La protesta arrive aux portes de la ville

Mécontentement social à Jijel

La protesta arrive aux portes de la ville

Par Fouad Menia, La Tribune, 7 novembre 2001

Pour la quatrième journée consécutive, la wilaya de Jijel est en proie à un mouvement de fronde sans précédent. Les habitants de la cité Harraten, à 5 kilomètres du chef-lieu de wilaya, sont descendus pour la deuxième fois dans la rue pour exprimer leur désarroi devant leurs conditions de vie précaires. Après la RN77, bloquée lundi dernier, les deux cents familles qui composent cette localité ont coupé carrément, hier, le principal axe routier, à savoir la RN43. La foule, composée de jeunes et de pères de famille, est allée dresser un important barrage à l’aide de troncs d’arbres arrachés, de blocs de pierres et de pneus brûlés sur la route express qui desserre l’est de la wilaya et du pays. La circulation routière a paralysé des centaines d’écoliers, des travailleurs et des voyageurs qui n’ont pu rejoindre leur lieu de travail. Les contestataires sont restés à trépigner sur place de longues heures jusqu’à l’arrivée d’une délégation d’«évangélistes» dépêchés par la wilaya. Un premier contact infructueux puis les protestataires se sont entendus avec les élus pour une rencontre au siège de la wilaya. Chose faite en début d’après-midi. Suite à cette réunion, des représentants de la cité Harraten, avec les émissaires de bon office, les esprits se sont calmés et la route rouverte vers 15h00 au grand bonheur de tout le monde. Les habitants de ce bidonville, qui est aux portes de la ville, rabrouent les élus locaux de la commune de Jijel après des promesses non-respectées par le passé.Dans une lettre adressée au wali en date du 24 juin 2001, les familles de Harraten réclamaient la régularisation de leur situation.Des hommes et des femmes, pour la plupart de misérables citoyens, avaient fui il y a dix ans le terrorisme et les conditions de vie précaires dans leurs mechtas.A Harraten, ils vivent dans des gourbis, sans eau, ni électricité ni voirie. A cet effet, ces citoyens insistent sur leur recasement dans des cités plus humaines et décentes. Les citoyens que nous avons rencontrés durant ces quatre jours de manifestations ne croient plus aux «douces confessions» des élus locaux. Plus que jamais, ces derniers ont le dos au mur après l’avoir tourné au petit peuple. Désormais, les élus des deux partis uniques achèvent leur mandat en sortant sur la pointe des pieds. Ils sont décriés et méconnus de la population. Après les localités de Tleta, Bazoul, Boukhartoum, T’har Ouacaf, Bouhamdoun, d’autres agglomérations souffrant de la misère menacent d’occuper les routes dans les prochains jours. Cela intervient au moment où l’on annonce la visite inattendue du secrétaire d’Etat aux Collectivités locales, Dahou Ould Kablia, prévue pour aujourd’hui. Il vient en pompier.

F. M.

 

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