Les détenus de Bouira et de Tizi Ouzou retrouvent la liberté

Après la libération des détenus du mouvement citoyen

Soulagement en Kabylie

El Watan, 6 août 2002

Grands moments d’émotion et de joie hier aux alentours de la maison d’arrêt de Béjaïa. Un accueil enthousiaste et triomphal a été réservé aux détenus politiques du mouvement citoyen — une quarantaine — qui ont tous regagné leur domicile hier. Le groupe des cinq délégués arrêtés lors d’un sit-in le 25 mars dernier, celui des douze animateurs cueillis à Sidi Aïch le 7 avril passé, et toutes les personnes arrêtées dans le sillage des évènements, et non encore jugées, ont ainsi bénéficié de la liberté provisoire.

Tous les détenus condamnés, une vingtaine, ont quant à eux directement bénéficié de la grâce présidentielle, décidée, comme on le sait, dans la soirée de dimanche dernier.L’opinion s’est réveillée hier à Béjaïa avec la confusion induite par de mauvaises lectures du communiqué de la Présidence. Le texte mentionnait en effet qu’une grâce est accordée aux détenus condamnés. Or, tous les délégués des archs arrêtés à Béjaïa n’étaient pas jugés. Ce qui, logiquement, les exclut du droit de bénéficier de la mesure. Ali Gherbi, Farès Oujedi, Khodir Benouaret, Mohamed Bedjou et Azzedine Djemaï, formant le groupe emblématique des délégués arrêtés depuis mars, ont finalement vu leur demande de liberté provisoire accordée après une série de refus. Un accord que d’aucuns lient à une nouvelle volonté politique de dénouer le problème des détenus. Idem aussi pour le groupe des douze délégués arrêtés à Sidi Aïch, parmi lesquels figure Bezza Benmansour, élu APW à Béjaïaet cadre au RCD. Détenu à Kherrata, Mohamed Ikhlef, un «historique» du mouvement des archs, a lui aussi bénéficié de la liberté provisoire hier. Des membres de familles de détenus, et bon nombre de délégués de la Coordination intercommunale de Béjaïa (CICB), se sont massés dès la matinée devant les portes de la prison. Les membres du groupe de Sidi Aïch sont les premier à franchir la porte de sortie de l’édifice. Des bras leur sont grands ouverts et les enlacent l’un après l’autre. Bezza Benmansour, très ému, nous confie son sentiment de soulagement de recouvrer la liberté et de revoir enfin les siens. Il nous fait part également de son sentiment de révolte pour avoir été injustement incarcéré. D’autres délégués soulignent qu’ils restent déterminés à poursuivre le combat. Vers la mi-journée, le soleil de plomb qui écrasait l’esplanade de la prison n’a pas empêché le rassemblement de grossir et de gagner en énergie. Bientôt, on improvise des chants et des slogans rythmés par des «Ulac smah ulac». Successivement, les prisonniers quittaient leur lieu de détention, accueillis à chaque fois par un surcroît de clameur. Mais il devenait de plus en plus clair que c’étaient Ali Gherbi et ses quatre autres pairs qui étaient les plus attendus. Mohamed Bedjou apparaît vers 13 h. L’homme qui a fait dernièrement un séjour à l’hôpital après une chute dans les escaliers de la prison donne l’air d’être en bonne santé. Ses premières déclarations sont des remerciements au personnel de la prison et à la mobilisation de la population. Nassim, le frère de Farès Oujedi, s’impatiente devant le portail devant lequel s’agglutinent aussi les délégués énergiques d’El Kseur, venus accueillir Ali Gherbi. Vers 14 h, Farès Oujedi, Azzeddine Djemaï et Khodir Benouaret sortent enfin. C’est l’explosion de joie. Farès Oujedi est pratiquement étouffé par de viriles accolades alors que Ali Gherbi est porté sur les épaules. Des «Ulac smah ulac» fusent de plus belle, et Benouaret et Djemaï ne retiennent pas leurs larmes. Dans leurs déclarations, tous remercient la population de s’être mobilisée en assénant avec force que le combat continue.Dans une déclaration rendue publique hier, la présidence tournante de la CICB estime que «la libération des détenus est le couronnement de la mobilisation continue des citoyens depuis des mois (…)». «Si cette libération est considérée comme une victoire du mouvement citoyen, elle ne constitue nullement une fin en soi», est-il encore mentionné dans la déclaration qui martèle que «l’aboutissement de la plate-forme d’El Kseur scellée et non négociable reste l’objectif majeur du combat».

Par M. S.

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Les détenus de Bouira et de Tizi Ouzou retrouvent la liberté

La mesure présidentielle en faveur des détenus appartenant au mouvement citoyen est arrivée à point nommé. On commençait à se demander ici si l’affaire des cinq délégués, qui attendaient d’être jugés depuis mars dernier, n’allait pas pour la troisième fois être reportée.

Depuis hier, grâce à la décision du président de la République, cette question est tranchée. Non seulement les cinq délégués retrouvaient hier le chemin de la liberté, mais même les dix autres détenus leur emboîtaient le pas sur ce chemin. Voilà qui réglait le différend qui, selon certains délégués, opposait le juge d’instruction au procureur, l’un voulant que les dossiers des cinq délégués passent devant la chambre d’accusation, l’autre faisant valoir qu’ils relevaient de la criminelle. D’où les renvois successifs de leur affaire. Par ailleurs, ce geste d’apaisement qu’on souhaite qu’il ne soit pas le dernier si l’on veut qu’il ait vraiment un sens a permis de réparer une injustice en rendant la liberté à des jeunes que tout poussait à la révolte et à la contestation. Incidemment, il a mis un terme à une grève de la faim entamée depuis mercredi dernier par une dizaine de détenus. L’un des cinq délégués, Bounadi Oulaïd, que nous avons reçu à notre bureau au sortir de prison, était toujours en grève de la faim. Par ailleurs, presque 40 détenus, dont 33 étaient depuis le 25 mars dernier sous mandat de dépôt, ont été libérés, hier en fin d’après-midi, de la prison de Tizi Ouzou.
C’est suite à la décision du président de la République qui a pris des «mesures de grâce» au bénéfice des délégués condamnés que la libération d‘hier a eu lieu, tandis que les 33 autres détenus, sous mandat de dépôt, ont bénéficié d’une ordonnance de mise en liberté provisoire prononcée par le juge d’instruction qui était chargé de leur dossier, lequel avait, il y a huit jours, suspendu leur audition préliminaire après moins de trois heures.

Par Ali D. et D. B.