La présidence accepte la plate-forme d’El Kseur, y compris le départ des gendarmes

La présidence accepte la plate-forme d’El Kseur, y compris le départ des gendarmes

Bouteflika recevra les aârchs le 5 octobre

Par Youcef Brahimi, Jeune Indépendant, 1 octobre 2001

Le président de la République recevra en personne la délégation des aârchs à l’issue de sa marche prévue le 5 octobre prochain. Selon des sources dignes de foi, Bouteflika aurait accepté de recevoir une délégation des aârchs en présence du chef du gouvernement. La même source a ajouté que les représentants des aârchs ont été informés par les représentants du Président de l’acceptation de la plate-forme d’El Kseur. L’exigence du départ des gendarmes de Kabylie a pu trouver une solution : les gendarmes seront remplacés par des policiers dans les communes où le sang a coulé. Sept communes de Tizi Ouzou et cinq de Béjaïa sont concernées par la mesure. Néanmoins notre source précise que si le département de Zerhouni s’aventurait à publier un communiqué interdisant la marche du 5 octobre, les aârchs monteraient au créneau en exigeant le départ immédiat du ministre de l’Intérieur.

Les aârchs considèrent le ministre de l’Intérieur responsable de la mort des 60 personnes et du pourrissement de la situation en Kabylie. Seul point de discorde : les aârchs veulent associer les 5 000 à 6 000 délégués à la remise de la plate-forme, tandis que la présidence serait disposée à accueillir, tout au plus, une centaine de personnes. Ce point litigieux est pris en charge pour une solution équitable. Toujours selon notre source, Bouteflika informera officiellement les délégués des aârchs de l’intégration de la langue tamazigh dans le projet de la nouvelle Constitution, en sollicitant par la même occasion le soutien de la Kabylie pour son adoption. Partis pour une course contre la montre, la présidence avec son référendum sur la Constitution et les aârchs avec les différentes pressions et essoufflements, montrent, chacun de leur côté, des signes positifs pour régler définitivement le problème de la Kabylie avant la fin de l’année. Y. B.

Une prochaine Constitution : oui, mais … !

Après Jijel et une partie du territoire Koutama, le président de la République s’envole aujourd’hui pour la Libye où il devra, entre autres activités, rencontrer le président Maâmar El Keddafi. Sera-t-il de retour à temps pour recevoir des mains des représentants des aârchs de grande Kabylie le texte intégral de la plate-forme d’El-Kseur ? Rien n’est moins sûr ! Une chose est pourtant certaine. Une fois rendu à Tripoli, sera-t-il pour autant débarrassé de la fébrilité qui s’est emparée de lui, à chaque fois que quelqu’un a évoqué devant lui la nécessité de changer la supra-loi… Bref, le chef de l’Etat voudrait changer la Constitution en usant du référendum, mais à condition de mener toute sa campagne à terme dans la célérité. Célérité, pas de charge, l’essentiel pour Bouteflika est de pouvoir préparer et lancer le corps électoral à l’assaut des urnes avec la certitude de relever le défi. C’est sans doute pour cette raison que dans les coulisses du pouvoir on parle de plus en plus souvent d’un scrutin référendaire qui se déroulerait avant la fin de ce mois d’octobre. Le 27 octobre prochain, dit-on, sans autres précisions.

Le président de la République est-il prêt à relever un tel défi dans une conjoncture qui, pour le moins qu’on puisse dire, ne lui est nullement favorable à cause du fait patent qui rappelle que, depuis son élection en avril 1999, les observateurs les plus généreux ne lui ont accordé aucun satisfecit sur sa gestion, à ce jour, aucun bilan qui justifierait le recours à un référendum pour changer la Constitution.

Pourquoi demander plus de pouvoirs alors que la Constitution de février 1989 lui en accorde déjà plus que suffisamment ? Car c’est ce qu’il souhaiterait justement obtenir d’une nouvelle Constitution si, d’aventure, il réussissait à imposer son magister à la majorité du corps électoral. Inspiré par l’histoire et les grands hommes qui l’ont animée au cours des derniers siècles, Bouteflika a toujours rêvé, semble-t-il, de graver son empreinte aux grands travaux qu’il aurait souhaité lancer pendant ses mandats. Ses mandats ? Tiens, tiens ! Mais cette préoccupation fait en effet également partie de sa volonté de changer la Constitution.

Davantage de pouvoirs lui permettraient notamment de légiférer par ordonnances sans être obligé de passer par les fourches Caudines de certaines institutions. De son vivant, feu Houari Boumediene avait instauré un régime présidentiel même s’il n’avait été reconnu par les puissances étrangères que parce que l’Algérie était productrice d’hydrocarbures. Bouteflika ne voudrait-il pas instaurer le même régime en tentant d’user d’un système qui n’a de démocratique que le démocratisme qui l’habite depuis le lancement par Chadli Bendjedid du pluralisme politique dont l’exercice devait se pratiquer au sein d’«associations à caractère politique» ?

Quelque chose d’inachevé a empêché jusqu’ici les partis politiques inaugurés par la Constitution de février 1989 de se comporter comme des formations en possession de programmes visant à changer profondément l’Algérie. Timides ou souhaitant pour la plupart jouer le rôle de «parti unique» une fois catapultés avec une forte majorité dans les assemblées institutionnelles, la plupart de ces formations ont misé sur l’agit-prop plutôt que sur un prosélytisme politique profond et durable en vue de changer le cours des choses. Un tel déphasage aidera-t-il le chef de l’Etat à organiser son scrutin pour insuffler un autre métabolisme à sa Constitution ? C’est son souhait le plus cher. En attendant, il faudra bien qu’il se rappelle tout le temps qu’il avait mis à taquiner la prétentaine sans un regard, fut-il hautain, en direction d’une misère qui rongeait méthodiquement les couches les plus défavorisées de la population. Et qui avance inexorablement. Changer la Constitution apporterait-il du bien-être au peuple algérien ? Aucun politologue n’engagerait son prestige à soutenir une telle hypothèse. Aujourd’hui, le président Bouteflika compte beaucoup sur le soutien des partis qui composent la coalition gouvernementale. Reste à aplanir le différend qui oppose le pouvoir aux aârchs de Kabylie qui, rappelons-le, ont décidé le 5 octobre de venir «marcher» à Alger pour lui remettre la plate-forme d’El-Kseur. Le reste est à déguster sur pièce… H. M.

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Tizi Ouzou

La prochaine réunion de la coordination inter-wilayas se tiendra à Béjaïa

Par Saïd Tissegouine

La prochaine réunion de la coordination interwilayas se tiendra à Béjaïa. L’ordre du jour portera sur le bilan de la journée du 5 de ce mois, la saisine des instances internationales (ONU, ONG, etc.), les dépôts de plaintes auprès du TPI (Tribunal pénal international), le projet de pétition nationale pour le soutien à la plate-forme d’El Kseur, «l’explicitation» de cette dernière et les actions devant marquer le 47e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. C’est le principe arrêté à Ath-Djennad. Il restera donc aux Béjaouis juste la confirmation de la date et du lieu exacts de la tenue du rendez-vous des aârchs. Il est à noter par ailleurs que par rapport à la lutte pour la satisfaction du document d’El Kseur, les aârchs de Béjaïa se reconnaissent à travers la coordination intercommunale de leur wilaya.

En effet, le sceau de la légitimité de cette instance a été définitivement approuvé par la coordination d’Ath-Djennad. Ainsi, le comité populaire de Béjaïa est désormais condamné à ne plus prétendre représenter les intérêts des aârchs de Béjaïa dans le cadre de la dynamique du document d’El Kseur.

Et pour preuve, c’est la délégation de la coordination intercommunale, où figure M. Ali Gherbi, qui a participé à la réunion d’Ath-Djennad. S. T.

 

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