Tizi Ouzou ressemble à une ville en état de siège

 

Tizi Ouzou ressemble à une ville en état de siège

Une vingtaine de personnes arrêtées

Le symbole de la résistance kabyle investi par la police

Christian Lecomte, Le Temps, 27 mars 2002

Un des symboles du mouvement de protestation kabyle vient de tomber. Dans la soirée de lundi, des policiers ont investi le théâtre Kateb Yacine, à Tizi Ouzou, qui depuis le Printemps noir de l’an passé faisait office de quartier général de la coordination locale des aârch (comités de village). Dans le même temps, la vingtaine de personnes présentes ont toutes été appréhendées et conduites vers une destination inconnue. « Cela s’est passé très vite, raconte un témoin. Des CNS (Corps national de sécurité) sont arrivés de partout, en fourgon ou à pied. On ne les a pas vus venir. Il y avait parmi eux des « Ninjas » (policiers cagoulés), ils criaient, insultaient et ils ont embarqué tout le monde. » Mardi, des véhicules des forces de l’ordre stationnaient aux alentours du théâtre tandis que des groupes s’étaient déployés dans la cour et sur la terrasse. Les principaux axes et le centre du chef-lieu kabyle étaient quadrillés. Tizi Ouzou ressemblait à une ville en état de siège. Face à l’impressionnant dispositif mis en place, les jeunes émeutiers repliés dans les rues adjacentes ont hésité sur la conduite à tenir. On s’est observé longtemps avant que ne soient déclenchées les hostilités. Pierres contre lacrymogènes, selon le rituel. Les manifestants semblaient attendre de la part de leurs délégués des ordres qui ne sont pas venus. Certains avaient été cueillis le matin même au saut du lit par la police. D’autres comme Abrika Belaïd, la figure charismatique du mouvement, joint par téléphone, ont précisé qu’ils se cachaient. Réunis hier en conclave à une trentaine de kilomètres de Tizi Ouzou, des responsables se demandaient s’il était opportun de rejoindre leur domicile. « Je téléphone partout et personne ne répond. On ignore le nombre exact de personnes arrêtées, leurs lieux et conditions de détention », commente Salah Hannoun, un avocat membre d’un collectif de juristes chargés de défendre les familles de victime. Dans l’après-midi, il apprenait cependant que les individus appréhendés la veille allaient être déférés devant le Parquet. « Mais nous restons sans nouvelle de beaucoup », ajoute-t-il. En coupant la racine dite radicale du mouvement kabyle, Alger signifie donc qu’elle désire reprendre les choses en main dans la région et qu’il faut en finir avec l’Etat de non-droit. La prise du théâtre Kateb Yacine paraît à cet égard mûrement réfléchie puisque ce haut lieu fut présenté pendant près d’un an comme la vitrine de la désobéissance civile berbère.