Incendie et mutinerie à la prison Boussouf (Constantine)

Incendie et mutinerie à la prison Boussouf (Constantine)

46 blessés dont quatre dans une état grave

De notre bureau Mehdi Sabil, Le Jeune Indépendant, 6 mai 2002

Un important incendie s’est déclaré hier vers 17 heures au niveau de la prison Boussouf, située à la sortie de Constantine. Selon des sources concordantes, des détenus ont mis le feu à leurs matelas provoquant un gigantesque incendie qui s’est vite propagé. A l’heure où nous mettons sous presse, on dénombre 46 blessés dont quatre dans un état jugé grave. Tout au long de la fin d’après-midi d’hier, les éléments de la Protection civile évacuaient les blessés vers le CHU de Constantine et en même temps un impressionnant dispositif sécuritaire a ceinturé le centre pénitencier hébergeant 400 détenus, dont bon nombre ont été transférés de la prison de Chelghoum-Laïd, théâtre, elle aussi, d’une rébellion qui a entraîné la mort de 22 prisonniers. Par ailleurs, de folles rumeurs ont circulé hier à Constantine faisant état d’une tentative de rébellion au niveau de la prison d’El-Khroub, localité située à 16 km du chef-lieu de la wilaya. Mais arrivés sur les lieux, nous avons constaté qu’aucun dispositif sécuritaire n’a été mis en place pour parer à toute éventualité, alors que les éléments de la Protection civile brillaient aussi par leur absence. De même qu’on n’a pas observé la présence des familles des prisonniers. L’agent de sécurité nous a affirmé, de son côté, que «ce qui a été dit est une simple rumeur et qu’aucun incident n’a été enregistré». Pourtant, des informations recueillis sur les lieux parlaient ouvertement d’une tentative de mutinerie qui a commencé tôt dans la matinée d’hier. Des détenus auraient refusé de manger et auraient exigé l’amélioration de leurs conditions de détention, nous a-t-on dit. M. S.

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Alors que l’incendie de la prison d’El-Harrach fait 29 bléssés

Ouyahia parle de phénomène de «contagion»

 

Par Nordine Benkhodja, Le Jeune Indépendant, 6 mai 2002

Avec deux incendies en moins d’une semaine, trois en un mois, l’institution pénitentiaire n’a jamais autant défrayé la chronique. Quatre jours après la tragédie de Serkadji, la prison d’El-Harrach s’enflamme à son tour faisant 29 blessés, 25 parmi les détenus mineurs de l’établissement et 4 autres parmi les gardiens. Transférés en urgence à l’hôpital Zmirli, 16 détenus légèrement blessés regagneront leur cellule, alors que les 4 autres, dont l’état est jugé sérieux, seront envoyés à la clinique des grands brûlés, avenue Pasteur. Cependant, une liste de vingt détenus blessés a été affichée sur un mur faisant face au grand portail de la prison. «A l’origine, une rixe a éclaté entre les détenus mineurs dans l’une des cellules. Les prisonniers ont alors ligoté le prévôt avant de mettre le feu à leurs paillasses.

Ce sont des détenus qui n’ont pas grand espoir en leur justice et ils ont raison de le croire», nous confia Me Brahimi que nous avons rencontré à la sortie du pénitencier. Pour l’avocat, c’est le système judiciaire qui est défaillant.

«La détention préventive est une catastrophe, elle est devenue une condamnation préventive. Comment un ministre de la Justice peut-il fustiger des magistrats sans prendre des mesures ? En fait, Ouyahia se donne bonne conscience à très bon compte», ajoute l’avocat. Me Brahimi ne nie pas que nos prisons ne sont que de simples passoires où tous les interdits passent, mais est-ce là la raison de ces tragédies, s’interroge-t-il. «Je sais que tous les genres de stupéfiants pénètrent dans nos prisons. Ça ne date pas d’hier. Et pourtant on n’avait pas deux incendies en quatre jours. Le grand problème se situe ailleurs. Une justice qui n’inspire plus confiance», poursuit-il. Hier, l’atmosphère était sensiblement moins tendue que celle de Serkadji, mais les familles sont là, les avocats aussi. Les éléments du service d’ordre ont, eux aussi, investi les lieux dressant des barrages à chaque route menant vers le pénitencier. Les cellules 13 et 14, où le feu s’est déclaré, hébergeaient 25 prisonniers, mais pouvait en contenir bien plus, expliquera en substance, samedi soir, le ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia. Il imputera enfin, selon Reuter, la recrudescence de ces incidents à un phénomène de «contagion». Les établissements pénitenciers s’enflamment, l’ordre et la justice se perdent. Ce sont là des évidences qui s’imposent d’elles-mêmes devant un chaos quasi institutionnalisé. N. B.