Prélude au dénouement de la crise en Kabylie ?

Belaïd Abrika dément l’information sur sa disposition au dialogue

«Je ne suis pas un renégat»

De notre bureau de Tizi Ouzou S. Tissegouine et A. Djamila, Le Jeune Indépendant, 11 juin 2002

Belaïd Abrika, l’un des animateurs de la CADC, a démenti l’information publiée par le Jeune Indépendant, selon laquelle il aurait dit, dans un entretien téléphonique accordé à deux quotidiens arabophones, En-Nasr et El-Ahrar, qu’il était disposé à un dialogue avec le gouvernement pour de nouvelles négociations. Au cous d’une visite hier à notre bureau de Tizi Ouzou, Abrika a déclaré : «Je n’ai jamais eu des contacts, ni de près ni de loin, avec les journalistes d’El-Ahrar et En-Nasr. Aussi, j’ai décidé de porter plainte contre les auteurs de ces calomnies.» Belaïd Abrika considère qu’il est «victime d’une machination grotesque, de pratiques mesquines et de bassesses politiciennes qui obéissent à une logique que le mouvement citoyen a toujours combattue énergiquement». Notre interlocuteur nous a affirmé qu’il se sent «tellement offusqué» par les propos qu’on lui aurait imputés qu’il «exige des excuses publiques de la part de ces journaux et cela pour le compte du mouvement citoyen». Il a tenu, au cours de cette entrevue, à affirmer qu’il n’était pas «un renégat» et qu’il «ne le sera jamais». «Je tiens absolument à mon honneur, à celui de ma famille et à la dignité du mouvement civil né du printemps noir», a-t-il conclu.

Rappelons qu’El-Ahrar (proche du FLN) et En-Nasr (organe public) avaient fait état d’un entretien téléphonique avec Belaïd Abrika dans lequel il «regrettait» que les aârchs n’aient pas pris part aux législatives et considérait que le fait d’«avoir empêché» les citoyens de voter était une «erreur». Pour leur part, les membres de la CADC nous ont fait savoir que «le numéro un de leur struicture [Belaïd Abrika] n’a jamais affiché la moindre intention de négocier la plate-forme d’El-Kseur». M. Belaïd Abrika, qui affirme avoir adressé une mise au point aux rédacteurs dudit article, sans que cette mise au point soit prise en considération, demeure catégorique sur le but escompté par ces écrits.

«L’objectif de cette énième manœuvre est clair, elle vise à porter atteinte aux principes du mouvement citoyen.» Pour lui, le pouvoir, «au lieu de répondre favorablement pour la satisfaction de la plate-forme d’El-Kseur, veut semer la zizanie et le doute en alimentant la psychose…». D’autre part, il a décidé «de poursuivre en justice» les auteurs à l’origine de ces articles qui ont fait tache d’huile dans la région de Kabylie. S. T. et A. D.

En-Nasr confirme l’entretien avec Abrika

«Abrika s’est bel et bien entretenu avec notre journaliste qui suit le dossier de la Kabylie depuis le début», a affirmé hier le quotidien arabophone En-Nasr au Jeune Indépendant. «Notre journaliste connaît Abrika, elle a eu plusieurs entretiens professionnels avec lui. Elle lui a déjà publié une interview et il ne peut y avoir d’erreur là-dessus. Notre journaliste n’a fait que rapporter les propos de Belaïd Abrika. Libre à lui de se rétracter bien que nous n’arrivions pas à comprendre ce revirement», assurait-il encore. R. N.

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Prélude au dénouement de la crise en Kabylie ?

Abrika se dit disposé à dialoguer

Par Mohamed T., Le Jeune Indépendant, 10 juin 2002

Les déclarations ouvertes de Benflis d’aller au dialogue avec les aârchs de Kabylie ont bizarrement été suivies par un changement inattendu de la position d’Abrika. Ce dernier a estimé, hier, dans une déclaration recueillie au téléphone par un journaliste d’El-Ahrar, qu’on dit proche du FLN, que les aârchs ont eu tort de rejeter les élections. Ce radical d’entre les radicaux a été encore plus loin dans son épanchement, en accusant notamment le FFS et le RCD d’attiser le feu dans la région, en appelant notamment à une marche le 14 juin à Tizi Ouzou, une manifestation que les aârchs boycotteront, selon lui, par souci d’éviter que n’interviennent des dépassement dangereux. Il a annoncé par ailleurs que des préparatifs sont en cours pour organiser une autre marche pacifique à l’effet de corriger l’image des aârchs. Au nom de qui a parlé Abrika lorsqu’il a laissé insidieusement entendre que les aârchs tendent à travers leur action à voir l’ensemble des points contenus dans la plate-forme d’El-Kseur satisfaits dans un proche avenir ?

Et à qui s’adresse-t-il lorsqu’il affirme que la situation actuelle en Kabylie connaîtra son dénouement dès que le président de la République décidera de mesures d’apaisement nouvelles dans les prochains jours ? Pour les observateurs avertis, Abrika a soit peu dit, soit trop dit.

Parce que ses déclarations, qui interviennent presque de façon concomitante avec l’expression par Benflis de sa volonté et de sa disponibilité à aller aussi loin que possible avec les représentants des aârchs pour trouver une solution «raisonnable et réelle» à la crise en Kabylie, incitent à croire qu’un schéma de règlement a commencé à connaître un début de mise en branle, dans la perspective des prochaines élections communales. D’ailleurs, Benflis et Abrika y ont fait allusion, le premier en appelant à la participation de tous, le deuxième en laissant entendre que les aârchs ont décidé de ne pas les boycotter. Peut-on dès lors logiquement conclure que le dialogue «serein et responsable loin de toute

pression politique ou autre» auquel a appelé Benflis a déjà commencé ? Quoi qu’il en soit, et sans reconnaître ouvertement que les aârchs n’attendent que cela, des personnalités proches du FLN auraient confié, selon des sources de presse, que des «attentes dans ce sens sont perceptibles», mais sans prêter à Benflis une volonté politique autre que celle nationale de poursuivre la quête d’une solution la plus consensuelle possible pour parvenir à un terrain d’entente.

Pour autant, les manœuvres semblent avoir commencé dans ce sens, et les spéculations aussi, puisque l’on parle d’éventuelles et probables contacts de Bouteflika avec Aït Ahmed à Genève. Et l’on peut parier d’ores et déjà que les membres de la CADC réunis (sans Abrika) pour examiner les déclarations de Benflis sortiront avec des conclusions positives. M. T.