Des étudiants paralysent l’université de Bouzaréah

Alors qu’une quarantaine de leurs camarades ont été arrêtés

Des étudiants paralysent l’université de Bouzaréah

Par Nordine Benkhodja, Le Jeune Indépendant, 21 mai 2002

Ils étaient hier plusieurs centaines d’étudiants à avoir complètement paralysé l’université de Bouzaréah. Au lendemain de la visite du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, accueilli à coups de pierres, l’institution universitaire semble être en ébullition, et pour cause, quelque quarante étudiants ont été arrêtés suite aux troubles de la veille.

«Ce sont des descentes punitives qu’ont opérées les services de sécurité. Il s’agit purement et simplement d’enlèvements», nous dira Youssef, l’un des instigateurs du mouvement circonstanciel, le Comité pour la libération des détenus. Selon des témoignages, cinq étudiants ont été arrêtés hier matin par des policiers en civil dans le bus qui les transportait de l’ITFC à Bouzaréah. D’autres, parce qu’ils étaient originaires de Kabylie.

En fait, si les revendications semblent être légitimes, la manière d’opérer est, quant à elle, complètement arbitraire. Des étudiants ont été «sommés» (invités, nous disent certains manifestants) de quitter leur salle d’examen, alors que les enseignants et les responsables des différents départements n’ont affiché aucune résistance et étaient complètement absents.

D’autres étudiants affichaient des mines perdues. Ils avaient des examens à passer pour l’après-midi et ils ne savaient plus quoi faire. Un enseignant du département d’histoire est déçu : «J’ai à mon actif 22 ans d’expérience dans l’enseignement et ce n’est pas comme ça qu’on règle les problèmes. Je condamne effectivement l’arrestation de ces étudiants à la veille du 19 mai [Journée de l’étudiant], mais je condamne aussi la violence, qu’elle qu’en soit l’origine.»

«Nous occuperons l’université jusqu’à la libération de tous les détenus»

Le comité estudiantin, créé pour la circonstance, tentera malgré tout un rassemblement au cœur de l’université. «Bouteflika est le premier ‘’irresponsable’’ de l’Algérie. Nous ne quitterons pas cette place avant la libération de nos camarades», lancera un étudiant aux manifestants. Un autre porte-parole du mouvement appelle à la non-tenue des élections. Des discours étrangement politisés. Dehors, un important dispositif de sécurité s’était mis en place pour parer à toute éventualité.

Ce qui, enfin, dissuadera les manifestants de tenter une marche qui aurait été suicidaire.

Alors qu’un rassemblement se tenait sur la grande place de l’université, la grande majorité des étudiants ne faisaient même pas attention à ce qui se passait et étaient complètement indifférents.

«On est tous concernés, on ne veut pas de spectateurs», scandaient les manifestants. Mais dans un mouvement confus, les slogans des aârchs se mêlaient pêle-mêle aux revendications de libération. Les «ulac smah ulac», «libérez les étudiants, on n’est pas des terroristes», «pouvoir assassin» se faisaient entendre au milieu d’insultes proférées contre le président de la République. Au niveau de la fac centrale, la situation semblait plus ou moins calme. Le recteur était apparemment très occupé et ne pouvait pas nous recevoir.

Cependant, le chargé de communication du rectorat dit condamner les agissements de certains étudiants envers le Président. Le 19 mai de cette année rimera sans doute avec grève, arrestations, contestation et une institution universitaire au bord du chaos… une situation tendue qui reste en stand-by. N. B.