant, elles sont nombreuses à reprendre du service.
Ce centre, qui a mené cette étude et dont le sérieux et le professionnalisme ne sont plus à démontrer, vient de signer justement une convention avec le ministre de la Jeunesse et des Sports portant sur une large opération de formation sur le nouveau mode de financement des projets. La première étape, selon des sources du ministère, concernera les formateurs du secteur qui auront la tâche, à leur tour, de former le personnel en charge des dossiers des associations.
La troisième et ultime étape, quant à elle, se fera en direction du mouvement associatif et englobera les techniques de montage des projets et la gestion en elle-même.