Liberté instruit l’affaire Matoub

Liberté instruit l’affaire Matoub

Abdelkader Targa, Libre Algérie, 3-16 janvier 2000

L’assassinat de Matoub Lounès, fin juin 1998, n’est pas une affaire banale. Hormis un communiqué officiel indiquant qu’une enquête a été ouverte, plus aucune autorité habilitée ne s’est manifestée. Les cellules de communication auprès des cours, qui avaient frénétiquement fonctionné lors de la campagne menée par le chef du gouvernement Ouyahia «contre la corruption…», sont restées sans voix. C’est la presse, notamment celle proche du parti de Saïd Sadi, à travers le journal Liberté du milliardaire et homme d’affaires Issad Rebrab, qui s’est épisodiquement chargée «d’informer» sur l’état d’avancement présumé de l’enquête. La sour du défunt, Malika Matoub, soutient qu’il n’y a pas eu d’enquête. Selon elle, il n’y a eu ni autopsie ni étude balistique… Elle a même créé la Fondation Matoub pour défendre la mémoire de son frère. Des bénévoles y militent. Un d’entre eux a été récemment kidnappé. Un acte que Malika Matoub a interprété comme étant une pression pour qu’elle taise sa revendication de justice. Quelques jours après ce mystérieux kidnapping, Liberté, citant une «source officielle à Tizi Ouzou» annonce que «l’enquête sera close après l’Aïd». Et que les «criminels ont été identifiés par les services de sécurité le 7 octobre 1998» (!). Le journal donne la liste des assassins présumés en notant qu’ils «étaient tous du GIA» et que la plupart ont été «neutralisés» (comprenez tués). Le correspondant de Liberté à Tizi Ouzou cite Abdelhakim Chenoui en omettant de préciser qu’il s’est rendu devant une commission de probation et que depuis, il est «en résidence surveillée» quelque part. Pour signifier qu’il n’y a plus rien à dire sur cette affaire, il conclut notamment que «l’enquête en voie d’être close a tiré au clair toutes les questions restées en suspens» ! Ce scénario ressemble étrangement à la manière dont est «gérée» l’affaire de l’assassinat de Abdelakder Hachani. Avant que le procureur de la République de Bab El Oued ne donne une version des faits inspirée par «les aveux» de l’assassin présumé Boulemia, la presse «éradicatrice», exploitant des fuites organisées, avait «tout dit». «L’enquête préliminaire» a confirmé ses dires comme ce sera probablement le cas pour l’affaire Matoub.

 

 

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