La guerre de tranchées des commissions d’enquête

La guerre de tranchées des commissions d’enquête

 

Larbi Graïne, La Tribune, 15 juillet 2001

A suivre les déclarations respectives des présidents de commission d’enquête sur les événements de Kabylie, en l’occurrence celle faite par le Pr Mohand Issad, désigné par le président de la République et celle faite par le Dr Ahmed Bayoud, installé par l’APN, on est tenté par déduire -eu égard aux thèses opposées développées par l’une et l’autre- que tout cela participe plus au brouillage des cartes qu’au souci de l’éclatement de la vérité. Pour nombre d’observateurs de la scène politique nationale, pour lesquels la lutte de clans au sommet de l’Etat n’est pas une vue de l’esprit, cette dualité des conclusions auxquelles sont parvenues les deux commissions n’est que le reflet de cet état de fait. Possible. Mais il semblerait que le Pr Issad n’est pas homme à se laisser faire et sa dernière déclaration à notre confrère le Matin (du 12/07/2001), le prouve bien. Issad, même s’il reconnaît les limites de sa mission du fait de la poursuite des troubles : «Une enquête se fait sur un événement clos», a-t-il fait relever, ne s’est pas empêché de gommer d’un trait les thèses officielles du complot ourdi de l’étranger. Il déclare alors : «Nous avons senti, dès la constitution de notre commission, que ces événements ne sont pas tombés du ciel, que ce n’était pas Dieu qui les a envoyés sur la tête comme un châtiment, mais qu’il y a quelqu’un ou quelques-uns derrière eux.» Issad précise qu’il a «localisé des responsabilités, mais nous avons besoin de retrouver la paix pour que notre commission puisse mener son enquête». Cependant, alors que le professeur, en évoquant l’obligation de réserve, est resté muet sur le contenu du rapport dont il veut réserver la primeur au président de la République, le Dr Bayoud, de son côté, s’est autorisé à donner quelques détails sur l’élimination de Guermah Massinissa. Dans un entretien paru hier dans le journal arabophone El Bilad, le Dr Bayoud parle d’autopsie et d’étude balistique pratiquées sur le corps de Massinissa. Selon lui, «la mort du jeune Massinissa a été provoquée par les balles qui sont entrées dans son corps, je ne dis pas qu’elles ont été tirées, mais je dis bien les balles qui sont entrées dans son corps». Cette précision se voulait une réponse à la question de savoir si la victime avait fait l’objet de tortures de la part des gendarmes. Pour le Dr Bayoud, qui affirme avoir interrogé les gendarmes qui étaient présents à Beni Douala au moment de la mort de Massinissa, il est encore tôt de tirer les conclusions vu que l’enquête se poursuit. A l’opposé du Pr Issad, qui affirme avoir situé les responsabilités, son homologue parlementaire semble dire le contraire. Un nouveau cas isolé ? Peut-être. Le Dr Bayoud met presque en doute, du moins jusqu’à hier, la responsabilité de la gendarmerie dans la tuerie du jeune Massinissa. Il est allé jusqu’à souligner l’inaction du HCA. Il a pris contact avec l’institution présidée par Idir Aït Amrane pour lui demander où en est le travail de promotion de l’amazighité dont il avait été chargé. En outre, le même orateur affirme avoir rencontré le ministre des Affaires étrangères pour connaître éventuellement les liens avec la «main étrangère». Que de contradictions !

 

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