Procès K. Nezzar / H. Souaidia : Presse française du 1-3 juillet 2002

La « sale guerre » civile algérienne en procès devant le tribunal correctionnel de Paris

LE MONDE | 01.07.02 | 18h45

Le général Nezzar, ex-homme fort d’Alger, accuse de diffamation un ancien officier réfugié en France.

Etrange paradoxe : c’est à un tribunal français que va revenir le soin de trancher une querelle entre militaires algériens et, au-delà, d’éclairer un pan de l’histoire récente du pays. Et pas n’importe laquelle : celle qui a vu, en janvier 1992, l’interruption d’élections législatives que les islamistes étaient en passe de gagner haut la main.
On en connaît les conséquences. L’Algérie a sombré dans une guerre civile qui a fait 100 000 morts (l’estimation est du président Bouteflika) voire davantage, pour l’essentiel des civils. Dix ans après, la violence a nettement baissé mais elle est loin d’avoir disparu.

A l’origine du procès qui s’ouvre, lundi 1er juillet – en principe pour une semaine – devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, quelques phrases lâchées à la télévision française, en mai 2001, par un ancien officier, Habib Souaïdia. Les « généraux », avait-il déclaré, c’est eux les décideurs, c’est eux qui ont fait la guerre. C’est eux qui ont tué des milliers de gens pour rien du tout ». « C’est eux qui ont décidé d’arrêter le processus électoral, c’est eux les vrais responsables [de la guerre civile] », avait-il ajouté. Cette grille de lecture, qui exonère pour partie les islamistes, continue à diviser aujourd’hui la société algérienne en deux camps irréductibles, tout comme ceux qui, en France, s’intéressent au sort de l’Algérie.

Que cette prise de position débouche sur un procès qui s’annonce orageux tient également à la personnalité du plaignant et à celle du prévenu. Habib Souaïdia n’est pas n’importe qui. Militaire en rupture de ban, aujourd’hui réfugié politique en France, il est l’auteur d’un livre qui a fait scandale, à sa sortie, de part et d’autre de la Méditerranée. Dans La Sale guerre (Editions La Découverte), M. Souaïdia raconte avec précision comment, engagé volontaire en 1989, il a été témoin de tortures, d’exécutions sommaires et de massacres de civils dont il attribue clairement la paternité à l’armée.

C’était la première fois qu’un témoignage venu de l’intérieur de l’institution militaire mettait ainsi ouvertement en cause l’armée. D’où le succès du livre en librairie (85 000 exemplaires vendus toutes éditions confondues) et, en avril 2002, la condamnation de son auteur, réfugié politique en France, à 20 ans de prison par contumace par un tribunal algérien pour « participation à une entreprise d’affaiblissement du moral de l’ANP [Armée nationale populaire] et de la sûreté de l’Etat ».

Dans l’entretien accordé à la Cinquième chaîne (ce qui explique que le président de France Télévision, Marc Tessier, est cité à comparaître), Habib Souaïdia ne s’en était pas uniquement pris à l’institution militaire. Il avait eu des mots très durs à l’encontre de celui qui, par sa position, incarnait le régime lorsque l’Algérie a sombré dans la violence, le général Khaled Nezzar. M. Souaïdia l’accusait de crimes et le comparait aux généraux français Massu et Aussaresses.

Aujourd’hui à la retraite, Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense nationale, a donc décidé de porter plainte pour diffamation. Sa démarche, a-t-il précisé, n’engage que sa personne « même si l’enjeu concerne l’Algérie tout entière ».

Et c’est ainsi qu’un tribunal français va devoir se pencher sur une période tumultueuse et dramatique de l’histoire récente de la jeune Algérie. « Il s’agit du premier grand procès du régime militaire algérien », résume l’éditeur de La Sale guerre, François Gèze.

Les débats promettent d’être passionnés. De part et d’autre, les témoins convoqués ont été des acteurs engagés et, pour certains, le sont encore. Défendu par Me Jean-René Farthouat, le général Nezzar a fait citer, entre autres personnalités, un ancien premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, l’actuelle porte-parole du gouvernement, Khalida Messaoudi, le directeur de l’Observatoire des droits de l’homme, Rezzag Bara, une poignée d’universitaires (dont André Mandouze) et quelques journalistes.

Les témoins de la partie adversaire, dont Me William Bourdon et Me Antoine Comte assureront la défense, ne sont pas moins intéressants. Ont été sollicités les historiens Mohammed Harbi et Pierre Vidal-Naquet, la députée du Parlement européen Hélène Flautre, la sœur du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, Malika Matoub, et surtout quatre militaires entrés en dissidence, dont deux appartiennent au MAOL, un mouvement d’officiers libres connu pour ses « révélations » diffusées sur Internet. Au total, pour les deux parties, pas moins de 38 témoins ont été cités.

La situation personnelle du général Nezzar n’est pas faite pour calmer les débats. En novembre 2001, sous le coup de plaintes pour « tortures » déposées par des familles de victimes, il avait dû quitter précipitamment la France où il se trouvait en visite privée. Un an plus tard, il était auditionné par la brigade criminelle et son affaire a fait l’objet d’un « classement sans suite », selon son avocat. Mais une nouvelle plainte contre le général Nezzar a été déposée par six personnes, vendredi 28 juin, auprès du procureur de la République pour « tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ». A l’ouverture du procès, le statut de l’ancien ministre de la défense apparaît à nouveau incertain.

Jean-Pierre Tuquoi
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L’armée algérienne « défend son honneur » en France

RFI, 1 juillet 2002

Le procès en diffamation contre Habib Souaïdia, cet ancien officier algérien, auteur de l’ouvrage à succès La sale guerre qui dénonce notamment les exactions de l’armée algérienne contre des civils depuis l’interruption en janvier 1992 du processus électoral, s’est ouvert lundi après-midi devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Ce procès pour lequel le plaignant n’est autre que le général Khalid Nezzar, ancien ministre de la Défense et l’un des anciens hommes forts du régime algérien, sera dans l’esprit de l’accusation l’occasion de « blanchir » l’armée algérienne. La défense dénonce, elle, « le paradoxe d’un procès où l’accusé, Habib Souaïdia, est un homme extrêmement courageux qui dénonce des faits graves et la victime, une personne suspectée d’avoir couvert des exactions d’une extrême gravité ».

Ce n’est paradoxalement pas pour La sale guerre que Habib Souaïdia est poursuivi en diffamation par le général à la retraite Khalid Nezzar. L’ouvrage, qui a connu un franc succès avec 70 000 exemplaires déjà vendus, avait pourtant provoqué un séisme à Alger. Et même si le livre n’a pas été distribué dans les librairies algériennes, l’ouvrage a suscité un tel émoi que le chef d’Etat-major, le général Lamari, s’était senti obligé de réagir dans un communiqué à ses troupes. Il y dénonçait notamment une opération visant à donner de l’armée « un visage dictatorial » ainsi qu’un « rôle politique obscur et handicapant ». Habib Souaïdia a d’ailleurs été condamné par contumace par un tribunal d’Alger à vingt ans de prison pour « participation à une entreprise d’affaiblissement du moral de l’armée et de la sûreté de l’Etat ».

Même si La sale guerre a été qualifiée de « tissu de mensonges » par les autorités algériennes, le général Khalid Nezzar a choisi d’attaquer pour diffamation son auteur pour une toute autre affaire. Il s’agit d’une déclaration diffusée par la chaîne de télévision française la Cinquième dans laquelle Habib Souaïdia affirme que « les généraux -les véritables décideurs- ont tué des milliers de gens pour rien ». « Ce sont eux qui ont décidé d’arrêter le processus électoral, affirme-t-il, ce sont eux les vrais responsables ». L’ancien officier n’hésite d’ailleurs pas à citer des noms et affirme qu’il ne peut pas « pardonner au général Nezzar » et qu’il faut « juger les coupables ».

L’occasion était donc toute trouvée pour l’armée algérienne de « se blanchir » puisque le général Nezzar veut « un procès politique ». Son avocat affirme en effet que le but recherché est de « faire une large perspective de ce qui s’est passé ces dernières années ». Il s’agit dans l’esprit des autorités algériennes de détruire « le complot médiatique fait au régime ». Pour l’ancien homme fort, « les auteurs de ce complot, qui utilisent Habib Souaïdia comme un simple pion, sont le Front islamique du salut (FIS aujourd’hui dissous) et le Front des forces socialistes (FFS, principal parti d’opposition) ». Le procès qui s’est ouvert lundi à Paris risque donc de traiter d’enjeux de politique intérieure algérienne auprès d’une juridiction bien éloignée du territoire algérien.
Le général Nezzar n’est pas à l’abri de poursuites
Si l’ancien homme fort du régime algérien se présente comme une victime devant le tribunal de Paris, il n’est pas pour autant à l’abri de poursuites judiciaires. Le général Nezzar avait dû en effet en avril dernier quitter précipitamment Paris pour éviter de se retrouver confronté à la justice française. S’appuyant sur la compétence universelle, cette dernière avait en effet jugé recevable des plaintes pour tortures déposées contre lui par trois Algériens. L’affaire avait été ensuite classée puisque selon le procureur de la République « le contenu de la plainte n’a pas permis de d’apporter d’éléments de nature à prendre l’initiative de poursuites à l’encontre du général Nezzar ».Une nouvelle plainte a toutefois été déposée la semaine dernière contre l’ancien ministre de la Défense pour « tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ». Neuf Algériens demandent ainsi au procureur de la République l’ouverture d’une enquête préliminaire pour que « soit procédé à l’interpellation et à l’audition du général Nezzar ». Selon eux, ce dernier a eu jusqu’en 1994 les prérogatives d’un « super chef d’Etat » et « c’est sous sa direction que fût appliquée la politique de répression systématique » du peuple algérien. La justice française va-t-elle donner suite à cette plainte ? C’est ce que se demandent les militants algériens des droits de l’homme.
MOUNIA DAOUDI 01/07/2002

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JUSTICE Procès Souaïdia-Nezzar :
deux visions de l’Algérie

Le journal permanent du nouvel obs (02. juillet 2002)

Lors du procès en diffamation intenté contre lui par le général Khaled Nezzar, Habib Saouïda dénonce les exactions perpétrées par l’armée algérienne.

ace au général à la retraire Khaled Nezzar qui le poursuit en diffamation, Habib Saouïdia, auteur du livre La Sale guerre, a réitéré devant la justice française ses propos contre l’armée algérienne qu’il accuse de massacrer la population de son pays. « L’Histoire vous rattrapera dans votre tombe », s’est écrié l’ex-sous-lieutenant en pointant un doigt vengeur vers l’ancien ministre algérien de la Défense assis devant ses avocats. Khaled Nezzar poursuit Habib Souaïdia pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne La Cinquième lors de l’émission Droits d’auteur consacrée à l’Algérie. Il demande 15.000 euros de dommages-intérêts.
Accusations réitérées
Habib Souaïdia, âgé de 33 ans, réfugié en France depuis avril 2000, n’a cessé lundi de marteler ses accusations de corruption à l’encontre du pouvoir algérien et de ses généraux qui constituent, selon lui, « une seule famille qui décide » du devenir de l’Algérie. « Ils savent très bien que s’il y a une démocratie en Algérie, ce seront les premiers à être jugés », a-t-il expliqué. « Nezzar dit qu’il a sauvé la démocratie de l’intégrisme. Où est la démocratie en Algérie? », s’est-il emporté alors que la majorité du public, qui suit les débats devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, est acquis à sa cause.
Armée algérienne
Des propos vivement contestés par le général Nezzar, pour qui les exactions orchestrées en Algérie sont l’oeuvre des islamistes intégristes, même s’il a reconnu qu’il pouvait y avoir eu des « bavures » commises par l’armée.
Sanglé dans un costume sombre, le général Nezzar, qui refuse d’être pris pour « un apparatchik assoiffé de pouvoir à l’instar de [ses] compagnons », s’en est pris à une presse française qui tente de « faire croire que les odieux massacres perpétrés par les islamistes intégristes seraient l’oeuvre de l’armée algérienne ». « L’armée algérienne n’est pas une armée de barbares », a-t-il affirmé avec force. C’est « une armée populaire confrontée à une situation inédite et difficile avec la guerre contre les intégristes », a-t-il encore fait valoir.
« Eviter la guerre civile »
Celui qui fut l’un membre du Haut comité d’Etat, présidé par Mohamed Boudiaf, chef d’Etat assassiné il y a tout juste dix ans, a justifié l’interruption du processus électoral en 1992. « Il fallait éviter la guerre civile et l' »afghanisation » de l’Algérie. En un mot, un Etat taliban ».
Considéré comme acteur de la tendance « éradicatrice » du pouvoir algérien qui refuse tout compromis avec les intégristes, Kahled Nezzar concentre sur sa personne les attaques de la mouvance « réconciliatrice », animée notamment par Hocine Aït Ahmed, secrétaire général du Front des forces socialistes (FFS), exilé en Suisse.
Nouvelles plaintes
Défendu par Me Antoine Comte, avocat parisien de M. Ahmed, Habib Souaïdia a demandé plusieurs fois à la barre du tribunal la création d’une commission d’enquête. « On trouvera qui sont les responsables de tous les massacres ».
Une nouvelle plainte pour tortures a été déposée vendredi contre le général Nezzar par Mes William Bourdon et Antoine Comte au nom de six plaignants qui l’accusent d’avoir couvert de son autorité le recours à la torture après la proclamation de l’état d’urgence en 1992. Cette plainte qui vise les faits de tortures et actes inhumains au sens de la Convention de New York de 1984, ratifiée par la France, est actuellement à l’étude au parquet de Paris, indique-t-on lundi de sources judiciaires.
Une plainte similaire avait été déposée par les mêmes avocats au nom de trois plaignants l’an passé au mois d’avril. Une procédure classée sans suite mais qui avait conduit le général Nezzar a quitter précipitamment la France où il était venu présenter son ouvrage, « Algérie, échec d’une régression avancée ».

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Le tribunal doit entendre mardi à 9h30 Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien de juin 1991 à juillet 1992. (AP)

FRANCE-ALGERIE Paris : nouvelle plainte contre Nezzar

(01.juillet 2002)

L’ancien ministre de la Défense algérien, qui se trouve actuellement à Paris, est accusé de « tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ».

Une nouvelle plainte a été déposée vendredi à Paris par neuf Algériens contre l’ancien ministre de la Défense algérien, Khaled Nezzar, pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants, a-t-on appris lundi auprès de l’un de leurs avocats, Me William Bourdon.
M. Nezzar, ancien homme fort du régime algérien lors de l’interruption du processus électoral en 1992, se trouve actuellement en France pour assister à partir de lundi au procès qu’il a intenté à un ancien sous-officier de l’armée algérienne, Habib Souaïdia, auteur du livre « La sale guerre ».
De précédentes plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 contre M. Nezzar ont été depuis classées sans suite par le parquet de Paris.
Audition
Les plaignants demandent au procureur de la République l’ouverture d’une enquête préliminaire pour que « soit procédée à l’interpellation et à l’audition du Général Khaled Nezzar ».
Selon eux, M. Nezzar a eu jusqu’en 1994 les prérogatives d’un « super chef d’Etat » et c’est « sous sa direction que fut appliquée la politique de répression systématique des opposants et notamment du FIS (Front islamique du salut, dissous, NDLR) et c’est sous sa direction encore que continuèrent à être commis de façon massive des crimes de torture ».
Raisons politiques
« Les déportations, les meurtres collectifs, les exécutions extrajudiciaires en série et surtout l’utilisation massive de la torture se sont inscrits dans le cadre d’une politique de répression systématique inspirée par des raisons politiques dont Monsieur Khaled Nezzar a été le principal instigateur et artisan », poursuit le texte de la plainte.
Parmi les plaignants figurent plusieurs des personnes qui avaient déjà déposé plainte en avril 2001, dont les membres d’une même famille, ainsi que Lyez Laribi, un étudiant ayant passé plusieurs années en prison en Algérie, une expérience qu’il raconte dans un livre intitulé « Dans les geôles de Nezzar ».

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mardi 2 juillet 2002, 15h04

Un ex-Premier ministre algérien défend le rôle de l’armée

PARIS (Reuters) – Sid Ahmed Ghozali, ex-Premier ministre algérien, a soutenu mardi au tribunal de Paris l’armée de son pays, qui a barré la route du pouvoir aux islamistes après les élections législatives de 1992.

« Notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes, c’était laisser tomber l’Algérie », a-t-il dit à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Il a estimé que l’armée était « le seul rempart contre l’obscurantisme » dans son pays.

Il témoignait au procès en diffamation d’un ancien officier de l’armée algérienne, Habib Souaïdia, qui a soutenu dans un livre intitulé « La Sale Guerre » que les généraux algériens utilisaient la guerre civile et organisaient eux-mêmes des massacres de civils imputés aux islamistes, afin de monopoliser le pouvoir politique et économique.

Pour Sid Ahmed Ghozali, qui était Premier ministre au moment de l’interruption du processus électoral en 1992 et au début de la guerre civile, qui a fait au moins 100.000 morts en dix ans, cette thèse est une invention des islamistes.

« La stratégie de l’islamisme, c’est de s’emparer du pouvoir sur la base de l’effondrement de l’Etat en passant par la déstabilisation de l’armée », a-t-il dit.

Il a affirmé que l’intervention armée de 1992 n’avait pas décidée par les militaires seuls mais avait bénéficié d’un consensus très large dans la société civile et les milieux politiques.

L’ancien président Ahmed Ben Bella lui aurait d’ailleurs dit à ce moment: « Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde ! ».

Le procès contre Habib Souaïdia a été initié par le général Khaled Nezzar, à qui on prête un rôle important dans l’interruption du processus électoral et qui se voit imputer des faits de tortures par des plaignants algériens.

Le procès doit durer toute la semaine. Une vingtaine de témoins au total doivent venir déposer sur les différents aspects de la guerre civile algérienne.

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mardi 2 juillet 2002, 12h48

L’ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali justifie la mise hors la loi du FIS

PARIS (AP) – « Laisser le pouvoir aux islamistes, c’était la fin de l’Algérie ». Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a justifié mardi l’interruption du processus électoral en 1991, au deuxième jour du procès qui oppose à Paris le général à la retraite Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de « La sale guerre ».

En 1991, il n’y avait d’autre choix, a-t-il affirmé que de mettre fin au processus électoral qui avait vu le Front islamique du salut (FIS) arriver en tête des élections législatives avec 26% des suffrages mais 60% d’abstention.

« Le FIS, avec la complicité d’un clan au pouvoir, a manipulé les listes électorales et le scrutin », a-t-il soutenu à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Ce résultat était un vote de « rejet de tous ceux » que le peuple « considérait comme étant responsable des difficultés dans lesquelles » il était, a-t-il poursuivi.

L’interruption du processus électoral n’a pas été décidé par les militaires seuls, a-t-il assuré, car il s’agissait d’une décision « des militaires, du gouvernement et de la société civile d’un commun accord ». D’ailleurs, Ahmed ben Bella, l’un des père de la révolution algérienne lui aurait dit: « Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde ».

L’ancien ambassadeur d’Algérie en France, cité comme témoin à la demande du général Nezzar, a expliqué qu’il n’avait pas voulu être le Chapour Bakhtiar de l’Algérie » dans une allusion au dernier Premier ministre du shah d’Iran avant la prise de pouvoir de l’ayatollah Khomeini.

« L’Algérie n’est pas une république bananière avec d’un côté des militaires assoiffés de sang et de l’autre côté des civils obéissants », s’est insurgé M. Ghozali qui refuse d’être pris pour un « apparatchik » inféodé aux militaires.

Selon lui, les violences islamiques n’ont pas commencé avec l’interruption du processus électoral en 1991 mais remontent bien avant la légalisation du FIS en 1989. « La stratégie des islamistes vise à exploiter les situations de détresse, de frustration et de corruption, qui sont de la responsabilité du pouvoir en place, pour accéder au pouvoir », a-t-il expliqué. Et pour mieux accéder au pourvoir, estime l’ancien Premier ministre, il faut « déstabiliser l’armée, seul rempart aux projets islamiques ».

Les débats se poursuivent mardi après-midi avec l’audition de témoins de la défense et de la partie civile. AP

pas/Bg

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mardi 2 juillet 2002, 11h09

« La sale guerre » de l’armée algérienne devant la justice à Paris

PARIS (AFP) – Un ancien militaire algérien, Habib Souaïdia, auteur du livre « La sale guerre » poursuivi depuis lundi en diffamation à Paris par le général Khaled Nezzar, a répété au dignitaire les graves accusations qu’il porte contre son armée, l’accusant de « massacres » et de « tortures ».

Véhément, souvent confus, l’ancien officier, un petit homme de 33 ans, s’est même fait menaçant à l’encontre de l’ancien ministre de la Défense nationale (1990-1993), lui lançant: « l’Histoire vous rattrapera dans votre tombe ! ».

Assis face à lui, le fixant du regard sans broncher, Khaled Nezzar, 64 ans, a longuement lu un texte. « Au delà des propos diffamatoires à l’égard de ma personne c’est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée (…) que les diffamateurs et leur porte-voix tentent de jeter l’opprobre », a-t-il répliqué.

Principal instigateur de l’interruption du processus électoral algérien en janvier 1992, M. Nezzar poursuit Habib Souaïdia devant la 17e chambre du tribunal correctionnel pour des propos qu’il a tenus lors d’une émission diffusée sur La Cinquième, en mai 2001.

Soutenant la thèse selon laquelle l’armée algérienne organise des massacres dans la guerre civile qui secoue le pays depuis 10 ans, afin de se maintenir au pouvoir, M. Souaïdia avait notamment affirmé que « les généraux » ont « tué des milliers de gens ».

Dans un parallèle avec les exactions commises par l’armée française durant la guerre de décolonisation, il avait aussi lancé: « je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu’ils ont commis comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar ».

Interrogé sur les exactions dont il dit avoir été témoin, il raconte au tribunal avoir vu des militaires brûler vif un enfant de 15 ans après l’avoir aspergé d’essence. « On prend l’enfant, on le met sur une décharge publique, on verse sur lui de l’essence et on allume avec du plastique (…). Quel être humain peut faire ça ? ».

Souaïdia dit également avoir été contraint d’escorter en mars 1993 des militaires déguisés en islamistes dans un village appelé Douar Ez-Zaatria, où ils auraient massacré 12 civils. « J’ai vu ces collègues habillés en civil avec des fusils de chasse, des poignards, portant la barbe et sortir dans des voitures banalisées pour faire la chasse aux Algériens ! ».

Face à ces graves accusations, déjà rapportées dans son ouvrage (environ 70.000 exemplaires vendus), Khaled Nezzar a répondu que « l’armée algérienne n’est pas une armée de barbares ».

Il a aussi longuement justifié l’interruption du processus électoral et le rôle des militaires dans la lutte contre les islamistes. « L’action de l’armée a eu pour but de préserver l’ordre menacé par les islamistes (…). Il fallait éviter l’afghanisation de l’Algérie, en un mot, l’Etat taliban ».

Les avocat de Souaïdia, Mes William Bourdon et Antoine Comte, ont profité de la présence de Nezzar en France pour déposer à son encontre, au nom de neuf Algériens, une nouvelle plainte pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants. De précédentes plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 ont été depuis classées sans suite.

Mardi, les débats reprendront à 09H30 avec l’audition de l’ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali (juin 91-juillet 92), cité par la défense de Khaled Nezzar. Le procès doit s’achever vendredi.
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l’armée algérienne devant la justice française

« Je n’arrive toujours pas à savoir comment on a fait ça »

L’officier Souaïdia a raconté hier la sale guerre des généraux

Par Florence AUBENAS, Libération, mardi 02 juillet 2002

« Pourquoi moi ? » Quand, il y a un an, un ex-sous-lieutenant, Habib Souaïdia, a publié la Sale Guerre, racontant les exactions de l’armée algérienne depuis 1992, il s’attendait à être attaqué en justice, par un général ou un autre. Et rien. « D’autres ont même dit pire que moi. Un ancien officier a écrit un livre où il accuse le général Nezzar d’avoir tué sa femme (1). » A ces mots, la salle de la 17e chambre correctionnelle de Paris sursaute. Tous sauf Nezzar, impassible. Finalement, Souaïdia est devant le tribunal, attaqué en diffamation par cet ex-ministre de la Défense algérien pour une interview diffusée sur TV5.
La salle du tribunal est trop petite. On se bouscule. Ceux qui sont entrés ont du mal à rester assis. L’énervement, l’émotion. Tout le monde sait ce qui va se jouer pendant cinq jours : le premier procès des responsabilités dans une guerre qui a déjà fait 200 000 morts.
Exécutions. « On était la chair à canon. » A la barre, Souaïdia, réfugié en Fran ce, raconte les « Forces spéciales », où il fut officier à partir de 1992. Les viols, la torture, les exécutions. Et sa voix qui se casse pour raconter ce soir parmi d’autres, à Lakhdaria. « Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à savoir comment on s’est retrouvés à faire ça. On est partis en Renault Express avec des collègues. » A bord, un homme et un enfant de 15 ans, « qu’on a sortis de leur maison », accusés de terrorisme. « Quand on arrive à la décharge de la ville, on met l’enfant à poil. Il est attaché avec des fils de fer. » La salle s’est figée dans le silence. « On verse du carburant sur l’enfant, on le met dans du plastique pour que, de lui, il ne reste rien du tout. On allume le feu. Le lendemain, comme toujours, la gendarmerie emballe ce qui reste, comme de la merde. Elle dit : « Les terroristes l’ont tué. » Et la mère du gamin, qu’est-ce qu’elle peut dire ? On avait des ordres, mais les généraux, en Algérie, personne ne peut les accuser. Si c’était une démocratie, c’est lui qui serait jugé en premier. »
De la chaise en face, se déplie 1,90 mètre en costume-cravate. Le président s’inquiète : « On m’a dit que vous étiez malade. Vous pouvez rester debout ? » L’autre opine gravement. Sort un premier papier. Lit : « Je suis le général Nezzar Khaled. » Puis un second, dont il déchiffre tout avec cérémonie, ponctuation comprise. Pour ce haut gradé d’une Algérie toujours prête à s’irriter d’une possible « ingérence étrangère », les raisons d’avoir saisi un tribunal français paraissent un étrange écho aux accusations de Souaïdia : « Une procédure en Algérie aurait été, aux yeux de mes accusateurs, frappée de suspicion au motif d’une justice subordonnée au pouvoir. » A une question d’un avocat de la défense, Antoine Comte, le général commence à se fâcher : « Je vous appelle maître pour ne pas vous appeler autrement. » Comte : « Vous vous croyez où ? Nous sommes dans un Etat de droit, vous devez m’appeler maître. » Dans la salle, des amis de Nezzar murmurent : « Vous vous rendez compte comment on ose parler à un général. »
« Illettré ». Puis William Bourdon, l’autre avocat de la défense, l’interroge sur les déclarations d’un autre général, critiquant ceux qui, comme Nezzar, ont annulé en 1992 le processus électoral que le FIS s’apprêtait à remporter. Et là, le général Nezzar devient le général Nezzar, déclarant : « C’est un illettré. Il a une usine de couvertures et une ligne de transport. C’est normal, depuis l’indépendance, on a des généraux illettrés. »

(1) La Mafia des généraux, par Hichem Aboud
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A Paris, le général Khaled Nezzar défend l’armée algérienne

LE MONDE | 02.07.02 | 16h53

« Si demain il y a une démocratie, c’est vous qui serez jugé », lui lance l’ex-officier Habib Souaïdia.

« Les débats vont déborder », a prévenu le président de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris peu après l’ouverture du procès, lundi 1er juillet. Au départ donc, une plainte en diffamation déposée à Paris par le général Khaled Nezzar, l’homme fort du régime algérien il y a dix ans, contre Habib Souaïdia. Cet ancien sous-lieutenant est l’auteur d’un livre
publié en France, La Sale Guerre (éditions La Découverte) dans lequel il incrimine, à partir de sa propre expérience, le comportement « criminel » de l’armée algérienne dans sa lutte contre les islamistes.
Invité sur une chaîne de télévision, en mai 2001, M. Souaïdia avait eu des mots très sévères à l’encontre du général Nezzar, l’accusant, lui et ses pairs, entre autres choses, d’avoir « décidé d’arrêter le processusélectoral » en 1992 au point de départ de la guerre civile, et d’avoir « tué des milliers de gens pour rien du tout ». Ce sont ces termes qui ont nourri la plainte en diffamation et vont permettre « pour la première fois en France un débat contradictoire sur une guerre qui, ces dix dernières années, a ravagé l’Algérie », selon les mots d’Antoine Comte, l’un des avocats d’Habib Souaïdia. « On est ici pour que se dégage une vérité que le tribunal dira. Ce ne sera pas la vérité historique, mais une certaine vérité », allait dire de son côté le président du tribunal.

La vérité, il y a celle d’Habib Souaïdia. Elle est véhémente, dure, sèche, à l’image de ce jeune officier de petite taille, à la chevelure brune et au teint pâle, paquet de nerfs tendus comme s’il était en mission dans le maquis. « J’aime mon pays. Mais, en Algérie, lance-t-il en agitant ses mains, on n’a pas le droit de parler librement, c’est pourquoi je me suis réfugié en France. On faisait un sale travail pour lequel on n’était pas préparé. J’ai vu des collègues qui s’habillaient en civil, portaient des barbes de trois ou quatre jours, sortaient dans des voitures banalisées et partaient faire la chasse aux Algériens, même pas aux terroristes. J’en ai vu revenir avec des couteaux tachés de sang », dit-il. Il raconte, comme dans son livre, les tortures, les exécutions sommaires d’adultes et d’adolescents, les viols de jeunes filles et de vieilles femmes « par desmilitaires ».

« Je ne suis pas là pour dédouaner les islamistes », précise l’ex-officier avant de se tourner vers le général Nezzar qui l’écoute, la tête légèrement inclinée, impassible, et de lui lancer, à la satisfaction bruyante d’une partie de la salle : »L’histoire vous rattrapera. Si demain il y a unedémocratie en Algérie, c’est vous qui serez jugé. »

Bon tribun malgré son français parfois approximatif, l’ex-officier ne se démontera pas. Que le président ou l’un des avocats de la partie civile l’interroge sur les raisons de sa condamnation à quatre ans de prison par un tribunal militaire pour vols (le désir de vengeance aurait pu dès lors inspirer son livre), qu’il évoque les querelles qu’il a eues avec le »nègre » de La Sale Guerre sur le contenu de l’ouvrage, ou les conditions de son arrivée en France, Habib Souaïdia maintiendra deux heures durant la même ligne : celle qui veut que l’attaque soit la meilleure desdéfenses.

Ce sera également le choix du général Nezzar, dans un autre registre, moins nerveux mais tout aussi ferme sur le fond. Costume de bonne coupe, cravate couleur bordeaux, chaussant de fines lunettes, portant beau malgré ses 67 ans, l’ancien ministre de la défense n’est pas habité par le doute et les remords. Cette armée, où il a fait toute sa carrière, il défend son honneur bec et ongles.

« LEUR PART DE VÉRITÉ »

« Au-delà des propos diffamatoires à l’égard de ma personne », dira-t-il dans une déclaration à la cour, c’est sur elle que « les diffamateurs et leurs porte-voix tentent de jeter l’opprobre. -Or- l’armée algérienne a rempli son devoir », jure-t-il. L’affaire est entendue : « S’il est vrai qu’il y a eu des bavures, ce n’est pas une armée de barbares. »

Accuser ses chefs – et donc lui-même – d’avoir manipulé les institutions et les responsables politiques ne tient pas debout, clame le général. Et d’expliquer que l’interruption du processus électoral en janvier 1992 par l’armée (après un premier tour remporté par les islamistes) ne faisait que répondre aux voux de « la majorité de l’opinion publique ». Comment pouvait-on les connaître ? lui lance Me Bourdon, l’autre avocat d’Habib Souaïdia. « Par des sondages du ministère de la défense », répond tout à trac l’ancien ministre.

Avec un égal aplomb, il jurera que le président Chadli – contrairement à la conviction d’une partie de l’opinion publique – n’a pas été poussé vers la sortie par les militaires, même si un officier supérieur a participé à la rédaction de la lettre de démission. »C’est parce que Chadli était arabisant. Il ne maîtrisait pas bien le français », explique à la barre l’imperturbable général.

De ces événements qui, dix ans après, pèsent sur l’Algérie, il sera question pendant trois jours à partir de mardi 2 juillet, avec le début du défilé des témoins. Une trentaine – un ancien chef de gouvernement, des ministres, des militaires, des intellectuels – sont annoncés et viendront dire « leur part de vérité ».

Jean-Pierre Tuquoi

. ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 03.07.02

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Algérie
Le procès de  » la sale guerre « 

Le Parisien, 02/07/2002

EN PRINCIPE, il s’agit d’un banal procès en diffamation. Seulement voilà : à la veille, ou presque, du 40 e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet, un tribunal français est appelé à se prononcer sur une affaire dont les deux protagonistes sont des militaires algériens. Le général Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, longtemps considéré comme l’homme fort d’Alger, estime son honneur bafoué par un sous-lieutenant. Son nom : Habib Souaïdia. Dans son livre  » la Sale Guerre  » (la Découverte), Souaïdia accuse l’armée algérienne de massacres dont, depuis douze ans, les groupes armés islamistes sont tenus responsables. Plus : il a affirmé que ce sont les généraux (dont Nezzar) qui, en janvier 1992, ont  » arrêté le processus électoral « . Furieux, Nezzar a porté plainte pour diffamation. Mais, hier, devant la 17 e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, personne n’est dupe. La question est :  » Qui tue qui en Algérie ? « .  » Vider l’abcès  » Le sous-lieutenant Souaïdia, c’est  » David contre Goliath « . Condamné à quatre ans de prison pour vol qualifié, rayé des cadres de l’armée, il s’est réfugié en France et y a écrit son réquisitoire implacable. Petit (1,62 m), il raconte :  » Depuis 1992, il y a eu 200 000 morts, 7 000 disparus, des milliers de torturés. J’ai assisté à l’exécution d’un enfant de 15 ans. On a versé sur lui du kérosène. Un autre homme était attaché. Lui aussi, à poil. Ils ont allumé avec du plastique, pour que ça brûle mieux  » En face de lui,  » Goliath  » : le général Khaled Nezzar, 67 ans, costume de bonne coupe, lunettes, moustache, cheveux poivre et sel. Une carrière impeccable. Il a rejoint l’ALN (l’Armée de libération nationale) en 1958, pour devenir, trente ans plus tard, tout puissant ministre de la Défense. S’il est là, c’est, lance-t-il,  » pour vider l’abcès  » : car  » au-delà de ma personne, c’est tout un peuple, son gouvernement et son armée sur lesquels les diffamateurs tentent de jeter l’opprobre « . Selon lui, Souaïdia, sous influence d’intellectuels français, ne fait que répéter les thèses du Front islamiste du salut (FIS). Le vieux soldat nie être  » un apparatchik assoiffé de pouvoir « .  » L’armée algérienne, insiste-t-il, n’est pas une armée de barbares.  » Les débats se poursuivent aujourd’hui.
Catherine Tardrew
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mercredi 3 juillet 2002, 19h36

Un ex-haut officier compare les méthodes de l’armée à celles des terroristes

PARIS (AP) – Au jeu du « qui tue qui » en Algérie, le tribunal correctionnel de Paris, qui juge depuis trois jours la diffamation opposant Khaled Nezzar, général à la retraite, à Habib Souaïdia, auteur de « La sale guerre », doit perdre son latin: mercredi, un ex-colonel de la Direction des renseignements et de sécurité (DRS), Mohamed Samraoui, 52 ans, cité par la défense de M. Souaïdia, a accusé l’armée d’avoir utilisé les méthodes terroristes pour lutter contre les groupes islamistes.

Un an et demi avant l’interruption du processus électoral en 1991, l’officier explique qu’on leur a demandé de se consacrer à la lutte contre l’intégrisme en infiltrant les groupes existants.

« On avait crée des groupes, on avait infiltré. On se retrouvait avec des vrais groupes et des faux groupes. A un moment, l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui ».

Interrogé sur ces faits, le général Khaled Nezzar n’a pas nié le principe des infiltrations des groupes islamistes mais a réfuté leur instrumentalisation par l’armée.

Le général à la retraite, a admis que lorsqu’il était ministre de la Défense de 1990 à 1993, « c’est clair qu’il y a eu une tentative d’arriver au pouvoir avec le FIS », le Front islamique du salut. Toutefois, il ne dit pas qui dans l’ombre du pouvoir a joué ce jeu.

Mardi, Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a tenu des propos similaires en accusant le FIS et un « clan au pouvoir » d’avoir manipulé les listes électorales et le scrutin ».

M. Samraoui, exilé depuis 1996 en Europe a ajouté que les militaires avaient arrêté « à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les violences ».

Omar Bendera, ancien conseiller du gouverneur de la banque d’Algérie, a souligné devant le tribunal que l’interruption du processus électoral avait coïncidé avec l’arrêt du processus économique; et qu’un petit groupe de généraux allouaient à leurs inféodés des prébendes financières.

Reprise des débats jeudi matin à 9h30. AP

pas/Bg
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Procès Souaïdia: un haut-gradé accuse l’armée de méthodes « terroristes »

PARIS, 3 juil (AFP)

Pour la première fois depuis le début du procès en diffamation à Paris de l’ancien sous-lieutenant algérien Habib Souaïdia, un ex-haut gradé de l’armée, colonel dans les services de renseignements, a accusé ses supérieurs « d’utiliser les méthodes des terroristes » contre les islamistes. Les témoins cités par les défenseurs de M. Souaïdia, poursuivi en diffamation par l’ex-homme fort du régime le général Khaled Nezzar et qui dans son livre « La sale guerre » accuse l’armée de massacres, n’étaient pas, jusqu’à présent, des militaires de haut rang.
L’ex-colonel Mohamed Samraoui, 52 ans, entré dans l’armée en 1974, a lui été jusqu’en septembre 1992 l’adjoint du général Smaïn Lamari, n°2 du Département des renseignements et de sécurité (DRS), avant de rejoindre jusqu’en janvier 1996 l’ambassade d’Algérie en Allemagne.
Réfugié en Europe et s’exprimant pour la première fois publiquement en France (il avait donné en août 2001 une interview à la chaîne qatariote Al Jazira), il raconte qu’à partir de novembre 1990 l’armée a commencé à « infiltrer » le FIS (Front islamique du Salut).
Ce travail des militaires, qui a commencé avant l’interruption du processus électoral (en janvier
1992), revenait notamment à « créer la division », »amadouer » ou « corrompre » les islamistes, poursuit le militaire. Le but: « casser le FIS en leur attribuant des actions ».
Deux opposants à assassiner en Allemagne Mais au bout d’un moment l’armée n’a plus maîtrisé ses « créations ». « On avait créé des groupes, on avait infiltré et on se retrouvait avec des vrais et des faux groupes. A un moment l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui, qui était ami, qui était ennemi », raconte-t-il.
Parallèlement à ces opérations, l’armée a « arrêté à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes », dans le but de terroriser les populations civiles. « C’est à ce moment que j’ai commencé à penser que l’on cherchait à radicaliser l’islamisme », dit-il. Invité à répondre à ces graves accusat ions, le
général Khaled Nezzar prend la parole très calmement et courtoisement devant cet officier qu’il connaît et qui lui donne du « mon général » malgré son entrée en dissidence.
« Les infiltrations, c’est un travail de tous les services! », lance doctement M. Nezzar, qui admet qu’il existait aussi des « contacts au plus haut niveau » entre les responsables du pouvoir et ceux du FIS. Samraoui poursuit son récit: appelé à rejoindre l’Allemagne comme diplomate pour continuer sur le sol allemand la lutte contre les intégristes, il raconte qu’en 1994 le général Smaïn Lamari est venu le voir pour lui demander « de coordonner l’assassinat de deux opposants », dont Rabah Kébir, le chef de l’instance exécutive du FIS à l’étranger (assassinat qui finalement n’aura pas lieu). Cette fois Khaled Nezzar ne le contredit pas.

Suite du procès jeudi à 09h30.