300 livres interdits au Salon International du Livre d’Alger, mais « ce n’est pas de la censure »

300 livres interdits au Salon International du Livre d’Alger, mais « ce n’est pas de la censure »

Aïssa Bouziane, Maghreb Emergent, 20 Septembre 2012

Le 17ème Salon international du livre d’Alger (SILA) a fait l’évènement dès son inauguration, mercredi, par le président Abdelaziz Bouteflika. C’était, en effet, la première fois que le Chef de l’Etat effectuait une sortie publique depuis les rumeurs sur son état de santé. On a donc plus parlé de sa santé que de livres, avant l’ouverture du Salon au public, à jeudi 20 septembre.

Près de 300 titres ont été interdits au 17ème salon du livre d’Alger, inauguré mercredi par le président Abdelaziz Bouteflika. Mme Khalida Toumi, ministre de la Culture, a déclaré jeudi matin, au cours d’une émission de radio, qu’il s’agissait d’ouvrages « liés à la base idéologico-politique du terrorisme » refusant le qualificatif de « livres religieux » qui comprend, selon elle, des milliers de livres disponibles en toute légalité.

Mme Toumi a également refusé d’utiliser le terme « censure ». Pour elle, il s’agit simplement d’appliquer la loi et la règlementation algériennes, qui interdisent « les écrits faisant l’apologie du terrorisme, du racisme, du colonialisme, etc. ».

La ministre de la Culture a relevé les paradoxes du salon du livre d’Alger devenu, selon elle, « le plus grand salon d’Afrique et du monde arabe en termes de fréquentation ». Selon Mme Toumi, il dépasse même celui de Paris en termes de fréquentation, mais ce critère n’est pas le plus significatif. « Il faut que le Salon du livre prenne une orientation plus professionnelle » pour être « dédié aux professionnels ». Ceci passe, selon elle, par la signature de contrats, la cession des droits, afin, notamment, de faire baisser le prix des livres en langue française commercialisés en Algérie.« Le prix des livres importés, c’est parois de la folie », a-t-elle dit.

En raison du niveau des prix, relativement élevé en France, et de la parité dinar-euro, le prix des livres édités par les entreprises françaises sont, de fait, excessivement élevés pour le lecteur algériens. Pour le livre scientifique et technique, la situation est encore plus complexe. Il y a près de deux millions d’étudiants en Algérie, dont la moitié suit un cursus technique en langue française. Pour eux, l’accès aux livres devient un handicap sérieux, selon Mme Toumi.

Peu de maisons d’édition d’envergure

La ministre de la Culture prône la conclusion d’accords pour que la fabrication de livres puisse se faire en Algérie, où tous les intrants nécessaires sont exemptés de taxes, ce qui offre une opportunité de partenariat. Elle a cité la maison Hachette, dont le représentant a déclaré mercredi qu’il était prêt à céder les droits pour que les livres soient fabriqués en Algérie.

Mais les entreprises algériennes ont peu investi ce créneau de la délocalisation des firmes françaises. Malgré des avantages comparatifs évidents et une proximité du marché français, il y a très peu de coopération dans ce domaine. Les maisons d’édition françaises préfèrent vendre des livres sur un marché acquis, alors que les maisons d’édition algériennes ont un niveau de chiffre d’affaires qui ne permet pas de payer les droits des livres de valeur.

Sur 250 maisons d’édition algériennes présentes au Salon du Livre, moins d’une dizaine disposent d’une véritable organisation couvrant tout le processus, de la recherche d’auteurs à la promotion des livres. Mais Mme Toumi a estimé que l’existence de ces entreprises est en soi une « victoire culturelle et économique ».

Aucune maison d’édition algérienne n’est sérieusement implantée dans les autres pays maghrébins. Le Salon du livre d’Alger constitue une des rares occasions pour les Algériens de découvrir les écrivains maghrébins. Mais cette année, ce ne sera pas le cas : l’invité sera … l’Algérie, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance. Les écrivains à l’honneur seront donc les écrivains algériens qui ont pris part ou vécu la Guerre de libération, parmi lesquels Rachid Bouedjdra.