Marche des archs le 8 août / Menaces sur le Festival international

Marche des archs le 8 août / Menaces sur le Festival international

Par Djamel Amrouche, El Watan, 4 août 2001

La Coordination des comités de villages et de quartiers de Tizi Ouzou a réitéré, hier, sa décision de marcher le 8 août prochain à Alger, le jour même du coup d’envoi du Festival international de la jeunesseet de l’étudiant.

Les initiateurs de cette action — ils ne s’en cachent pas — veulent empêcher la tenue de ce Festival, ou du moins le perturber. Un autre moyen, pour eux, de sensibiliser la communauté nationale et internationale sur les évènements sanglants qui ont secoué la Kabylie ainsi que d’autres régions du pays, deux mois durant. Plusieurs commissions ont été installées en vue de mener à terme les détails techniques et organisationnels devant assurer le succès de ce rendez-vous. La plus importante est sans conteste celle chargée de prendre attache avec les représentations diplomatiques étrangères à Alger, en vue de leur demander d’empêcher, sinon de limiter, la participation de leurs délégations respectives à ce Festival. Le contact est prévu pour demain, une déclaration rédigée à la fois en français et en anglais et expliquant les raisons de cette action leur sera remise à cet effet. Au même titre que les délégations inscrites au programme, les médias chargés de la couverture de cet événement international en seront destinataires. «Le texte est fin prêt», nous apprendra un membre de la Coordination des comités de quartiers de la ville de Tizi Ouzou, et met l’accent sur ce qu’il est convenu d’appeler «le printemps noir». Selon les dires d’un de ses animateurs, M. Mazouzi, la Coordination se trouve aujourd’hui confortée dans son action par le rapport de la commission Issad, qui a projeté toute la lumière sur la responsabilité de la gendarmerie dans ces évènements, même si la décision de boycotter ce Festival remonte au conclave d’Illoula, qui a vu s’établir la première plate-forme des revendications du mouvement. C’est dire, pour lui, toute la légitimité d’un mouvement citoyen que le pouvoir n’a pas hésité à réprimer… «Des ONG (M. Mazouzi n’a pas dit leurs noms, ndlr) anglaises notamment, dira-t-il, ont déjà assuré la Coordination de leur soutien, d’ailleurs elles ne prendront pas part à ce Festival (…)» Par ailleurs, la même commission chargée de contacter les ambassades devra séjourner à Alger et jouer aux perturbateurs tout au long du Festival. Sur le plan organisationnel, une équipe a déjà pris attache avec les transporteurs publics et privés en vue de «réquisitionner» leurs véhicules. Pour M. Mazouzi, il s’agit de prévenir le «rush» humain attendu pour ce type de rendez-vous particulier. Optimiste, il dira : «On en attend un peu plus que lors de la marche du 14 juin, nous voulons donner un coup fort et profond.» Ce qui ne pourra se faire sans tous les «à-côtés» qui risquent de survenir ici et là à la dernière minute. La réunion, qui devait se tenir hier en fin de journée, à la permanence de la Coordination à Tizi Ouzou, devait, entre autres, étudier cette question, et prévenir la réaction des services de sécurité. En effet, après le refus signifié par le ministère de l’Intérieur d’autoriser pareille manifestation, l’on s’attend, dans la ville des Genêts, à voir s’installer un dispositif semblable à celui du 5 juillet dernier. «Mais nous serons là, vaille que vaille, dira M. Mazouzi, et nous tiendrons des sit-in là où on nous arrêtera», et d’ajouter : «Nous y resterons toute la durée du Festival s’il le faut, le pouvoir en assumera toutes les conséquences.» La campagne d’information et de sensibilisation dans les communes et villages de Kabylie bat son plein : «Il s’agit de faire connaître à tout le monde nos intentions, et par là d’expliquer ce à quoi il faudra s’attendre.» Ceci dit, le comité populaire de la wilaya de Béjaïa, par le biais d’une déclaration rendue publique hier, a fait part de son intention de se joindre à la marche du 8 août, «par souci d’unité d’action», a-t-il précisé. Car, il faut bien le dire, ledit comité opterait davantage pour «une marche nationale sur Alger», seule action en mesure, écrit-il, d’imposer «le départ de ce pouvoir qui est incapable de satisfaire nos revendications». Celles-ci se résument en «la libération immédiate de tous les détenus à l’échelle nationale, l’arrêt des poursuites à l’encontre des manifestants et le châtiment exemplaire pour les assassins et les bourreaux». Une réunion de la commission de permanence de ce comité est prévue pour ce soir, et devra se pencher sur l’état d’avancement des préparatifs à travers l’ensemble des communes de la wilaya de Béjaïa. «Nous resterons sur la route tout au long de ce Festival, si on nous empêche de passer», dira M. Aïssat.

 

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