Ali Kafi, ancien chef de l’Etat, critique l’armée et Bouteflika

Ali Kafi, ancien chef de l’Etat, critique l’armée et Bouteflika

Alger, 24 mars – L’ancien président du Haut comité d’Etat (HCE – juillet 1992 – janvier 1994), M. Ali Kafi, est sorti de sa réserve pour s’en prendre publiquement à l’armée et au président Abdelaziz Bouteflika.

Par Tarik Rezzak

Depuis l’indépendance, cet ancien colonel de l’Armée de Libération Nationale passé à la diplomatie n’avait jamais osé franchir ce pas. Il a tiré à boulets rouges sur les officiers issus de l’armée française qui ont fait de l’armée nationale populaire (ANP),  » une armée incompétente, incapable de lutter contre le terrorisme « . Après l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en juin 1992, Ali Kafi avait consenti à donner sa caution historique au Haut comité d’Etat, HCE, une présidence collégiale de cinq membres dont il était devenu le président.

Revendiquant implicitement la paternité de la création des premières milices en 1994, M Ali Kafi a indiqué qu’il avait alors appelé les moudjahidine (anciens combattants de la guerre de libération) à s’engager dans la lutte contre le terrorisme. De son point de vue, ils l’ont fait  » avec efficacité  » sans être sortis de  » Saint-Cyr, ni des grandes écoles françaises « . Ces allusions visent le chef d’état-major, Mohamed Lamari, et le général major Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense, avec qui il siégeait HCE. Durant cette période, Ali Kafi dit avoir initié des contacts politiques avec le Front Islamique du Salut (FIS, interdit) pour tenter de trouver une solution à la crise. Cette révélation a indigné l’ancien ministre de la défense. Pour le général Nezzar, la question n’a été soulevée à aucun moment, au sein du haut comité  » considéré comme direction collégiale « .

Dans ses mémoires, publiées récemment, le général Nezzar racontait comment il a choisi son successeur au ministère de la défense. Lui également n’en avait pas débattu au HCE. Ces déballages confirment, s’il le fallait, qu’il n’existe pas un seul centre de pouvoir au sommet de l’Etat. Mais ce sont les attaques publiques d’un dignitaire du régime contre l’armée qui ont le plus surpris le public algérien. Le général Nezzar s’est senti obligé d’y réagir avec véhémence.  » Le jugement porté sur l’armée nationale populaire venant de ce personnage perfide n’a aucun fondement, à partir du moment où il n’a jamais eu à mener une lutte contre la subversion « , a estimé l’ancien ministre de la défense dans un entretien au quotidien arabophone Echarq el-awsat où il qualifie aussi Ali Kafi de  » baathiste et d’intégriste « .

Sur un ton polémiste, il a ramené la sortie d’Ali Kafi sur le terrain des ambitions personnelles.  » Au moment, où il était question de passer le flambeau au futur candidat à la présidence, Ali Kafi, me prit en aparté, pour me dire pourquoi ne pas tout simplement continuer avec la même équipe…  » révèle le général Nezzar.

Ali Kafi a estimé qu’il n’avait  » pas de leçon à recevoir de Bouteflika, ni sur le plan historique, ni sur le plan patriotique  » lorsque le chef de l’Etat lui a reproché, à demi mots, d’avoir jeté l’opprobre sur un des leaders du mouvement national, Abane Ramdane. Dans ses Mémoires, Ali Kafi avait en effet mis en doute le nationalisme sourcilleux de cet homme provoquant les foudres et l’indignation de la majorité des acteurs de cette période. La famille Abane s’est élevée contre ces déclarations en déposant une plainte judiciaire pour obtenir le retrait de ses mémoires des passages jugés diffamatoires.

Lâché par ses amis et compagnons de l’Organisation Nationale des Moudjahidine (ONM), critiqué par Bouteflika et poursuivi en justice, l’ancien chef de l’état se retrouve dans une mauvaise posture au sein du régime. En se mettant à dos l’armée, ou en tout cas ses principaux dirigeants, il engage une passe d’armes dont il n’est pas sûr de sortir vainqueur.

En portant plainte contre lui à son tour, pour  » propos diffamatoires et falsification de l’Histoire « , Khaled Nezzar enfonce le clou et ouvre la voie à de nouveaux déballages.

T.R.

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