Malika Matoub, presidente de la Fondation Matoub

« Nous préparons un tribunal populaire pour rendre justice »

Malika Matoub, présidente de la Fondation Matoub

Amine Yaiche,La Tribune, 12 août 2000

Durant la conférence-débat animée, jeudi dernier, a Draa El Mizan, par Malika
Matoub, présidente de la Fondation du même nom, a clairement exprimé qu’elle
ne se fait guère d’illusions sur l’instruction ouverte par l’institution
judiciaire concernant l’assassinat de Matoub Lounes, depuis plus de deux
ans. Comme à son habitude, elle a décortiqué la chronologie des faits liés à
l’assassinat de son frère, en signalant toutes les contradictions, les
négligences et les défaillances dans la procédure de l’enquête. Qualifiant de
« mascarade » la soi-disant reconstitution des faits en l’absence des
principaux témoins, par l’institution judiciaire, le 07 juin dernier, Malika
Matoub s’étonne que le juge d instruction chargé de l’affaire, ne connaisse
même pas le lieu du crime, deux années après l’assassinat. Pas d’étude
balistique, ni d’audition des principaux témoins, mutation des gendarmes qui
ont établi l’enquête de l’assassinat sont les carences relevées par Malika et
qui font que « le dossier de l’instruction soit vide ». « Il n’y a que la
reconstitution véritable des faits qui pourra nous dire comment et pourquoi
la voiture, criblée de 78 balles, était-elle garée après le guet-apens, comme
si elle venait de faire un parfait créneau, avec le frein à main tire ? »,
s’interroge-t-elle.

Face à l’inertie de la justice algérienne, il ne reste à la
Fondation, dit-elle, que le recours à un tribunal populaire, dont les
conclusions et le verdict seront rendus publics. Les dernières déclarations
de Nadia Matoub, rejoignant les thèses développées depuis deux ans par la
Fondation, confortent Malika dans son espoir de connaître un jour prochain,
les auteurs mais aussi les commanditaires qui ont planifié l’assassinat de
Lounès. Elle a eu la gentillesse de nous accorder cet entretien

La Tribune : Où en sont les initiatives de la fondation depuis l’expiration,
le 25 juin dernier, de l’ultimatum à la justice de faire la lumière sur
l’assassinat de Lounès ?

Malika Matoub : Nous nous y préparons activement. Nous avons montre, démontré
même, à l’opinion le 25 juin dernier, lors de notre marche a Alger, jusqu’où
nous pouvons aller avec l’engagement du président de la République. Après ce
qui s’est passé (la fin de non-recevoir de la Présidence, NDLR), nous
maintenons l’idée d’un tribunal populaire qu’il faut préparer.

Quelle sera la tâche de ce tribunal ?

Ce tribunal aura déjà à dévoiler ce que n’a pas fait la justice algérienne.
Il y a déjà une investigation qui est faite par la fondation. Nous avons
avancé par rapport au dossier de l’instruction, nous rendrons public l’état
d’avancement de ce dossier, et que chacun assume ses responsabilités.

Vous avez commenté durant votre conférence des déclarations faites par Nadia
Matoub, votre belle-sour, au journal Libération, le 26 juin dernier ?

La déclaration de Nadia est claire : elle dit avoir été obligée à dire que
c’est le GIA qui a assassiné Lounès. Elle a aussi parlé du visa qui lui était
promis par des responsables du RCD, qui le faisaient volontairement traîner.
Ce sont ces mêmes personnes dont Nadia parle qui m’attaquent moi-même en
justice ce mois de septembre, en diffamation, pour avoir dit, lors d’une
conférence à Bejaia, que les papiers de mon frère (le passeport de Nadia pour
lui obtenir le visa, NDLR) étaient détenus par Nordine Ait Hamouda, Said Sadi
et Amara Benyounes, l’actuel ministre de la Santé. Pour avoir dit cela, M.
Ait Hamouda m’attaque pour diffamation, alors que je n’ai rien dit de
diffamatoire. Il y a eu tout de même une avancée considérable dans cette
quête de vérité, c est que l’opinion, la presse, même la classe politique ont
compris que l’assassinat de Lounès est un crime politique.

Les révélations tardives de votre belle-sour suffiront-elles à établir toute
la vérité sur l’assassinat de votre frère ?

Non, pas du tout, tant qu’il n y aura pas d’étude balistique et de
reconstitution des faits afin d’arriver aux commanditaires de l’assassinat de
Lounès. Jusqu’à maintenant, c’est beaucoup plus des présomptions et en même
temps il y a des non-dits, des gens qui bloquent cette instruction. Ils
seront interpellés publiquement pour leur demander des explications, pourquoi
ils ne veulent pas de cette enquête. Au risque de me répéter, après le 25
juin dernier, j’ai tenu une conférence à la maison de la presse Tahar Djaout
où un journaliste me dit qu’une certaine classe politique est contre
l’enquête. Je retourne la question : Quelle est cette classe politique ? Un
parti ? Tout le monde le connaît : c est le RCD.

Pour quand prévoyez-vous la tenue de ce tribunal populaire ?

Il faut le préparer, la fondation se donne une échéance, et non une
date-butoir. Nous ne voulons pas avancer de date, mais dès que le dossier
sera prêt, nous réfléchirons aux modalités techniques pour l’organisation de
ce tribunal populaire. Ce sera durant l’année 2000 ou bien l’an prochain.

 

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