Des dizaines de jeunes arrêtés à In Salah après les émeutes

Des dizaines de jeunes arrêtés à In Salah après les émeutes

La population dénonce

De notre envoyée spéciale à In Salah, Saïda Azzouz, Le Matin, 5 mai 2002

Bien qu’important, le cordon de sécurité déployé, mardi dernier, autour du tribunal de In Salah, au bout de toutes les rues et ruelles qui y mènent et dans la placette qui lui fait face, n’a pas impressionné les jeunes.
Nullement intimidés, par dizaines, venus de tous les quartiers de la ville, ils se sont rassemblés aux alentours immédiats de la cour pour marquer leur solidarité avec les détenus, présumés responsables des émeutes qui ont éclaté la semaine dernière dans cette localité et pour démontrer à ceux qui les ont méprisés que « le combat pour la dignité ne fait que commencer ».
Décidés à aller jusqu’au bout et à défendre les leurs par tous les moyens, les jeunes qui se sont organisés en comité ont décidé de faire appel à un collectif d’avocats, d’alerter les ligues des droits de l’Homme et de saisir le Président de la République pour « dénoncer les dépassements des services de sécurité ».
Revenant sur « les rafles » de samedi et dimanche derniers, jours de la manifestation, H., un fonctionnaire, témoin de certaines scènes, raconte comment des policiers ont procédé aux arrestations : « Ils ont interpellé tous ceux qui se sont trouvés sur leur chemin, leur ont demandé de montrer leurs mains et si, par malheur, elles étaient sales, ils concluaient au flagrant délit et ils les embarquaient. D’ailleurs, ils se sont acharnés sur les adolescents. » Un fait que confirment un groupe de jeunes venus prendre des nouvelles du détenu H. Abdelkrim. Ce dernier, âgé de 24 ans, aujourd’hui en détention préventive, fait partie du groupe de jeunes qui, en présence du ministre chargé des Collectivités locales et du wali, a dénoncé la corruption et les agissements du responsable de l’agence de l’emploi. « Ils ont demandé à Abdelkrim et à tous ceux qui se sont dit prêts à témoigner leur carte d’identité ; les jeunes se sont exécutés croyant que leur témoignage allait être pris en considération.
Après le départ du ministre, ils les ont arrêtés », raconte un de ses camarades avant de demander au reste du groupe des nouvelles d’un des membres de l’association, au domicile duquel s’était rendu la vieille au soir le chef de Sûreté de la daïra.
Ces descentes impromptues sont, selon nos interlocuteurs, des pratiques courantes ; mais ce qui les inquiète le plus, c’est cette information rapportée par un fonctionnaire de la santé et selon laquelle « les prévenus ont été malmenés ».
Une information qu’on n’a pu ni infirmer ni confirmer, et à propos de laquelle une source médicale dit : « C’est certainement vrai, puisque les certificats médicaux ont été établis par un médecin qui n’a pas examiné les détenus. « S’il s’avère exact, cet acte constitue une grave atteinte aux droits des prévenus. »
Mercredi matin, du côté de Ksar El Merrabtine, le ton était à la colère. La nouvelle de l’arrestation du jeune Hédi Abderahmane avait fait le tour de la ville. « Hier soir, des policiers l’ont interpellé devant la maison de jeunes ; il a refusé de les suivre, parce qu’il n’y avait aucun mandat, ils l’ont alors pris de force », témoigne un des jeunes qui étaient avec lui au moment de l’« enlèvement ». Un fait que les citoyens ne comptent pas laisser passer. « Pour le moment, on temporise, parce que des sages et des parents de détenus ont demandé à un député d’intercéder auprès des autorités pour la libération de tous les jeunes arrêtés pendant et après les manifestations. On se donne une semaine et après on verra », précise un quinquagénaire, qui estime que « le Pouvoir doit tenir compte des motifs qui ont poussé les jeunes à la révolte ».
Les jeunes, eux, soutiennent que la lutte pour le droit au travail reste un objectif, mais compte tenu de « l’évolution de la situation » faire libérer les leurs devient la priorité. Hier, des jeunes venus de In Salah et des étudiants d’Alger, originaires de la région, se sont présentés à notre rédaction pour dénoncer la traque. Selon l’un d’entre eux, entre mardi et vendredi, plus de quarante autres jeunes ont été « cueillis » à leur domicile.
S. A.