Le procès a eu lieu hier

Le procès a eu lieu hier
Le tribunal de Tizi Ouzou relaxe les manifestants de la Fondation Matoub
Les jeunes avaient été arrêtés le 24 juin 1998

Malik Boumati, La Tribune, 28 Mars 2000

Le troisième groupe de manifestants à la marche de la Fondation Matoub Lounes
du 24 juin 1999 composé de quinze personnes, a été présenté hier lundi devant
le tribunal correctionnel de Tizi Ouzou, avec cette fois une différence de
taille avec les précédentes séances. Contrairement, donc, aux séances des 21
février, 13 et 20 mars, reportées ou renvoyées au parquet pour révision de la
procédure, celle d’hier a vu le procès se dérouler avec, à la fin, un verdict
fort significatif pour les dizaines de prévenus concernés par cette affaire :
c’est la relaxe pure et simple. Avant le verdict de la plaidoirie, le
procureur avait demandé dans son réquisitoire l’application de la loi ; une
façon comme une autre de signifier l’abandon des poursuites par le parquet.
La rue donne au verdict rendu par le tribunal un sens de victoire. Les
différentes actions menées par la Fondation Matoub Lounes, pour dénoncer les
poursuites judiciaires contre les jeunes manifestants et exiger leur
libération inconditionnelle, sont considérées comme l’élément fondamental
ayant sérieusement pesé sur le déroulement du procès. Le sit-in d’hier a
connu, pour la première fois, la présence de personnalités du monde politique
et associatif, à l’image de Mustapha Benmohamed (PT), Seddik Debaïli (FFS),
Ferhat M’henni (MCB-Rassemblement national), Saïd Boukhari, Ikhlef Bouaïche
(MCB-Commissions nationales), Djamil Benrabah (Comité de coordination pour la
vérité et la justice) ainsi que Saïd Khellil. Devant la foule présente, les
personnalités susmentionnées, à l’exception de Saïd Khellil (arrivé en
retard), ont pris la parole afin de dénoncer les intimidations dont font
l’objet les manifestants. Globalement, les intervenants ont exigé dans leurs
déclarations que toute la lumière soit faite sur l’assassinat du Rebelle, en
particulier, et toutes les victimes du terrorisme, en général, pour
revendiquer ensuite le jugement et la condamnation de tous les auteurs de ces
assassinats et leurs commanditaires. Le président du Comité de coordination
pour la vérité et la justice, M. Djamil Benrabah, a saisi l’occasion pour
inviter les présents au rassemblement que son organisation compte initier le
13 avril prochain dans la capitale. En outre, le porte-parole de la Fondation
Matoub Lounes, M. Ahmed Heddag, a tenu à saluer la présence des représentants
des partis politiques et de la société civile et tous les citoyens qui ont
répondu favorablement à l’appel de la Fondation. Tout en réitérant les
revendications de la Fondation qui porte le nom du poète disparu, M. Heddag
affirmera que «la détermination d’un peuple ne peut être arrêtée par une
poignée de gens, bien outillés soient-ils». Pour revenir au procès en
question, les deux avocats de la défense se sont attaqués aux deux chefs
d’inculpation qu’ils estiment injustifiés : atteinte à l’ordre public et
destruction de biens publics. Pour eux, il ne pourrait pas y avoir atteinte à
l’ordre public puisque la marche organisée par la Fondation était autorisée
par les autorités compétentes. Le représentant d’Air Algérie (partie
plaignante), absent lors des précédentes séances, croyait qu’il s’agissait
des événements ayant suivi l’assassinat du Rebelle le 25 juin 1998 alors que
les jeunes mis en cause, ont été arrêtés dans la journée du 24 juin 1999,
soit une année plus tard. L’APC de Tizi Ouzou, l’autre partie plaignante,
était toujours absente, la défense estime que l’élimination du second chef
d’accusation est automatique.

 

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