Du chat et de la souris

DU CHAT ET DE LA SOURIS

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Alger, 4/05/01 – Les émeutes en Kabylie ont été, tout au long de la semaine, l’événement majeur dans la presse arabophone algérienne et ont souvent fait la  » une  » des journaux londoniens. La couverture factuelle des évènements l’a largement emporté sur les analyses ou les commentaires. L’un des commentaires les plus acides est celui d’El-Quds Al-Arabi, affirmant que l’Algérie avait besoin « d’un déluge qui emporte ce régime et non d’une commission d’enquête ».

Avant d’être contraint par les évènements à faire un « discours à la nation », jugé « peu convaincant » par la presse londonienne, Bouteflika en a fait un devant les « cadres de la nation » dans lequel il n’a pas évoqué la Kabylie. Asharq-Al-Awssat souligne l’importance accordée par Bouteflika à la révision de la constitution et sa propension à regarder dans le rétroviseur. Accusant ses prédécesseurs d’avoir « dévié », Bouteflika s’est affirmé hostile à une « ouverture démocratique qui n’est en fait qu’un dérèglement moral »

De cette longue intervention, Al-Hayat a retenu l’aveu de Bouteflika de s’être « trompé à l’égard du peuple ». Par contre, Bouteflika est sans concession à l’égard de ceux qui ont en charge l’Etat et la sécurité publique. « L’Etat qui laisse les terroristes grouiller dans les montagnes comme ils veulent n’est pas un Etat, l’état qui permet à la maffia de monopoliser le commerce extérieur n’est pas un Etat ».

Avant son retour brusque à Alger, Khaled Nezzar n’a pas résisté « au péché mignon des responsables algériens, dont Bouteflika, qui consiste à attaquer Chadli Bendjedid ». Un proche du général exprime dans Esharq-al-awssat des inquiétudes sur le précédent de la plainte contre l’ancien ministre de la défense : « nul ne s’attendait à ce que les choses évoluent si vite et que ce qui n’était que discours et vagues menaces devienne une réalité gênante ». Pourtant, affirme El-youm, Nezzar promet de se rendre à Paris dans deux mois et avec un passeport ordinaire.

Toute cette publicité autour de l’ancien ministre de la Défense lui vaut pourtant de fermes rappels à l’ordre. Une « source » des services secrets s’en prend, dans Ezzaman, à ces retraités qui continuent de prétendre parler au nom de l’institution militaire et confirme que le départ du général Tewfik n’est qu’une « rumeur ».
Pour le journal, Nezzar fait, en fait, partie de la vieille garde qui est gênée par la modernisation de l’armée et par la volonté de celle-ci de se retirer du jeu politique. En fait de rumeur, Al-Quds en colporte encore au sujet du patron des services qui serait resté  » reclus chez lui durant trois ou quatre jours  » et, surtout, sur de graves dissensions entre l’armée et Bouteflika, qui a refusé la convocation du Haut Conseil de Sécurité.

Sur la même page, un entretien avec Lahouari Addi évoque le jeu du  » chat et de la souris  » de Bouteflika avec les chefs de l’armée. Pour le sociologue, le président algérien fait fausse route : « En politique, il n’y a pas de place pour le Roi et les faiseurs de rois. Il lui faut mettre à la retraite les généraux Lamari Mohamed, Tewfik Médiène et Lamari Smain et les remplacer par des colonels à qui il donnera le grade de général pour qu’ils lui soient fidèles. Au lieu de cela, il joue les divisions entre les généraux, mais cela ne règle pas le problème, car il sera toujours prisonnier du clan victorieux »

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