El Kseur flambe

Alors que les représentants des comités interwilayas disent que leurs revendications sont non négociables

El Kseur flambe

Un gendarme mort et plusieurs blessés parmi les émeutiers, tel est le bilan inquiétant de la journée d’hier

Merabet Mahmoud, La Tribune, 11 juillet 2001

La ville d’El Kseur a connu hier une nouvelle flambée de violence. Les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre ont connu, en effet, un pic, faisant craindre le pire. Une vingtaine de magasins et de boutiques ont été saccagés à hauteur du marché jouxtant la gare routière d’El Kseur. Des manifestants ont été poursuivis jusque dans les maisons, un fait qui a fait dire à des témoins, dont les affirmations demandent vérification, que des domiciles ont été violés par des gendarmes devenus fous furieux. Selon d’autres témoignages, la mosquée de la ville, dans laquelle des manifestants se seraient réfugiés, auraient subi quelques dommages, la porte d’entrée plus particulièrement. Toute la journée d’hier a été ponctuée par les affrontements : vers 12h00, des jeunes se sont attaqués de nouveau aux gendarmes. Ces derniers n’ont riposté qu’à 14h00 et les premières bombes lacrymogènes sont lancées en direction des émeutiers, des balcons et terrasses des immeubles avoisinant le théâtre des affrontements. A 15h50, un jeune émeutier a été rattrapé par des gendarmes qui l’ont littéralement tabassé, provoquant de nouveaux affrontements encore plus violents au niveau de la cité des 99 logements. A 17h20, c’était particulièrement visible : l’arrivée de renforts en plein centre d’El Kseur a provoqué de violentes échauffourées : une centaine de gendarmes ont envahi la ville. En face d’eux, un grand nombre de jeunes, la rue a été aussitôt transformée en véritable champ de bataille. Selon un bilan provisoire, cinq blessés parmi les manifestants. Plusieurs sources faisaient état également de la blessure grave d’un gendarme qui aurait succombé à ses blessures. Cette information, nous avons pu la confirmer en début de soirée vers 19h00 auprès de sources crédibles. Les artères de la ville d’El Kseur ont été toutes barricadées ou presque : des pneus brûlés et des monticules de pierres bloquaient les issues et les nationales 12 et 26 ont été interdites d’accès. Le plus inquiétant est que les affrontements dans cette ville semblent s’inscrire dans la durée. Au point que tout le monde craint ici, à El Kseur, un pourrissement. En effet, la tension est restée vive depuis la soirée de lundi dernière où les affrontements se sont poursuivis jusqu’à une heure tardive de la soirée. Deux blessés parmi les manifestants y ont été enregistrés ce jour-là. Vers 19h00, deux gendarmes ont été blessés grièvement : l’un grièvement brûlé par un cocktail Molotov, le second contraint de sauter d’une terrasse après avoir été littéralement mitraillé de pierres lancées à l’aide de frondes. Vers 22h22, Gherbi Ali, devenu célèbre depuis que le ministre de l’Intérieur avait évoqué son nom après la marche nationale avortée du 14 juin dernier, a tenté de calmer les esprits. Il a déclaré qu’il n’était pas intelligent ni bon pour le mouvement de s’attaquer à l’escadron de la gendarmerie d’El Kseur. Mais des jeunes ont rétorqué qu’ils ne pouvaient supporter les grossièretés et les injures que les gendarmes leur ont lancées. «Ils se sont introduits dans nos maisons [Cité des 99 logements], ils ont brûlé trois appartements», ont-il ajouté. Ali Gherbi a répondu qu’il fallait arrêter et songer à des actions pacifiques jusqu’à satisfaction des revendications. Mais peine perdue. Dès la fin du meeting improvisé, les jeunes se sont aussitôt attaqués aux gendarmes qui ont riposté par des bombes lacrymogène et tirs de sommation jusqu’à 2h00 environ.

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