L’Algérie dans le noir

BRUSQUE ET ETRANGE COUPURE DE COURANT

L’Algérie dans le noir

El Watan, 4 février 2003

Plusieurs villes du pays ont plongé dans le noir, hier vers les coups de 19 h. En effet, toute l’Algérie s’est mise à l’heure de la bougie pour tenter d’éclairer, sans jeu de mots, ce qui venait de se passer aussi brusquement. Une coupure générale d’électricité, suivie d’un ronflement assourdissant de machine, et ce sont de multiples interprétations qui revenaient sans cesse sur le bout des lèvres.

Les premières informations auprès des services faisaient état d’une panne électrique au niveau de la centrale du Hamma, à Alger, mais c’était peu convaincant car la généralisation de la panne à travers plusieurs wilayas du pays nécessitait une tout autre réponse pour ce si soudain problème. Au niveau du service dépannage de Sonelgaz, il n’était pas question de répondre à la presse sauf pour dire que «les équipes sont mobilisées et sont sorties sur le terrain pour tenter de localiser l’origine de la panne». Les réponses se faisaient au compte-gouttes, alors que la situation méritait une meilleure prise en charge. Au niveau de la direction générale de ladite société, la consigne était de mise. Même réponse pour les services de dépannage au moment où, selon nos interlocuteurs, «aucun responsable n’était en place» pour avancer les premières conclusions de l’origine de cette panne. Au ministère de tutelle, il était impossible d’entrer en contact avec un responsable à même de répondre aux différentes interrogations que ne manqueront pas de se poser plusieurs citoyens. Selon l’APS, il s’agirait d’un incident technique survenu à la centrale du Hamma. Entre- temps, la coupure d’électricité prenait de l’ampleur, puisqu’elle s’étalait sur le territoire de plusieurs wilayas du pays. Traumatisée par les actes de sabotage, la population imagina toutes les catastrophes possibles qui auraient pu amener à une telle situation. A Alger, ce sont les embouteillages, inhabituels à un tel horaire, qui feront monter d’un cran la tension, alors que partout à travers le pays le téléphone ne cesse de résonner pour mieux comprendre l’ampleur de cette panne. A l’heure où nous rédigions, aucune structure n’était à même de répondre aux différentes interrogations des citoyens. La rumeur prendra dès lors le relais pour amplifier une situation dont les responsables concernés auraient pu nous faire l’économie d’une telle énigme.

Par A. Hammou

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La panne d’électricité a touché 38 wilayas /
La nuit des rumeurs

El Watan,5 février 2003

Les habitants de la capitale et d’autres grandes villes du pays ont vécu durant la nuit du 3 au 4 février des moments critiques, mêlés de panique.

En effet, aux environs de 19 h, Alger a plongé soudainement dans l’obscurité. Les automobilistes ont allumé les phares de leurs véhicules. Ils sont coincés dans une circulation qui est devenue de plus en plus dense. Certains étaient pressés de rentrer chez eux. Une grande pagaille s’en est suivie dans les principaux carrefours. Les feux de signalisation n’ont pas été respectés à ce moment. Le code de la route non plus. Quelques conducteurs pressés ont même emprunté des sens interdits. En l’absence d’informations, les rumeurs les plus folles vont bon train… Elles enflent et se répandent comme une traînée de poudre. Les uns parlaient d’attentat de grande envergure, de coup d’Etat et même d’un bombardement américain imminent ! D’autres évoquent la thèse d’incidents techniques. L’interruption du courant électrique a suscité des inquiétudes. Privés de télé, les uns se sont rués sur leur poste radio à transistors pour essayer de comprendre ce qui s’est passé en cette glaciale soirée. Cette panne est intervenue alors que les journaux étaient sur le point de «boucler». Heureusement que la majorité d’entre eux avait des groupes électrogènes qui leur ont permis de continuer leur travail jusqu’au bout. La Une des quotidiens était toute désignée. Il fallait chercher une photo qui illustre le mieux la situation. Malgré plusieurs tentatives, les journalistes n’ont pu joindre Sonelgaz pour leur fournir ne serait-ce que des bribes d’explications. Les articles se sont contentés des infos de l’APS. Les rotatives ont pu tourner grâce aux générateurs électriques dont elles disposent. Ce soir-là, les commençants n’ont eu aucun mal à écouler leur stock de bougies à des prix parfois revus à la hausse. Cette coupure prolongée du courant électrique a par contre désavantagé les restaurateurs qui n’ont pas reçu leur clientèle habituelle. Les vendeurs de produits d’alimentation générale redoutaient que les denrées périssables stockées dans des entrepôts frigorifiques ne soient plus propres à la consommation. Au plan de la sécurité des biens et des personnes, fort heureusement aucun évènement majeur n’est à signaler.

Par K. B.

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M. Benghanem : «L’acte de sabotage est à écarter»

Plus de 30 wilayas du pays ont été, lundi soir à partir de 19 h 05, plongées dans le noir. Ce fut le black-out total à travers l’ensemble du territoire national. Cet incident est dû, selon M. Abdelkrim Benghanem, président-directeur général de Sonelgaz, à un «dysfonctionnement du régulateur de gaz de la centrale électrique du Hamma», située à Alger.

Cette défaillance technique a provoqué la fermeture automatique, et ce, par mesure de sécurité, des vannes d’alimentation et a engendré par-là même le déclenchement des deux générateurs de 200 MW chacun. Cette situation a eu pour conséquence l’ouverture des interconnexions internationales. La chute de tension et la perte d’un seul coup des 400 MW — qui a coïncidé avec la période de forte consommation — dans la centrale du Hamma ont entraîné l’arrêt de toutes les centrales qui fonctionnent toutes à la même vitesse. «La centrale du Hamma est interconnectée avec l’ensemble des centrales existantes à travers les différentes régions du pays. Suite à la perte du synchronisme, toutes les centrales de production d’électricité se sont arrêtées, provoquant une panne générale dans pratiquement l’ensemble du pays», a souligné M. Benghanem lors d’une conférence de presse animée hier au siège de Sonelgaz. Celui-ci explique que les zones de Hassi Messaoud et Hassi R’mel n’ont pas été touchées car dès qu’il y a eu chute de tension, elles se sont déconnectées du réseau national. Elles se sont constituées en îlots. Malheureusement, elles ne pouvaient pas assurer la réalimentation, ne serait-ce que pour une partie du pays, du moment qu’elles n’avaient pas les capacités requises.
L’Algérie a été lundi dernier complètement isolée puisque même l’Espagne, via le Maroc, et la Tunisie, avec lesquels elle était interconnectée, ont ouvert leur interconnexion, et ce, par mesure de sécurité. «Nous avons des accords avec l’Espagne et la Tunisie qui stipulent que ces deux pays nous alimentent pendant dix minutes de 300 MW. Mais vu qu’ils ne pouvaient pas compenser les 400 MW que nous avons perdus et pour préserver leur réseau, ils étaient obligés de se déconnecter de l’Algérie. C’est une procédure tout à fait normale», avance le PDG de Sonelgaz. Face à cette situation, la seule solution était de reconstruire le réseau ligne par ligne. «Nous avons commencé à alimenter certaines régions par le système de turbine à gaz et nous avons rétabli progressivement le courant à travers toutes les villes. A minuit, le courant était revenu dans pratiquement toutes les régions et grâce à la mobilisation de nos ingénieurs.» Cet incident rare, tient à préciser M. Benghanem, peut se produire dans n’importe quel pays du monde. D’ailleurs, l’Algérie a été confrontée à cette situation en 1990, la France a vécu un cas similaire dans les années 1990 et même les Etats-Unis n’ont pas échappé à ce problème.

Dysfonctionnement

En outre, l’on s’interroge sur les véritables raisons qui ont causé le dysfonctionnement du régulateur de gaz. Etait-ce un acte de sabotage ou un défaut de fabrication ? M. Benghanem écarte d’emblée l’idée de sabotage, toutefois ses arguments étaient peu convaincants. «L’acte de sabotage est une hypothèse à éliminer, car le sabotage d’une ligne ne peut nullement entraîner une telle situation. Nous avons déjà été confrontés à des actes de sabotage électrique, mais à aucun moment il y a eu un blocage.»
Pour ce qui est de la fiabilité de la centrale du Hamma, nouvellement mise en place, le PDG affirme que celle-ci, contrairement à ce que l’on pense, est sous réglage et elle n’est pas mise sous exploitation. «Pour le moment, je ne peux pas incriminer ni remettre en cause le constructeur parce que nous n’avons pas tous les éléments. Nous allons effectuer des analyses et des études pour déterminer l’origine exacte de la faille, et puis nous situerons les responsabilités, si l’erreur émane du constructeur, nous prendrons les dispositions qui s’imposent.» Par ailleurs, et à propos du problème de l’interconnexion des centrales, le PDG n’a pas nié que le recours à ce système a pour but de diminuer les investissements. «Les centrales sont solidaires les unes des l’autres. Cette démarche est pratiquée de par le monde et elle revient moins cher par rapport à la déconnexion.» Pour le PDG de Sonelgaz, l’incident de ce lundi est une expérience qui va leur permettre de revoir le plan de défense du réseau électrique et de prendre les mesures adéquates pour éviter que cela se reproduise. «Heureusement que cet incident n’a pas causé de dégâts», dira-t-il.

Par Nabila Amir