Conférence-débat de Malika Matoub à Tizi-Ouzou

Conférence-débat de Malika Matoub à Tizi-Ouzou
Des révélations sur l’assassinat de Matoub

Saïd Tissegouine, Jeune Indépendant, 20 avril 2000

Désormais, les propos ayant circulé durant longtemps de bouche à oreille à
propos des circonstances exactes de l’assassinat de Matoub Lounès durant le funeste jour du 25 juin 1998, ne sont plus un secret pour personne. Et par voie de conséquence, un pan important du voile ayant caché la mort du Rebelle vient d’être levé publiquement et à vive voix.

En effet, à l’issue d’une conférence-débat animée, hier, à la salle Kateb
Yacine de Tizi-Ouzou par la sour du défunt, en l’occurrence Malika Matoub,
il a été prouvé, preuve à l’appui que le groupe de Hassan Hattab n’a rien à
voir ni de près, ni de loin avec l’assassinat du Rebelle. Cela a été
également, une occasion pour la conférencière de crier qu’»il y a des gens
qui veulent déformer la vérité» à propos de ce qui s’est réellement passé le
25 juin 1998 à Thala Bounoune (lieu de l’assassinat de Matoub Lounès). Pour
étayer ses preuves que les assassins de son frère courent toujours, ; Malika
Matoub s’est articulée à exposer tout un ensemble de données historiques où
des déclarations, des contre-déclarations, des données arithmétiques, des
témoignages etc. se sont cafouillés à bien des moments et à bien des
endroits. Avant d’entamer la série de preuves se situant en faux avec les
déclarations du RCD et du pouvoir faisant du GIA de Hassan Hattab l’auteur
de l’assassinat du Rebelle, la conférencière a laissé dire que «ça me fait
plaisir que le verdict populaire soit rendu sur cette affaire». Ensuite,
elle enchaîne : «Le 13 juin 1998, Lounès est rentré en Algérie pour deux
raisons : primo, remettre les deux CD à son producteur, secundo, activer la
remise de visa pour sa femme. Le visa en question lui tenait
particulièrement à cour parce que la situation sécuritaire était ce qu’elle
était. Et Lounès voulait absolument avoir un héritier. Le 25 juin 1998, ma
mère et moi avons appris sa mort par le biais de la radio et de la
télévision française. Et quelques jours après, par les mêmes canaux d’
informations, nous avons appris également que les présumés assassins de mon
frère étaient identifiés. Moi aussi, j’ai cru au début qu’il s’agissait
réellement du GIA. Ensuite, la conférencière citera toutes les rumeurs ayant
circulé au sujet de son frère telles que «sa convocation par le juge pour la
chanson Kassaman, les courses qu’il aurait fait en ville etc.» Le 25 juin
1998, à Thala Bounone, mon frère a été victime d’une guet-apen, a martelé
avec véhémence «Malika Matoub».

Et d’ajouter «Lounès n’était pas tombé sur un faux barrage». Ensuite, la
sour du défunt a fait savoir à l’assistance que sa belle-sour a été victime
de pression et de menaces pendant qu’elle était à l’hôpital de Tizi-Ouzou.
Selon toujours Malika Matoub, le veuve du Rebelle aurait fait les
révélations suivantes : «Alors que j’étais sur mon lit d’hôpital, on m’a
obligé à signer une déclaration accusant le GIA comme étant l’auteur de l’
assassinat de Lounès Matoub. Et pendant tout mon séjour dans cet
établissement hospitalier, même les infirmiers me faisaient peur.» Cela veut
dire que certains agents des commanditaires de l’assassinat du Rebelle
pouvaient se travestir en infirmiers du CHU de Tizi-Ouzou. Plus loin encore,
la conférencière parlera des gendarmes de la brigade de Béni Douala qui sont
sortis le matin du 25 juin 1998 et qui sont rentrés le soir en empruntant l’
itinéraire de Béni Zenger car, un ordre strict leur a été donné en ce sens.

Par ailleurs, ajoute-t-elle, tous les gendarmes qui étaient chargés de l’
enquête au début, ont tous été mutés d’un seul coup. «Et les vêtements du
défunt abonde-t-elle encore, tels que la chemise, le pantalon etc. ont
disparu.» Toutefois le détail le plus important concernant la mort du
rebelle reste les armes utilisées. Selon la conférencière, le Rebelle a été
tué de deux balles de pistolet de calibre 7,65 mm mais en tout, il a reçu 5
balles, et aucune n’a été tirée d’un kalachnikov car les trois autres l’
ayant atteint sont tirées d’un pistolet de calibre 9 mm. «Et toutes les
balles ont traversé le corps», a-t-elle précisé. Autrement dit, les balles
de kalachnikov ayant ciblé le véhicule (79 impacts de balles relevées) n’ont
été tirées que plus tard et par voie de conséquence, faisaient partie du
scénario fabriqué de toutes pièces pour brouiller les pistes. Parmi les
autres contradictions relevées, figure également le nombre de huit
terroristes avancés par M. Aïssat Rachid qui a été l’émissaire du président
de la République. Selon la conférencière, aux résultats obtenus par l’
enquête demandée par M. Bouteflika, cinq terroristes parmi le groupe des
huit avaient été abattus par les forces de sécurité tandis que les trois
autres seraient toujours en fuite. S. T.