Après l’interdiction de la marche du 5 octobre

Après l’interdiction de la marche du 5 octobre

La Coordination des arouch en appel

Par Chaffik Benhacene, La Tribune, 6 octobre 2001

L’inconnue du 5 octobre se résumait finalement bien dans l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de la marche des délégués des arouch, maintenue par les coordinations lors de la réunion de Fréha, et beaucoup qui avaient tiré des plans sur la comète en tenant pour pratiquement acquise l’autorisation de fait de marcher après le communiqué présidentiel sur les événements de Kabylie, se trouvent aujourd’hui dans l’obligation de revoir leurs copies. Le scénario s’est donc bel et bien répété et les marcheurs, une fois de plus, n’ont pu aller plus loin que Naciria et cela, moins de vingt-quatre heures après le communiqué des services du chef du gouvernement, faisant état de l’audience de représentants d’arouch et de dispositions relatives à quelques-unes des revendications contenues dans la plateforme dite d’El Kseur. Une fois de plus, le déploiement d’imposants services de police et de gendarmerie tant sur les routes reliant la Kabylie à la capitale qu’au niveau des points névralgiques menant à la Présidence à l’intérieur même d’Alger, outre de décourager la marche, rappelait la détermination du pouvoir à ne pas offrir l’indiscutable caisse de résonance des rues de la capitale à un mouvement dont il peut penser avoir désormais pris la mesure. Ce n’est pourtant pas qu’une déception sinon qu’un échec de plus pour la Coordination des arouch et le contexte dans lequel intervient cette nouvelle marche avortée rajoute, s’il était possible à l’imbroglio. Le communiqué de la présidence de la République, somme toute relativement offensif, marquait le souci de reprise de contrôle d’un dossier sinon d’une situation désormais ramenée à la seule dimension d’affaire intérieure à l’Algérie par l’onde de choc du 11 septembre et de donner à l’opinion nationale l’image rassurante d’un pouvoir qui agit raisonnablement à son heure et sans soumettre sa décision à la pression des événements. En sus des possibles dividendes à glaner sur fond de lassitude d’une partie des populations, et en raison de fissures de plus en plus perceptibles au sein des coordinations. Ces fissures se sont-elles officiellement muées en réelles fractures ? Cette question occupe légitimement les esprits depuis l’annonce par les services du chef du gouvernement désigné comme, on le sait, en qualité d’interlocuteur des arouch par le chef de l’Etat d’une rencontre avec des délégués dont le moins que l’on puisse en dire est qu’ils furent particulièrement discrets pour une si opportune occasion. En l’espèce, sur le fond, l’accélération apparente des événements n’aura fait que confirmer ce qui était explicitement dit par le discours le plus autorisé celui du président de la République lui-même sur la constitutionnalisation de tamazight ou donné à entendre tant par le contenu du prérapport Issad que par les fuites relayées sur les possibles indemnisations ou poursuites judiciaires de responsables d’actes délictueux ou criminels. Au demeurant, c’est à Béjaïa même que le ministre de l’Intérieur Zerhouni avait publiquement rappelé la ligne rouge non négociable, celle de la présence de la gendarmerie comme institution de la souveraineté nationale. Tout semble s’être passé comme si le pouvoir, longtemps acculé par la montée en puissance du mouvement social dont il n’avait pas l’intelligence, avait su refaire surface et dessiner une manière de doctrine qui, tout en concédant sur le terrain formel des libertés, s’adossait plus que jamais aux idées les plus établies sur l’unité nationale et son pendant territorial. Ce retour actif sur la scène de la crise kabyle a sans doute aucun été facilité, pour le moins, par les acteurs émergeants que furent ces instances de coordination au niveau des quartiers et des villages. Le couvert, un temps commode d’une direction arrimée aux décisions de la seule base, a-t-il peut-être nourri des positions politiquement informées, qui eurent à se démarquer de plus en plus publiquement et dont le résultat le plus notable fut la dilapidation progressive de l’immense capital de mobilisation, de sympathie et de la position de force qui en découlait. La coordination des arouch a tôt fait de dénoncer les invités du chef du gouvernement «qui ne représentent qu’eux-mêmes» et «la nouvelle manipulation du pouvoir pour casser le mouvement». Cette logique prévisible de victimisation doit aussi prendre en compte les distances de plus en plus marquées du FFS, récemment encore rappelées par Ali Kerboua et ce n’est pas la lecture que fait le RCD de l’évolution de la situation qui masquera que plus que jamais les arouch sont en appel. En principe, le prochain rendez-vous devrait être pour le 1er novembre et il n’est pas imaginable que d’ici là, clarifications et décantations ne se soient pas faites.

C. B.

 

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