Fondation Matoub Lounès: Communiqué, 24.11.2000

LA FONDATION LOUNES MATOUB

Siège :Taourirt Moussa – Aït Mahmoud- Tizi-Ouzou

Tel : (03) 21 68 66

COMMUNIQUE

Un quotidien national du soir, citant une « source judiciaire », a annoncé que le procès des « auteurs de l’assassinat de MATOUB Lounès aura lieu courant décembre prochain ».

Au-delà de l’aspect « scoop » de l’information qui répond à l’évidence au souci de faire vendre le journal, celle-ci appelle les réflexions suivantes :

1) Le caractère tendancieux réservé au traitement de cette information par des Plumes partisanes connues qui sevissent dans ce dit quotidien, lequel s’évertue à désigner avant même que la justice ne le fasse, les auteurs de l’assassinat de MATOUB Lounès sous le prétexte que le crime a été revendiqué et fait état de la présomption d’innocence, s’agissant de l’assassinat de Abdelkader Hachani traité dans la même édition, revendiqué de manière plus forte.

Dans un cas, la revendication de l’acte tient de vérité absolue, dans l’autre elle n’est que « version officielle qui ne convainc d’ailleurs pas la famille du défunt ». En d’autres termes, pour Hachani, il est permis de douter, de poser des questions, de s’interroger, bref, il mérite une enquête. Mais s’agissant de MATOUB Lounès, on sait qui l’a tué, ses amis veulent qu’on liquide et qu’on s’en aille.

2) Donnée ainsi, cette information ne peut que s’inscrire dans la logique des ripostes suscitées par l’évolution récente qu’a connu l’affaire MATOUB Lounès. Elle révèle par la même l’état de panique qui s’est emparé des clans dont les intérêts et l’existence même sont menacés par la vérité sur l’assassinat de MATOUB Lounès.

3) Confirmée ou non par la justice, ce « scoop » trahit une volonté au plus haut niveau d’accéder aux demandes formulées récemment par certains milieux, afin de liquider le procès et préparer par-là même l’opinion publique à la « mascarade » judiciaire qui se destine. Il est à rappeler que le terroriste cité par le journal comme étant l’auteur de l’assassinat, a déjà été innocenté par la chambre d’accusation qui a rejeté la demande de son inculpation dans cette affaire. La décision a été dûment notifiée à la famille MATOUB par la justice.

En conclusion

Restant attachée à la revendication de justice, la vraie, pour la manifestation de la vérité, la Fondation MATOUB Lounès, réitère son exigence pour la tenue d’un véritable procès, mais met en garde l’institution judiciaire contre toute velléité de lui substituer une « mascarade » que l’opinion publique ne pourra que rejeter.

Quant au « wigi la innaqen banen » (ceux qui massacrent sont reconnaissables ) de Lounès, rappelé pour la circonstance, nous sommes de plus en plus convaincus, que Lounès a été assassiné pour qu’il ne soit plus là pour le dire lui-même parce que justement, la concorde et l’allégeance se préparaient déjà.

Taourirt Moussa, le 22.11.2000

Le bureau Exécutif.

 

 

L’article en question

Matoub
Le groupe Chenoui, pour faire éclater la vérité
Kamel Amrani, Le Soir d’Algérie, 21 novembre 2000
Le procès de Chenoui et ses acolytes du GSPC, auteurs de l’assassinat de Matoub Lounès, aura lieu courant décembre prochain, avons-nous appris de source judiciaire. Si l’on ignore le nombre exact des inculpés, on affirme en revanche que le procès aura lieu au tribunal de Tizi-Ouzou.

Kamel Amrani – Alger (Le soir) – Le procès et le verdict qui le sanctionnera mettront-ils fin aux spéculations politiciennes ? Fort peu probable, dès lors que l’on rappelle que l’assassinat de Matoub le 25 juin 1998, pourtant revendiqué par le sinistre Hassan Hattab, fait l’objet d’une récupération indue parce qu’émanant de ceux que le rebelle n’avait de cesse de pourfendre : les islamistes et leurs alliés réconciliateurs. Comble de la contradiction, ceux-là mêmes qui ne savent pas qui tue en Algérie sont affirmatifs lorsqu’il s’agit de Matoub dont l’ignoble assassinat est imputé au « pouvoir et ses alliés dans la région » (entendre le RCD). La contradiction ne s’arrête pas là puisque tout ce beau monde, soucieux de faire « éclater la vérité » exige une Commission d’enquête indépendante (par rapport à qui ?) en même temps que le jugement des assassins ! La fondation Matoub, présidée par la soeur du regretté Lounès, sera infiltrée à telle enseigne qu’elle fait sienne les slogans d’un parti comme le FFS. Un parti que M me Malika Matoub interpellait vertement dans une déclaration publique datant du 28 juin 1998 : « Ceux dont la complicité avec l’intégrisme est avérée ne doivent pas exploiter notre colère à des fins politiciennes (…) par leur complicité avec l’intégrisme (ils) ont facilité la mort de Lounès », ajoute-t-elle avant de conclure que « Matoub est victime de l’islamo-baâthisme et de sa version armée : le terrorisme islamiste. » Une position que « conforte » dès le 1 er juillet 1998 un communiqué de Hassan Hattab parvenu à l’AFP. « Un groupe (armé) s’est attaqué à un ennemi de Dieu, l’apostat dénommé Matoub Lounès. La deuxième zone (que dirige Hattab, c’est-à-dire la Kabylie NDLR) est responsable de l’attentat et réaffirme le communiqué, qu’elle ne s’en prendra pas aux innocents, mais combattra tous ceux qui la combattent et ceux qui se sont mis du côté des taghout ». Ce même communiqué qui traite de « dépravée » la veuve du défunt ajoute, euphorique, que « le grand coup a provoqué des remous dans les milieux mécréants à l’intérieur et à l’extérieur ». Ouvrons une parenthèse pour rappeler que le même groupe terroriste avait également revendiqué l’enlèvement de Matoub survenu le 25 septembre 1994. Le défunt confiait plus tard avoir été jugé, durant son rapt, par ses ravisseurs du GIA, et que sa libération (le 10 octobre 1994) n’avait lieu que sous conditions que Lounès n’a bien sûr jamais honorées. Au contraire, il multipliait ses déclarations incendiaires à l’encontre des islamistes, des terroristes et de tous leurs alliés politiques. Il faut dire que Lounès, victime également d’un lâche attentant en 1988 déjà lorsque « le gendarme de Michelet » le blessait grièvement lors des évènements d’octobre, incarne tout à la fois le combat pour tamazight, la démocratie, la laïcité et était à l’avant-garde de la lutte contre les « ennemis du savoir » (c’est ainsi qu’il désignera, dans l’une de ses chansons, les terroristes islamistes). Son lâche assassinat avait ébranlé la Kabylie. Tout cela fait de l’assassinat de ce véritable mythe le parfait cas par lequel veulent ressusciter ceux qui ne savent pas « d’où vient la violence ». L’acharnement qu’ils mettent dans une prétendue quête de « vérité » se dénude de sa vraie nature lorsqu’on constate qu’à aucun moment cette même « vérité » n’est réclamée sur un autre « cas » : l’assassinat de Hasni par exemple …
K. A.