Marche imposante à Bouira

La manifestation donne un souffle nouveau au mouvement citoyen

Marche imposante à Bouira

La Coordination interwilayas des Comités de citoyens a réussi ce week-end une action d’envergure en organisant à Bouira une marche pacifique et porteuse au plan politique

Par Nacer Haniche, La Tribune, 21 juillet 2001

C’est aux environs de 8h00 que les organisateurs ont commencé à accueillir les premiers marcheurs de la wilaya de Bouira. Puis, c’était au tour de ceux de Tazmalt, Akbou et Béjaïa, suivis des manifestants de Bordj Bou Arréridj et Sétif. La gare comme la station routière ont été transformées en véritable ruche.Vers 10h00, un climat d’inquiétude s’est installé suite au retard qu’avaient enregistré les délégations de Tizi Ouzou, Alger et Boumerdès. Peu de temps auparavant, une information avait circulé faisant état de la mise en place par la gendarmerie de barrages filtrants pour «empêcher toute entrée» à Bouira.M. Yousfi Madjid, député de Boumerdès, qui confirmera cette information, révélera que des autocars ont été retenus à la sortie de Beni Amarane et de Lakhdaria, et les passagers ont été fouillés avant d’être autorisés à poursuivre leur route sur Bouira. Chose vue : à hauteur de la bifurcation reliant le RN 5 et Draa El Mizan au niveau de Kalous, les bus transportant les marcheurs ont été passés au peigne fin par la gendarmerie soutenue par des maîtres-chiens et des éléments de brigades anti-émeute ; les immatriculations des véhicules sont répertoriées avant de leur céder le passage. Ces manifestants ne sont arrivés à Bouira qu’au moment du démarrage de la marche. Pendant que les carrés se constituaient, un groupe de citoyens s’est rassemblé autour du chanteur Ferhat Mehenni. Dans un autre coin de la rue Abane Ramdane, des délégués communaux du Comité de wilaya de Béjaïa ont distribué leur communiqué rendu public mercredi dernier et qui a été commenté par la presse nationale. Par la suite, Sadek Akrour s’est interrogé sur la déclaration de ces derniers où ils invitent à la réunion des délégués communaux à la même date et heure du déroulement de la marche à Bouira. Les partis politiques qui ont soutenu cette action pacifique ont envoyé des délégations. Du côté du RCD, c’est Ali Brahimi et le député Merzouk El Hacene qui ont été vu à côté d’un nombre d’élus locaux et responsables. Pour le FFS, une délégation conduite par Djamel Zenati, Bouaïche et plusieurs députés de la wilaya de Tizi Ouzou et Béjaïa étaient présents dans le carré de Bouira en compagnie des responsables de la fédération de Bouira ainsi que des représentants de l’association RAJ et du MCB.Les manifestants ont fait un parcours de cinq kilomètres, du stade communal de la ville jusqu’au boulevard Krim Belkacem, point d’où la foule s’est dispersée. Tout le long du trajet, les citoyens de tous les âges ainsi que quelques femmes, à leur tête quatre enfants qui portaient le drapeau national, n’ont pas arrêté de scander leur mécontentement du pouvoir, de crier leur horreur de l’injustice et de l’impunité. A l’aide de banderoles noires, de pancartes arborant les portraits des martyrs du printemps noir : Boughrara et Alouche de Draa Ben Khedda, Amir Aïssa d’Ahnif et celui de Guermah Massinissa, tout en scandant «Kabylie chouhada», «pouvoir assassin», «Darak El Wattani irhab inani», «tamazight dilakul», «azul fellaoun, Tubiret imazighen», «justice criminelle» ainsi que d’autres qui expriment l’attachement de la population à sa culture, à la démocratie et à l’unité du pays, dans une ambiance de fête et de solidarité. Sur l’itinéraire choisi pour la marche, plusieurs points stratégiques, maison d’arrêt de Bouira, la brigade de gendarmerie, les villas des cadres de la wilaya, le tribunal et la cour de justice étaient sur le passage des marcheurs. Chacun de ces points représentait un aspect de la révolte de la jeunesse dans la région, donc à chaque fois le risque de débordement paraissait éminent si ce n’est la vigilance du service d’ordre qui a fait tout pour circonscrire les tentatives de dérapage et ce, jusqu’à la fin de la marche.Les observateurs ont aussi noté l’organisation des marcheurs de Tizi Ouzou, venus par milliers et accompagnés des secouristes du CRA de Boghni et deux ambulances qui bouclaient la marche. En fait, la réussite de cette action, de la coordination interwilayas, à Bouira, a fait l’effet d’«une pierre deux coups» en montrant d’abord, comme l’avait précisé M. Allouche dans un point de presse, que le mouvement citoyen ne s’est pas essoufflé, bien au contraire il avait acquis une maturité en mobilisation, et peut même organiser d’autres actions de grande envergure dans les autres wilayas afin que cessent «les intimidations, provocations et diverses tentatives de division exercées par le pouvoir», la levée des poursuites et sentences judiciaires prononcées contre les détenus. Le même représentant a affirmé que le mouvement n’a nullement l’intention de se substituer aux partis politiques et qu’il n’y aura pas de dialogue avec le pouvoir, du moins comme ce dernier le souhaite. Il (le pouvoir) est sommé de donner des suites publiques et concrètes à la plate-forme d’El Kseur, sans quoi, nous a-t-on affirmé, la contestation se poursuivra.Propos d’observateurs : la tournure pacifique de la marche de jeudi à Bouira s’inscrit en porte-à-faux contre les appréhensions et les critiques de ceux qui ont parié sur l’essoufflement ou comparé le mouvement des citoyens à du terrorisme. Cela est d’autant plus important que quelques heures avant la marche, des cercles ont tenté de faire admettre que la ville de Bouira ne voulait pas de cette marche. L’initiative de rassemblement à Bouira a, en outre, été une réussite totale. La population de Bouira, qui s’était alignée sur les deux bords de la chaussée, applaudit, pour leur déplacement, les personnes ayant participé en masse, en scandant des slogans en signe d’au revoir.

 

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