Malika Matoub donne « ses » détails sur l’assassinat du Rebelle

Malika Matoub donne « ses » détails sur l’assassinat du Rebelle

Mercredi 21 Juin 2000, La tribune
Par Malik Boumati
Lors d’une conférence-débat animée dans le cadre de la commémoration du
deuxième anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounes, Malika, sa sour, et
présidente de la Fondation qui porte le nom du Rebelle, est revenue sur les
circonstances du meurtre et les raisons, nombreuses, qui l’ont poussée à
exiger la vérité et la justice dans cette affaire qui a fait couler beaucoup
d’encre depuis deux années. D’emblée, elle évoquera l’absence d’une enquête,
la non-identification des assassins par l’institution judiciaire ainsi que la
promesse de Bouteflika de suivre le dossier. Malika Matoub parlera de la
tenue vestimentaire de Lounes qui « a disparu » précisant que sur sa chemise,
« les balles qui l’ont traversée sont toutes sortantes ». Ensuite, des dizaines
de douilles que les citoyens ont ramassées. Malika Matoub s’insurgera contre
la police judiciaire qui « n’a pas récupéré, juste après le meurtre, tous les
indices qui pouvaient aider l’enquête ». Alors que le dossier d’instruction
précise que le Rebelle a été tué par un groupe terroriste non identifié, « on
avançait des noms de présumés assassins de Lounes à travers la presse »,
ajoutera la sour de Lounes, qui « comptabilisera, dans certains organes de
presse, quinze éléments ayant participé à l’assassinat ». La conférencière
rappellera que le conseiller de Bouteflika, M. Rachid Aïssat, leur avait
déclaré, lors d’une rencontre, que les assassins de Lounes étaient au nombre
de huit, en précisant que cinq d’entre eux étaient morts et les trois autres
en fuite.La présidente de la Fondation Matoub Lounes abordera également les
déclarations de la veuve de Lounes, Nadia, sur les ondes de Beur FM et dans
son livre. Elle aurait dit que ses déclarations en Algérie, sur la
responsabilité du GIA dans l’assassinat de Lounes, étaient faites sous
pression. Et Malika Matoub de s’interroger : « Des pressions de qui ? » Elle
aurait également déclaré qu’elle ne rentrerait pas en Algérie de peur d’être
exécutée. L’oratrice citera aussi le repenti Chenoui que « certains
journalistes ont présenté comme étant l’un des assassins de Lounes », alors
que selon elle, le procureur lui avait signifié que Chenoui n’a pas été
entendu par le juge d’instruction. Mieux, la famille et la Fondation Matoub
ont reçu, après le 20 avril, « un courrier bizarre de la part des autorités
judiciaires nous signifiant que Chenoui n’est pas impliqué dans un meurtre
avec préméditation », ajoutera Malika Matoub qui s’interrogera sur sa
présence, le 7 juin dernier, à Tala Bounane, lors de la reconstitution des
faits, d’autant plus, qu’il n’a pas été utile à l’opération puisqu’il n’a pas
quitté le véhicule de la gendarmerie.La sour du poète disparu signalera
également que « des témoins oculaires, habitant Tala Bounane, n’ont jamais été
entendus » par les enquêteurs en citant comme exemple, un citoyen qui aurait
dit « qu’il avait vu des étincelles sur la chaussée et qu’il n’avait pas
entendu de détonations ». Pistolets silencieux ? Tous ces points que la
conférencière a cités, constituent pour les raisons qui l’ont poussée à
exiger une véritable enquête, la vérité et la justice, en précisant que « tous
ceux qui se mettraient entre nous et la quête de vérité et de justice, seront
accusés de complicité ». Pour conclure, Malika Matoub réitérera l’ultimatum du
25 juin, « date-butoir pour les autorité ». La marche qui aura lieu à Alger
servira à interpeller le chef de l’Etat « devant l’opinion nationale et
internationale ». Après cette date, « si les autorités ne réagissent pas, nous
aurons le droit de déclarer autre chose », dira-t-elle.Comprendre par là, la
révélation du contenu du dossier et la saisine des institutions
internationales des droits de l’Homme.
M. B.