Ce n’est pas encore fini !

Après le verdict dans l’affaire Nezzar-Souaïdia

Ce n’est pas encore fini !

Le Matin, 29 septembre 2002

Débouté ? Renvoyé dos à dos ? L’action intentée en diffamation devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris par le général Khaled Nezzar contre l’auteur de La Sale Guerre, Habib Souaïdia, ne manquera pas de susciter des réactions. Les avocats du général promettent de mettre en pièces dans les prochains jours la notion de  » bonne foi  » attribuée par le tribunal aux propos de Souaïdia. Retour sur un procès qui n’a jamais fait l’unanimité au sommet de l’Etat algérien mais qui a permis d’ouvrir le premier débat public sur ces dix dernières années et sur la violence islamiste.

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi Habib Souaïdia (33 ans), un ancien officier algérien poursuivi en diffamation par Khaled Nezzar (64 ans), l’ancien ministre de la Défense. Il a estimé que les propos de Souaïdia  » n’ont pas excédé les limites de la tolérance qui doit être autorisée en la matière et ressortent de la liberté d’expression « , et  » Nezzar doit admettre que le caractère particulièrement dramatique de la situation algérienne autorise des sujets comme Souaïdia à faire part de leur expérience « . Pour la justice française,  » il n’appartient pas au tribunal de se prononcer sur la véracité des thèses soumises à son appréciation et seule l’Histoire jugera « . Souaïdia défend une thèse selon laquelle les généraux algériens, qui détiennent de fait tout le pouvoir politique et économique en Algérie, ont pris prétexte de l’islamisme pour renforcer leur emprise sur le pays et vont jusqu’à organiser eux-mêmes les massacres de civils imputés aux maquis islamistes. Lors d’une émission sur la chaîne française La Cinquième, il a lancé :  » Chez nous, les hommes politiques sont des généraux, c’est eux qui décident (), eux qui ont fait cette guerre, tué des milliers de gens pour rien du tout.  » Faisant un parallèle entre la guerre d’indépendance contre l’armée française et la situation algérienne depuis janvier 1992, il a déclaré :  » Je ne peux pardonner au général Massu ou au général Aussaresses les crimes qu’ils ont commis, comme je ne peux pardonner au général Nezzar. () Ce sont des lâches qui en profitent.  » Nezzar, qui est convaincu que cette  » affaire  » a été créée et entretenue à partir de l’Algérie, soutient que l’armée algérienne a sauvé la démocratie en Algérie. Elle demeure le seul rempart de protection de la population contre la guérilla islamiste et elle ne se laissera plus jamais faire, avertit-il en rappelant que le général Lamari et toutes les unités combattantes le soutiennent pour faire barrage à la campagne montante contre l’armée algérienne. Durant les cinq jours d’audience, du 1er au 5 juillet dernier, Khaled Nezzar n’a pas caché que son procès contre Souaïdia est davantage une affaire d’Etat qu’une histoire d’insulte. L’ex-ministre de la Défense appuyé par les militaires algériens était parti à Paris pour  » laver  » l’honneur de l’armée algérienne contre les accusations d’exactions, de manipulations, de massacres. Des accusations qui revenaient à chaque tentative des dirigeants du Front islamique du salut (FIS dissous) de sortir la tête de l’eau. Nezzar avait d’ailleurs annoncé son intention de poursuivre Souaïdia devant la justice française, le 22 août 2001, dans une conférence de presse à Alger. La poursuite ne portera pas sur le contenu du livre, qualifié de  » tissu de mensonges « , mais sur des déclarations de Souaïdia à La Cinquième. Tout en déclarant déjà comprendre ceux qui s’interrogeront sur cette  » ironie de l’histoire  » qui fait que des  » enjeux de politique intérieure algérienne pourraient être débattus devant une telle juridiction « . Aujourd’hui, après ce procès, on le sait, l’Algérie n’a pas lavé son linge sale. Déboutés au niveau de la CDH à Genève, la FIDH et ses alliés islamistes vont-ils récidiver après la présentation en avril prochain par l’Algérie de son rapport annuel sur les droits de l’Homme ? Vraisemblablement. D’autant que les lords britanniques en visite en septembre à Alger n’ont pas hésité à déclarer aux officiels algériens que la situation des droits de l’Homme se dégrade depuis trois ans. Bien avant l’affaire Nezzar, la FIDH et les islamistes ont mené une campagne féroce sur la base du récit de La Sale Guerre pour sensibiliser l’opinion française et européenne dans le but de juger les généraux algériens accusés de tous les maux.

Djamel Boukrine

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Khaled Nezzar :  » Je n’ai pas perdu « 

 » Je m’attendais à ce que la justice française nous renvoie dos à dos. Il faut dire que mon objectif n’a jamais été de chercher la condamnation du félon Souaïdia () qui m’a donné l’occasion de faire entendre à l’opinion publique étrangère un autre son de cloche que l’éternel discours véhiculé par le binôme FFS-FIS et quelques trotskistes « , a affirmé hier Khaled Nezzar dans les colonnes de notre confrère La Nouvelle République. Ce n’est pas la première fois qu’il tient ces propos ou qu’il annonce que  » les grands enjeux  » qu’ils s’était fixés en poursuivant en justice Souaïdia ont été atteints. Comme la vision de l’arrêt du processus électoral.  » Il n’y a plus une seule thèse qui domine les débats en France « , affirme celui qui a régulièrement soupçonné les détracteurs de l’institution militaire de  » vouloir remettre sur selle le FIS et la question du « Qui tue qui ? » « . Le général à la retraite a assuré à ses amis et détracteurs qu’il a  » le soutien des politiques et des militaires  » dans ce qu' » il entreprend et dit « .  » La balle est désormais dans le camp de tous ceux et celles qui ont soutenu l’arrêt du processus électoral et qui doivent maintenant se  » regrouper  » pour faire barrage aux partisans du retour du FIS et de la question du « Qui tue qui ? » « . Nous sommes tous dans la même tranchée. Il est temps de passer à la seconde phase. Il est temps que les Algériens réalisent qu’on veut quelque part, ici et ailleurs, s’en prendre à la colonne vertébrale du pays qui a fait face au terrorisme islamiste. Ce n’est pas ma modeste personne qui est visée, ni ceux qui ont pris part à la réunion de Aïn Naâdja en 1991 pour l’arrêt du processus électoral. La plupart ne sont plus en activité « , a déclaré au Matin (édition 3008) l’ex-ministre de la Défense.

La presse française  » C’est une affaire algéro-algérienne  » La Sale Guerre renvoyée au jugement de l’histoire, écrit Le Monde qui considère que Khaled Nezzar n’a pu laver l’honneur de l’armée algérienne devant la justice française et faire reconnaître sa vérité sur la crise algérienne qualifiée de  » guerre civile entre les islamistes et le Pouvoir « . Le quotidien français reprend de larges extraits des attendus du jugement en faisant la part belle à ceux favorables à Habib Souaïdia en tant que  » témoin privilégié des événements  » et bénéficiant de  » la bonne foi « . Sur le fond, conclut Le Monde, le tribunal renvoie les deux parties dos à dos mais au nom  » du droit à la liberté d’expression « . Libération rappelle  » les plus de 100 000 morts et les milliers de disparus  » avant de rendre compte du procès dont il qualifie le verdict, reprenant partiellement les propos de Souaïdia, de  » premier petit pas « . Vers où ? Souaïdia a fait part de son souhait de voir les généraux algériens devant la Cour pénale internationale. Vendredi, écrit le quotidien français, qui a fait sien le parallèle établi par Souaïdia entre les exactions commises par les généraux français durant la guerre d’indépendance et celles des généraux algériens après l’arrêt du processus électoral, le tribunal a débouté le général et reconnu la bonne foi du lieutenant. Le journal de José Garçon est revenu sur  » les ondes de choc et les déballages  » qui ont continué cet été en Algérie. Il voit en Nezzar un chercheur de coupables  » à l’intérieur des cercles du Pouvoir  » dans un pays  » aux interminables querelles internes  » entre la Présidence et l’armée. D. B.

 

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